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Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2020
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2019 :   Pied à pied, ils résistent       Les Épingles d'avant

Anthropocoprophilie, L'alcool les perdra,
Les demoiselles font comme ça…, Les richards se planquent, Teigne 2.0, Morts dans le sanctuaire de la monarchie, La danse motive les ouvrières, Criquets renifleurs, Punaise, quelles antennes !, Pharmakon, Camouflage phonique, Quand les immigrants apportent des couleurs, Test d'orientation, Fausse-Teigne vraie plastivore, C'est une question de câblage, Polystyrènophagie, Roulade de fourmi, Plus capitalistique, Qu'elle crève !, Bonne année, Le fumet de la lumière, La senteur préférée des sauteurs,
Épingles publiées dans le n° 196 (1er tr. 2020) : Super glu, Costauds et malins, Vanesse sauvée par la reconnaissance faciale ?, Mouchetures (suite)
Fourmillons tou(te)s ensemble, On ne les y reprendra pas deux fois, Ils peignent, de peigner ou de peindre ?, Pour bricoler un aleurode, L'oiseau-mouche est une mouche, Se rapprocher l'un de l'autre est risqué, Le sens inné du danger, Ils plongent !, Lui, il aura bientôt la fibre, En cas de menace, le vol est annulé, Une distraction à la gomme, Traîne-mues, Ça use les tarses, Supplice chinois, Coup de filet, Comme vache qui pisse, Violon enfin expertisé, Le dernier cafardier, Perle rare,
Épingles publiées dans le n° 197 (2e tr. 2020) La synthèse du ciron, Un virus calorifère, Les spores, pour un meilleur développement, virage sur l'aile,
Caméra piéton, Long courrier, Du gras à ours, Polystyrénophagie (encore), Non, plus ces noms !,
Pendant le relevé, on reste couché, Les aspirations des ouvrières, Le taon, le zèbre et le barbier, Clairons et Typographes, Ouvrières de tous les pays..., L'un chante, les autres se planquent,
La ferme au milliard de cafards, Trouve un coin à l'ombre !, Almes gouttelettes,
Épingles publiées dans le n° 198 (3e tr. 2020) La monarchie, une et indivisible, La blatte et la belle dame, Le culot, ça paye, Polystyrènophagie (bis)


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octobre À cliquer


1284 La monarchie, une et indivisible
Les individus suivent deux voies bien différentes : il y a ceux qui, depuis la frontière canadienne descendent d’une traite sur 4 500 km à l’automne au Mexique – les orientaux, et ceux qui simultanément vont vers le sud-ouest, moins loin – les occidentaux. Ils remonteront génération après génération au printemps. Deux sous-espèces au moins en voie de différentiation du Monarque d’Amérique Danaus plexippus (Lép. Nymphalidé) aux couloirs de migration séparés par les Rocheuses, que de subtiles différences dans la forme des ailes permettraient de distinguer ?
Absolument pas, nous apprend le travail d’entomologistes de l’évolution de l’université Emory (Atlanta, Géorgie). Les papillons des deux groupes sont identiques génétiquement et l’analyse de plus de 20 millions de mutations de 43 génomes de Monarque n’a pas permis de révéler la moindre différence, confirmant un résultat antérieur obtenu de l’étude de 11 marqueurs. La diversité génétique, basse, est identique.
L’équipe s’est attachée à mettre en évidence des différences comportementales, en caractérisant les capacités de vol des uns et des autres. Pour ce faire, ils ont enregistré les tours de manège (presque 8 m de circonférence) au bras duquel les papillons étaient fixés, survolant des fleurs artificielles. L’instrument était installé au laboratoire, dans des conditions de luminosité et de température reproduisant celles de leurs lieux d’hivernage. Les orientaux ont volé plus longtemps que les occidentaux qui produisaient des accélérations plus fortes ; marathoniens et sprinters. L’analyse de l’expression de gènes candidats a montré une différence en lien avec l’activité motrice non musculaire.
On avait bien repéré quelques dissidents parmi les occidentaux qui filaient plein sud au Mexique au lieu de prendre la direction de l’ouest vers la Californie. La présente étude montre que le phénomène est d’une bien plus grande ampleur, assurant un brassage génétique constant. En dépit duquel la différence migratoire se maintient.
La monarchie est sur le déclin à l’est comme à l’ouest, bien plus sévèrement à l’ouest. La faute au climat, aux pertes d’habitat et au manque de fleurs nectarifères. Les auteurs de l’étude se demandent si des transferts d’individus orientaux vers l’ouest ne seraient pas nécessaires pour enrayer la chute de la population occidentale.
Article source : doi: 10.1111/mec.15508

1283 La blatte et la belle dame
Le policier comme le douanier connaissent leur métier mais les trafiquants sont malins, le chien a bien plus de flair mais une très faible faufilabilité, l’abeille a le même pouvoir mais oublie vite son savoir. D’où l’idée d’entraîner des blattes à trouver, à l’antenne, la drogue dissimulée.
Kayla Patrick, de l’université de l’Idaho (États-Unis) et ses collaborateurs élèvent des Blattes germaniques Blatella germanica (Blatt. Blatellidés) – c’est facile et très bon marché – qu’ils récompensent d’une goutte d’eau sucrée chaque fois qu’elles vont vers le papier filtre enduit de la substance à traiter : cocaïne ou Adderall XR, une amphétamine tout aussi prohibée. Les meilleures, ensuite, choisissent la chnouff, préférée à la poudre de vanille offerte dans une des 4 coupelles adjacentes mises à leur portée. L’école se fait dans le noir, les apprenties sont numérotées à l’encre métallique et suivies par infra-rouges. Certes, toutes les élèves de cet établissement d’apprentissage de 150 pensionnaires à ce jour ne réussissent pas à tous les coups mais l’équipe juge ce résultat très encourageant.
Le plus dur, pour ces entomologistes pourtant au-dessus de tout soupçon, fut de se procurer le matos, de façon légale s’entend.
À l’avenir, ces cafards capables d’explorer les recoins les plus exigus agiront – sous les ordres d’un maître-cafard ? - à la suite du repérage par un chien d’un périmètre restreint. Ils mériteront bien leur nom, dénonçant sans pitié et sans remords les furtifs – se croient-ils – commerçants en blanche et en speed.
D’après « Cocaine-Seeking Cockroaches », lu le 9 juillet 2020 à www.pctonline.com/

1282 Le culot, ça paye
Les déchets des uns sont des trésors pour d’autres, les autres allant du biffin au récupartiste. En entomologie aussi, où les culots de piège – ce qui reste au fond du bocal quand on y a prélevé les spécimens du taxon étudié – recèlent des trésors d’information.
À preuve le travail de Lawrence Hribar, de la station de démoustication des Keys, en Floride (États-Unis), qui a consisté à exploiter les restes (bien conservés) de 22 ans de campagnes de piégeage, soit les relevés hebdomadaires sur 105 sites.
Dans les Keys, les captures de moustiques peuvent se compter par dizaines de milliers en une nuit et déjà leur tri et leur identification demandent une somme considérable de travail à des techniciens entraînés. Ce qu’il advient des culots dépend des endroits ; s’ils ne sont pas conservés soigneusement – ce que la présence d’un entomologiste dans l’équipe ne garantit pas du tout –, ils sont donnés à des enseignants pour les TP d’entomo, voire finissent comme appâts pour la pêche.
Les culots analysés par L. Hribar ont fourni de riches renseignements sur plus d’une centaine d’espèces d’insectes, Diptères et Lépidoptères essentiellement (et 35 de Copépodes) : présence en Floride, présence aux États-Unis, aire de répartition. Ils ont permis la découverte d’une association phorétique (d’une puce véhiculée par un moustique) et de 8 espèces nouvelles, dont 3 sont encore en cours de description.
Le piégeage systématique tue beaucoup d’insectes et il vaut mieux que ce soit exploité à fond, pour la science. L’analyse des culots se heurte à des difficultés. Certains chercheurs les considèrent comme leur propriété intouchable, c’est un travail supplémentaire considérable très difficile à rémunérer, il faut s’assurer la collaboration de nombreux taxinomistes… Et les résultats doivent être interprétés avec prudence, les moyens de capture ayant été adaptés à un taxon particulier.
Article source (gratuit, en anglais) : doi.org/10.1093/aesa/saaa014

1281 Polystyrènophagie (bis)
Les déchets de matière plastique se retrouvent partout sur la Planète, en éléments plus ou moins grossiers, pouvant servir de support à une vie animale ou contaminant leur nourriture. Encore un signalement : en Antarctique, sur l’île du Prince Édouard (au sud des Malouines), une plaque de polystyrène « styrofoam » ayant servi de mousse d’isolation dans le bâtiment, échouée sur la plage, s’est révélé porteuse d’un micro-écosystème, comportant des collemboles (entognathes).
Dix-huit d’entre eux, de l’espèce Cryptopygus antarcticus (Isotomidés) furent examinés par Elisa Bergami et ses collaborateurs, de l’université de Sienne (Italie). L’observation au microscope infrarouge à transformation de Fourier révéla des fragment de polyéthylène dans leur tube digestif, difficiles à distinguer des matières organiques mais bien caractérisés.
La plaque de 30 x 30 cm et de 5 cm d’épaisseur était colonisée par des algues, des mousses et des lichens, milieu favorable au collembole. En rapprochant la taille des fragments plastiques de celle de ses mandibules, les chercheurs hypothétisent que l’entognathe grignote et érode ainsi le polystyrène. Le styrofoam est formé d’un agrégat de billes hydrophobes séparées par des espaces remplis d’air, favorables au développement d’un biofilm appétant.
Le polyéthylène n’est pas digéré et ne pourrait avoir d’effets néfastes sur le succès reproductif du collembole qu’indirectement.
Cet animal, en fragmentant le polluant, aide à sa dissémination et à sa transmission le long du réseau trophique.
En tous cas, la présence de détritus de polyéthylène, issus des stations de recherche, des bases aériennes et aussi des installations touristiques, fragilise un peu plus un continent jusque-là préservé des activités humaines et menacé par le réchauffement.
Article source (gratuit, en anglais) : doi.org/10.1098/rsbl.2020.0093
Précédemment : « Polystyrènophagie ».



1280 Almes gouttelettes
La guttation est l'apparition de gouttelettes d'eau au bord des feuilles de nombreux végétaux vasculaires herbacés au petit matin, un phénomène tout à fait différent de la rosée. Il est dû à la pression racinaire : les feuilles ne transpirent pas la nuit alors que les racines continuent à absorber les minéraux du sol. Ceux-ci provoquent par osmose une entrée d'eau et la pression engendrée provoque la montée de la sève brute qui se conclut par la formation de gouttes au niveau des hydathodes, situés sur le bord du limbe. Les gouttes sont en fait des exsudations de sève brute et de sève élaborée.
On n'a prêté attention jusque-là à la guttation qu'en tant que voie de transfert d'insecticides vers les insectes non-cibles. Leur rôle positif dans l'alimentation des insectes vient d'être précisé par une équipe hispano-états-unienne.
L'expérimentation a consisté à comparer le succès reproducteur (la fitness) d'individus adultes buvant cette eau de guttation du Myrtiller d'Amérique Vaccinium corymbosum avec d'autres soumis à des régimes différents : saccharose, extrait de levure, mélange des deux et eau pure. La Drosophile des cerises Drosophila suzukii (Dip. Drosophilidé) a représenté les phytophages, Aphidius ervi (Hym. Broconidé) les parasitoïdes et Chrysoperla rufilabris (Név. Chrysopidé) les prédateurs (régime de leurs stades larvaires).
Leurs longévité et fertilité furent significativement augmentées. Contrairement au nectar, l'eau de guttation est partout – de très nombreuses plantes cultivées en fournissent - et tout le temps à la disposition des imagos des insectes. Elle contient des sucres et des protéines. Cette offre favorise les insectes auxiliaires, pollinisateurs comme entomophages, qui sont effectivement attirés par ces gouttes sourdant des feuilles. Celles-ci n'ont pas d'effet sur les pucerons ni sur les moustiques, qui seraient plutôt dissuadés par leurs ennemis bien présents autour, notent les auteurs de l'étude.
L'avantage offert est évidemment contrebalancé par la contamination par les insecticides systémiques...
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : guttation sur herbe.


Les abeilles domestiques d’une même ruche se reconnaissent grâce à leur microbiome, par Fanny Rohrbacher. Le Monde, 27 octobre 2020.

S’accoupler plus souvent, et avec des mâles d’autres espèces : la clé du succès d’une invasion biologique chez les fourmis ? par Marion Cordonnier et al., The Conversation, 25 octobre 2020.

Comment ce scarabée peut-il survivre au passage d’une voiture sur son exosquelette ?
GuruMeditation, 22 octobre 2020.
[Nosoderma diabolicum, Col. Zophéridé]

Les asticots, unis face à la mort, par Damien Charabidze. The Conversation, 8 octobre 2018.

Invasion de criquets pèlerins : le vieux cauchemar est de retour, par Haithem Tlili et al. The Conversation, 1er octobre 2020
[Schistocerca gregaria, Orth. Acrididé]

Les bioinsecticides, miracle ou mirage ?, par Guillaume Tetreau. The Conversation, 1er octobre 2020.

Champignons entomopathogènes : synthèse, par Benoît Gilles. Passion entomoogie, 28 septembre 2020.
septembre
À cliquer

1279 Trouve un coin à l'ombre !
Tous les papillons ne réagissent pas de la même façon à une élévation (locale) de la température, ont démontré des entomologistes de l'université de Cambridge (Royaume-Uni) ; ceux qui ont besoin de se mettre à l'ombre pour ne pas surchauffer sont mal partis.
4 000 papillons, de 29 espèces, ont participé à l'étude. Une fois attrapés au filet, on leur a pris la température, ainsi que celle de l'air environnant et celle du support. 
Il apparaît que les grands papillons aux ailes claires gèrent bien les écarts de température, en inclinant leurs ailes selon la position du soleil ; celles-ci servent de refroidisseur ou de radiateur. C'est le cas de la blanche Piéride du chou Pieris brassicae (Piéridé) et du jaune-vert Citron Gonopteryx rhamni (id.). Leurs populations sont stables.
Les grands colorés Paon-du-jour Agalis io (Nymphalidé) et Vulcain Vanessa atalanta (id.) sont moins performants mais font mieux que le petit Fadet commun Coenonympha pamphilus (id.).
D'autres espèce se révèlent incapables de faire autre chose que se réfugier au frais ; parmi eux, le Collier-de-corail Aricia agestis (Lycénidé) et le Bronzé Lycaena phlaeas (id.), dont les populations ont fortement décliné durant les dernières 4 décennies.
Ces derniers seront très probablement ceux qui souffriront le plus des événements liés au réchauffement climatique et à la poursuite des destructions d'habitat. À la lumière de ces résultats, il faudra tenir compte non seulement des ressources mais aussi de l'environnement thermique des papillons à sauvegarder, en favorisant des paysages non monotones, offrant des microclimats variés à toutes les échelles.
D'après « Provide shady spots to protect butterflies from climate change, say scientists
by University of Cambridge », lu le 24 septembre 2020 à //phys.org/news

Photo : Bronzé, alias Cuivré commun. Cliché Philippe Mothiron. 

1278 La ferme au milliard de cafards
C'est à Jinan (Chandong, Chine). 4 immenses hangars abritent 60 cellules d'élevage prévues pour 20 000 têtes de blattes chacune. L'atmosphère y est sombre, moite et puante. Autour de ces étables, des douves où patrouillent des poissons « entraînés » à intercepter les éventuelles fuyardes et encouragées à les manger sur place.
Les bêtes sont nourries de déchets de cuisine collectés dans les environs à raison de 50 t par jour. Une fois engraissées et adultes, elles sont ébouillantées et transformées en poudre, destinée à la médecine chinoise et à l'industrie des cosmétiques.
Sur l'exploitation vivent aussi des poulets, des canards, des cochons et d'autres poissons, nourris en partie de cette provende protéinée, dont le principal débouché devra être l'élevage (au sens traditionnel) qui bénéficiera ainsi d'apports en protéines élaborées localement, très sûres et relativement bon marché.
D'après « Cockroach Farm In China Uses Fish-Filled Moat To Keep A Billion Roaches Contained » par Mark Williams, lu le 20 septembre 2020 à www.unilad.co.uk/
Photo : 2 des pensionnaires. Cliché ABC
      
1277 L'un chante, les autres se planquent
Les œcanthes sont des grillons (Orth. Gryllidés) arboricoles chanteurs. Les mâles stridulent pour attirer une femelle. La femelle qui grignote sur le dos de son partenaire où elle est juchée pendant l'acte un cadeau alimentaire. Autant de copulations, autant d'énergie pour ses ovocytes. C'est le cas chez Oecanthus henryi, bien étudié au Bengalore (Inde) pour ses stridulations.
Les grillonnes sont a priori d'accord. Mais elles cherchent à faire affaire avec les grillons qui chantent le plus fort. Entre ceux-ci, la concurrence est rude, si rude que s'est développée la pratique de faire un trou dans une feuille la plus grande possible et de s'en servir comme porte-voix.
Mais chanter fort attire de gros ennuis, sous forme de prédateurs qui chassent à l'oreille. Alors rester coi ? On survit mais on a passé son tour…
Viraj R. Torsekar et Rohini Balakrishnan ont monté une manip pour étudier ce dilemme, dans le cadre plus général de l'hypothèse du déploiement de stratégies alternatives de reproduction qui pourraient être un moteur de l'évolution.
Dans une cage à l'extérieur, ils ont fait 3 lots d'œcanthes, qu'ils ont installés avec des effectifs différents de l'Araignée-lynx verte, très agressive, Peucetia viridans (Aran. Oxyopidé), représentant 3 niveaux de risque de mort.  
Plus ce niveau est élevé, plus la mortalité (mesurée par le nombre de nuits de survie) est forte, moins il y a de reproduction – résultat attendu. Face à un risque fort, les mâles, en restant silencieux, bougent et ont tendance à se rapprocher d'un individu stridulant vigoureusement. Leur comportement n'est pas grégaire en nature, c'est une réponse à la situation. Ils adoptent une stratégie « de satellite », qu'on peut désigner aussi par stratégie du passager clandestin, qui profite sans payer – dans ce cas qui peut éventuellement intercepter sans effort une femelle attirée.
Les grillonnes de leur côté ne modifient en rien leur comportement : certaines, « phonotactiques » se dirigent vers un mâle sonore, d'autres ne se déplacent pas.
Quant aux chances de survie des grillons, elles ne sont pas corrélées avec l'effort global de stridulation, mais avec l'âge moyen des mâles. En fait, ils ne chantent qu'à partir d'un certain âge et ce sont les vieux qui ont le meilleur succès reproducteur.
La morale : face au danger imminent, faire le passager clandestin. Au pire, on passe seulement son tour.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Oecanthus henryi attaqué par une Araignée-lynx verte. Cliché Viraj Torsekar
À (re)lire, l'Épingle L'un chante, l'autre pas, de 2019
 

1276 Ouvrières de tous les pays…
...Voici de quoi vous réjouir. On vous annonce que le Festival musical des nuits de l'Oural (UMN) a créé pour vous, spécialement et à votre échelle, un multifestival avec les meilleurs groupes du moment, invités des meilleurs festivals de l'été. L'entrée est gratuite, vous mettez un masque si vous en trouvez à votre taille, on vous laisse grimper sur la scène et même au-dessus.
Le programme est alléchant comme une phéromone de recrutement autour d'une source alimentaire : il réunit, outre UNM, Blue Bird (Autriche), International Music Showcase Festival (Israel), Lagos International Jazz Festival (Nigeria), etc., soit 11 événements formidables, réunis sous la bannière d'Antyfest.
Chacune des scènes (ou podiums) a été copiée en tout petit et déploie un écran géant (géant pour vous) où une vidéo montre un court (durée adaptée à votre cerveau minuscule) extrait d'une prestation programmée ante-covidem.
Dressez bien vos antennes, rejoignez vos congénères où que vous soyez grâce à Internet, il suffit de cliquer ICI et de choisir votre festival préféré.
Oubliez un bref laps de temps la routine de votre besogne, un pur travail de fourmi, et les injonctions phéromoniaques du groupe et de la reine !
D'après « Some People in Russia Created a Virtual Music Festival for Ants », par Vito Valentinetti. Lu le 4 septembre 2020 à www.musicfestivalwizard.com/
Photo : capture d'écran



Pourquoi les guêpes sont insupportables à la fin de l’été
, par Seirian Sumner. The Conversation,
7 septembre 2020.

Comparaison anatomique des têtes de deux espèces de fourmis : Formica et Brachyponera
, par Adrian Richter. Passion entomologie, 2 septembre 2020.




août À cliquer

1275 Clairons et Typographes

La forêt européenne de résineux subit sa plus forte attaque par les scolytes (Col. Curculionidés) depuis 70 ans, à cause de la chaleur et de la sécheresse. Parmi ces ravageurs secondaires (qui attaquent les sujets affaiblis), le Bostryche typographe Ips typographus est particulièrement redoutable.
Le projet bioProtect (2010-2020) prolonge le travail entrepris en 2004 par Michael Müller (université de Dresde, Allemagne), visant à maîtriser ces insectes destructeurs par une voie respectueuse de l'environnement.
Celle-ci consiste à traiter les grumes avec des analogues (de synthèse) des phéromones d'agrégation des scolytes. Ces phéromones agissent aussi en attirant des prédateurs des ravageurs : elles sont alors des kairomones. Elles n'ont que ce rôle si la phéromone est celle d'une espèce qui n'est pas présente : leur application n'attire pas le xylophage destructeur et mais seulement le prédateur, auxiliaire naturel de lute biologique.
Pratiquement on utilise la phéromone de scolytes inféodés à des arbres décidus en forêt de conifères et celle de scolytes de conifères en forêts décidues. Beaucoup de prédateurs sont sensibles aux deux phéromones, se regroupent et passent à l'action. Parmi eux, les jeunes larves du Clairon formicaire Thanasimus formicarius (Col. Cléridé) dévorent toute larve de scolyte en train de forer sous l'écorce ; les adultes patrouillent sur l'écorce et consomment entre autres les scolytes. Les autres Coléoptères sont plutôt repoussés.
M. Müller, optimiste, voit la méthode disponible pour les forestiers dans 3 ans ; elle remplacera, sans effets secondaires notables, l'usage d'insecticides.
D'après « Bamboozling the bark beetles ». Communiqué de l'U. de Dresde. Lu à //phys.org/news/ le 31 août 2020.

Photo : Clairon formicaire. Cliché Entomart

1274 Le taon, le zèbre et le barbier
Cela fait 150 ans que les zoologistes se demandent pourquoi les zèbres sont zébrés (de blanc sur fond noir). Pour se camoufler, pour troubler les gros félins, pour se refroidir (en créant des courants de convection), pour se faire reconnaître des congénères… ou pour embêter les mouches.
Une équipe de l'université de Bristol (Royaume-Uni) conforte cette dernière hypothèse : les taons face à cette robe foncent dedans ou s'écartent. Leur manip a requis 22 chevaux qui se sont  retrouvés à brouter dans un pré vêtus de couvertures de coton, avec des motifs en noir et blanc imprimés sur mesure, sous l’œil d'un observateur et d'une caméra.
Le taon, comme l'entomologiste, subit l'effet d'ouverture, qui provoque une illusion d'optique. C'est typiquement le cas avec les enseignes de barbier : le cylindre zébré qui tourne sur son axe est perçu comme se mouvant à angle droit avec ses rayures et a l'air de monter.
Le taon qui se rapproche d'un objet estime sa position par l'agrandissement qu'il perçoit de l'image de l'objet. L'effet d'ouverture lui fait croire que le site où il espère un bon repas de sang est plus loin qu'en réalité. Il rate son atterrissage.
Alors que l'effet d'ouverture ne joue pas, le taon est également gêné par des robes tachetées ou ponctuées.
Article source (gratuit, en anglais) 
Photo : zèbres. Cliché Mara River Safari Lodge  
À (re)lire : La nuit des taons. Épingle de 2017. Les mouches du cheval, par Alain Fraval. Insectes n° 146 (2007-3).

1273 Les aspirations des ouvrières
On croyait avoir bien compris, depuis plus d'un siècle, le mécanisme de prise de nourriture de l'Abeille mellifère. Excitée par l'odeur du nectar, l'abeille posée dans la corolle d'une fleur, étend sa trompe (proboscis) et sa langue (glosse) velue terminée par une sorte de pinceau (flabellum), la plonge dans le nectar puis lèche le sirop sucré qui s'insère entre les soies, écartées de l'angle optimal. L'ouvrière rétracte sa langue dans sa trompe et aspire le nectar. Le système, du type lécheur-aspirateur, fonctionne toujours de la même façon.
Chaque insecte nectarivore est classé lécheur (lappeur) ou suceur (aspirateur). Notre Abeille, selon la récente découverte d'une équipe internationale, peut passer d'un régime à l'autre.
L'observation de vidéos à très haute fréquence d'abeilles la tête émergeant d'un tube et trempant leur langue dans des nectars de différentes viscosités, colorés en bleu, a révélé que l'abeille pompe directement lorsque le liquide est très fluide. Dans ce cas, l'ingestion est plus efficace mais dans des nectars à haute teneur en sucre, l'ouvrière lappe : elle trempe sa langue, la retire et aspire après, ce qui va plus vite. 
Cette flexibilité du comportement de prise de nourriture confère à l'Abeille mellifère la capacité d'exploiter en un lieu donné une grande variété de nectars de viscosités variées, donc de sources d'énergie.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : en haut, 4 abeilles pompent du nectar ; en bas, 6 individus lapent. Des auteurs.

1272 Le pou de l'éléphant de mer…
...N'a pas de trompe comme celui de l'éléphant terrestre Haematomyzus elephantis (Phth. Hématomyzidé). Mais il partage avec son hôte aquatique le goût, surtout la possibilité, de plonger en mer très profond.
Comment les poux des mammifères marins, ectoparasites stricts, font-ils pour vivre aux dépens du sang d'un hôte qui disparaît périodiquement dans les profondeurs de l'océan ? Vu qu'en tant qu'insectes, ils sont inaptes à la vie sous-marine, on pensait qu'ils les retrouvaient à leur retour, sans pouvoir expliquer comment.
Le mystère est levé par Claudio Lazzari (IRBI, Tours) et ses collaborateurs argentins, expérimentant au laboratoire, sur 75 larves et adultes de Lepidophthirus macrorhini (Échinophthiridé). Les poux avaient été prélevés sur des éléphants de mer Mirounga leonina qui se prélassaient sur les rochers. Sur la paillasse, à côté de témoins, ils ont été plongés dans l'eau de mer et soumis pendant 10 mn à des pressions hydrostatiques étagées, jusqu'à celle correspondant à -2 000 m, soit 200 kg/cm2. Replongés puis ramenés aux conditions de la surface, ils ont récupéré, les larves plus vite que les adultes. Si parmi eux, 6 ont succombé, un s'est retrouvé pressé à 450 kg/cm2  - soit 1 500 m au-delà du record de plongée pour mammifère marin - à cause d'un dysfonctionnement du matériel pendant quelques minutes et s'en est parfaitement sorti.
Les poux plongent accrochés aux éléphants, insérés dans leur épiderme. Ce n'est pas la cause de leur résistance. Les écailles que portent les poux de cette famille participent sans doute à leur tolérance à la pression.
Pourquoi les insectes, qui peuvent développer des branchies, supporter le sel et la pression, n'ont-ils pas colonisé le milieu marin ? Peut-être parce que leurs cousins crustacés ont occupé toutes les niches.
Article source
Photo :  Lepidophthirus macrorhini, cliché Frost Entomologial Museum
À (re)lire : Les poux, par Alain Fraval. Insectes n° 189 (2018-2).   

1271 Pendant le relevé, on reste couché
Pour maîtriser proprement les ravageurs des plantes cultivées, il faut connaître leurs populations, de façon à n'intervenir qu'à bon escient. C'est un principe de la lutte intégrée.
Pour dénombrer les insectes, on emploie classiquement des pièges dont l'architecture, l'appât, le système de rétention, la fréquence de relevés et leur signification en termes de risque de dégât sont établis par des entomologistes à la suite d'essais bien contrôlés. Le cultivateur est contraint de visiter ses pièges, parfois disposés en un très vaste réseau, de nombreuses fois ; ceci représente un coût de main d’œuvre important, souvent rebutant.
Des chercheurs en agronomie et en défense des végétaux de Budapest (Hongrie) proposent un système automatique, destiné à la surveillance des vols de la Chrysomèle des racines du maïs Diabrotica virgifera virgifera (Col. Galéruciné). Les larves du ravageur croquent les racines, les imagos font de même aux inflorescences. Il s'est adapté aux rotations de cultures et on le combat principalement à coups d'insecticides injectés dans le sol ou en enrobage de semences.
Le piège en entonnoir renversé attire l'insecte par un panneau jaune et par un appât composé d'un analogue de la phéromone femelle de rapprochement des sexes. Les adultes capturés dans une bouteille à l'envers tombent dans un tube où il sont mesurés (pour assurer la sélectivité) et comptés au passage, un par un. En même temps, le système électronique, alimenté par un panneau solaire, note l'heure et les résultats sont envoyés à une centrale par Internet.
Le système « Zoolog KLP » a été mis à l'épreuve sur 2 sites, pendant 6 semaines. Le compteur s'est révélé d'accord avec le contenu du bocal à presque 96 %. L'appareillage a permis de caractériser un pic de vols en août et de révéler une courbe de captures journalière bimodale.
Cet appareillage devrait servir de modèle pour le piégeage automatique d'autres pestes.
Article source (gratuit , en anglais)
Photo : piège automatique à Chrysomèle des racines du maïs. Clichés des auteurs    

1270 Non, plus ces noms !
Pas mal de noms d'insectes doivent être changés, selon The College Fix, un site animé par des étudiants états-uniens. Ils sont en effet une offense à des colonisés et à des réprouvés, à des personnes non-blanches, rappellent l'esclavage… ou bien ont été attribués par un savant raciste, colonialiste, antiféministe.
Dans une liste de 60 animaux concernés, 3 insectes sont emblématiques. Ce sont, désignés par leur nom commun en anglais, slavemaker ant (fourmi esclavagiste), gypsy moth (phalène bohémienne = notre Bombyx disparate) et rape bug (entendre la punaise du viol  - et pas celle du colza - = notre Punaise potagère).
Curieusement, les assassin bugs (punaises Réduviidés) ne sont pas visés, sans doute que le meurtre est bien moins peccamineux que le viol.
Sont épinglés également le large faggot worm (grand ver pédé ou grand ver traîne-fagot ? = Eumeta crameri, Lép. Psychidé), le n**** (niger, nègre, Orsotriaena medus, Lép. Satyridé d'Extrême Orient). L'attribut « oriental » est insupportable et l'oriental cockroach (Blatte orientale) comme l'oriental rat flea (Puce orientale du rat) ainsi que l'oriental fruit moth (notre Tordeuse orientale du pêcher) font les frais de leur purge taxinomique.
Et ces fins entomologistes ne manquent pas de pointer aussi des erreurs grossières, insupportables. La pire ? La cow killer velvet ant (fourmi veloutée bovicide, Dasymutilla occidentalis, Hym. Mutillidé) n'est pas une fourmi et est bien incapable de tuer une vache.
Quant à Carl Linné, son nom ne devrait plus être donné aux Linean Games (jeux linnéens) car ce classificateur a défini des sous-espèces d'Homo sapiens, d'H.s. europaeus à H.s. monstrosus.
Les expurgeurs ne se sont pas attaqués au lexique francophone où pourtant ils auraient trouvé des cas gravissimes, à commencer par le Grand Nègre des bois Minois dryas (Lép. Nymphalidé) qui associe bois (...d'ébène) à Africain sub-saharien.
D'après « Scholars target ‘problematic’ common animal names: slavemaker ant, gypsy moth, rape bug and dozens more », lu le 3 août à www.thecollegefix.com/
Photo : Grand Nègre des bois. Cliché Siga



Un robot pour suivre le vol des insectes
, par Rémi Pannequin et Dominique Martinez. The Conversation, 1er septembre 2020.

Migrer loin ou pondre sur place, le dilemme des papillons
, par Florence Rosier. Le Monde (abonnés), 24 août 2020.

Au Burkina Faso, les chenilles « chitoumou » se dégustent bien grillées,
par Sophie Douce. Le Monde, 6 août 2020.
[Cirina butyrospermi, Lép. Attacidé]

juillet
À cliquer

1269 Polystyrénophagie (encore)
Les déchets de plastique caractériseront les couches géologiques déposées à l'Anthropocène, pour les paléontologues et géologues du futur. Car moins de 10 % de ce matériau est actuellement recyclé. Que faire, notamment du polystyrène, particulièrement rétif à sa transformation ?
En nourrir des larves d'insectes ou, mieux peut-être, le soumettre à l'action des enzymes à l’œuvre dans leur tube digestif.
La Fausse-Teigne de la cire  Galleria melonella (Lép. Pyralidé) - voir ici, ici et -, le Ténébrion meunier Tenebrio molitor (Col. Ténébrionidé) - ici - digèrent au moins partiellement le polyéthylène. Zophobas atratus (id.) attaque le polystyrène - - et, nouvelle découverte, il en est de même pour Plesiophthophthalmus davidis (id.), selon Hyung Joon Cha et Intek Song de l'université d'Andong (Corée du Sud).
L'insecte vit en Extrême Orient. Le régime alimentaire de sa larve en nature est le bois pourri. Nourrie de polystyrène durant 20 jours, elle en réduit la masse et le poids moléculaire, déféquant une matière facile à traiter. Sa flore intestinale s'enrichit alors en Serratia d'un facteur 6, cette bactérie introduit des liaisons chimiques C – O et C = O dans le biofilm de plastique dans le tube digestif. Les autres bactéries ne sont au plus que 5 espèces, ce qui est relativement très peu.
A-t-on là une bonne piste pour réaliser la dégradation de ce plastique en fermenteur ?
Article source : doi:10.1128/AEM.01361-20
Photo : larves de Plesiophthophthalmus davidis grignotant une plaque de polystyrène. Cliché Hyung Joon Cha

1268 Du gras à ours
Dans le parc national de Glacier (Montana, États-Unis) coulent des rivières à perles (cf ci-dessous) et patrouillent des grizzlis. Ces derniers sont surveillés par une équipe internationale menée par Erik Peterson de l'université du Washington.
L'été, la préoccupation des ours est d'accumuler des réserves pour passer l'hiver, en semi-hibernation. Omnivores, ils se composent un menu aussi bien dosé que possible en sucres, graisses et protéines. Dans les années 1930, on les a vus creuser près du sommet des pics rocheux et 20 ans plus tard, on a compris qu'ils recherchaient des chenilles.
Ces chenilles sont des noctuelles qui ont quitté les lieux de leurs ravages – les champs de céréales, de colza et de luzerne en plaine – pour venir brouter les plantes à fleurs alpines, de nuit, se reposant le jour groupées dans des crevasses sur les pentes élevées des montagnes.
Il n'y a pas plus gras que ces vers gris, de l'espèce Euxoa auxiliaris (Lép. Noctuidé) composés à 70 % de lipides. Leurs amas constituent pour l'ours en manque d'airelles la seule nourriture consommée. On sait que l'animal a besoin d'un peu moins de 50 kg d'aliment par jour...
On sait peu de choses de la vie des chenilles en altitude. Elles vivent en foyers épars, que l'équipe s'efforce de cartographier depuis un hélicoptère, repérant les ours au moyen d'une caméra infra-rouge et d'en relier la présence avec les conditions locales.
Le but de l'étude est de rassembler les connaissances qui permettront de gérer la conservation du grizzli en tant que sous-espèce distincte de l'ours brun (avec lequel il s'hybride).
D'après « Bear butter: Scientists study tiny moths as rich food source for grizzlies », par Seth Truscott. Lu le 20juillet 2020 à //news.wsu.edu/
Photo : chenille d'Euxoa auxiliaris. Cliché Frank Peairs



1267 La synthèse du ciron
Voici un chercheur comme on n’en fait plus. Riche, il poursuit ses expériences sur ses deniers dans un manoir isolé du Somerset (Royaume-Uni). Andrew Crosse (1784-1855) expérimente au croisement de la géologie et du galvanisme. Entre autres, il cherche à accélérer la croissance des cristaux de quartz par l'électricité. Pour cela, il construit un appareil qui fait goutter de l'acide dilué sur une pierre électrifiée. Il remarque, à la loupe, qu'au 14e jour de petites excroissances blanches se forment, à partir desquelles, 4 jours plus tard, se projetteront 7 ou 8 filaments.
Au 26e jour, ces apparitions prennent la forme d’un insecte parfait, dressé sur quelques soies formant sa queue. Deux jours encore et les créatures bougent leurs pattes, pour plus tard se promener joyeusement. Au bout de quelques semaines, il y en aura des centaines.
Une controverse naît et on se met à répliquer la manip de Crosse. Notamment, le chirurgien William Henry Weeks refait l’expérience et, au terme d’un an, donne naissance à « 5 insectes parfaits ». En revanche les savants John George Children, Golding Bird, Henry Noad et Alfred Smee n’obtiennent rien du tout et Richard Owen déclare qu’il ne s’agit que de cirons Acarus siro,
acariens du fromage et d’autres denrées. Ce que Crosse avait lui-même conclu. C’était en 1836, dans une époque de grand bouillonnement scientifique.
L’électricité, bien plus tard, produira des molécules prébiotiques à partir de méthane, d’ammoniaque, d’hydrogène et d’eau – c’est la célèbre expérience de Stanley Miller et Harold Urey. Laquelle n’a produit aucun ciron.
D’après, notamment, « Frankenstein’s insects: The Victorian scientist who turned electricity into life », par Joel Day, lu le 3 avril 2020 à www.express.co.uk/

1266 Un virus calorifère
Les virus pathogènes de plantes qui sont transmis par les pucerons selon le mode multipliant (ils sont ingérés, hébergés et injectés) modifient à la fois le phénotype de la plante et celui du vecteur. Les modalités sont diverses et la relation entre le virus et l’insecte peut être du type mutualiste, avec une manipulation de l’hôte par le parasite dans certains cas. Le sujet a suscité il y a peu un regain d’intérêt.
Une équipe internationale vient de publier, comme principal résultat, que le virus de la Jaunisse nanisante de l’orge (BYDV, Lutéoviridé) augmente de 2° C la température de surface du limbe des feuilles d’orge. Il augmente aussi, de 8°C, la tolérance à la chaleur de son vecteur, le Puceron du merisier à grappes (ainsi dénommé d’après son hôte d’hiver) Rhopalosiphum padi (Hém. Aphididé).
Les chercheurs ont utilisé deux souches du virus : BYDV-PAV, transmis par R. padi, et BYDV-RMV transmis par son concurrent (plus gros) le Puceron vert du maïs R. maidis. Ces deux pucerons, en l’absence de compétition, s’installent de préférence sur les parties basses des graminées, plus froides.
Dans le cas où les deux espèces sont mélangées, R. padi grimpe, là où il fait plus chaud.
Pour repérer les températures maximales tolérables de chacun des pucerons, nos aphidologues leur ont fait subir un test de réchauffement, jusqu’à les voir se mettre sur le dos, plongés dans une torpeur récupérable.
Les R. padi virulifères supportent mieux la chaleur que leurs congénères sains, et mieux que leurs concurrents les R. maidis.
C’est à l’activation de 3 gènes codant pour des protéines de choc thermique qu’ils doivent cette nouvelle capacité. Laquelle leur permet d’occuper la strate supérieure du champ de céréales, sans s’en faire déloger par les R. maidis plus costauds mais frileux.
Le virus augment la fitness du puceron.
Dernière découverte : l’imagerie thermique infrarouge révèle que le BYDV-PAV augmente la température de la tige et du limbe des feuilles du blé malade de 2 à 3 °C, alors que le BYDV-RMV n’a aucun effet de cette sorte.
L’ensemble des résultats montre pour la première fois l’agrandissement de la niche écologique de son puceron vecteur par un phytovirus.
Article source (gratuit, en anglais)

1265 Les spores, pour un meilleur développement
Surprise. Les jeunes chenilles mangeuses de feuilles et d'aiguilles d'arbres forestiers et fruitiers du Bombyx disparate Lymantria dispar (Lép. Érébidé), un insecte très polyphage et parmi les plus étudiés dans le Monde, se révèlent mycophages. Au moins sur des peupliers noirs malades en Allemagne, selon le travail de Sybille Unsicker et de ses collaborateurs (institut Max-Planck à Iéna).
L'équipe avait déjà mis en évidence l'attraction des chenilles par les composés volatils dégagés par les spores de Melampsora larici-populina, agent d'une rouille très répandue. La présente manip a consisté à comparer l'attractivité de feuilles de peuplier en place ou excisées, telles quelles, colonisées par la rouille ou par Erisiphales sp., un mildiou. Les chenilles ont été placées à l'âge de 2 jours et pesées régulièrement jusqu'à leur chrysalidation (soit durant environ 21 jours) ; les feuilles étaient remplacées tous les 3 jours et conservées congelées en vue de leur analyse chimique.
Lorsque le choix leur était offert, les chenilles des 1er et 2e stades ont préféré nettement les feuilles rouillées, dont elles ont mangé 2 fois plus, consommant les sporanges du champignon avant de s'attaquer au limbe. Au terme de leur développement larvaire avec champignon, les chrysalides étaient 2 fois plus lourdes que les témoins et plus précoces de 2 jours.
Les principales différences de composition chimique portaient sur les acides aminés libres et les vitamines B, et surtout sur le mannitol, en concentration bien plus élevée dans les feuilles mycosées et surtout dans les spores : 20 fois plus que dans la feuille. Dans une épreuve de choix, les jeunes chenilles ont consommé plus des feuilles enduites de mannitol. L'ajout de ce sucre au feuillage offert aux chenilles n'a pas modifié leur croissance.
Si le Bombyx disparate profite du champignon qui l'attire par la production de mannitol, le champignon ne retire aucun avantage de l'affaire : il est tué par la digestion et n'est pas transporté.
Les cas de mycophagie de phyllophages sont sans doute plus fréquents que ce que l'on sait et il importe d'en tenir compte dans les études de relations plantes-insecte.
Article source : doi: 10.1111/ele.13506
NDLR : le mannitol est pour les chenilles soit attractif, soit neutre, soit antiappétant selon les travaux antérieurs ; ailleurs, sur chêne-liège par exemple, aucun comportement de ce type n'a jamais été observé ; les chenilles des premiers stades décapent la face inférieure du limbe avant de s'y attaquer par les bords. Il pourrait s'agir là d'une évolution locale, suite à la permanence des infections fongiques des peupliers, qui a mené à une adaptation de la part d'une espèce qu'on sait très plastique.

1264 Virage sur l'aile
Une magnifique peinture métallisée, des panneaux solaires plus efficaces ? Demandons au Papillon ocellé Junonia coenia (Lép. Nymphalidé), un Nord-Américain commun, souvent élevé pour les lâchers nuptiaux. En quelques générations on peut voir ses ailes virer au bleu et on sait comment. Les ailes de la forme sauvage, vues de dessus, sont marron avec des touches d'orange, de noir et de crème. Et 3 ocelles bien évidents. En les observant de près, on distingue quelques écailles bleu métallique sur la partie proximale de l'aile antérieure, plus chez certains individus. Edith Smith, gérante d'une ferme à papillons, a l'idée de croiser les plus bleus avec les plus bleus et de poursuivre l'élevage de cette lignée, en ne gardant que les plus bleus. Elle obtient en 12 mois (autant de générations) des papillons aux ailes en partie bleues.
Une étudiante de Berkeley (Floride, États-Unis), Rachel Thayer, et un professeur de biologie moléculaire, Nipam Patel, se penchent sur cette évolution extraordinairement rapide, que l'on peut suivre tout en élevant simultanément la forme sauvage. Vues au détecteur à ionisation d'hélium, les écailles des « bleus » et des « marrons » ont autant de pigment marron. La différence est dans l'épaisseur de la lame de chitine qui forme le plancher de l'écaille. Celle-ci est est de 100 nm environ chez l'insecte sauvage et de 190 chez la forme évoluée, ce qui provoque l'irisation (comme pour une bulle de savon, qui a la même épaisseur). Pour comparaison, R. Thayer a examiné les écailles d'un mutant du Papillon ocellé obtenu à l'université Cornell ; il est dépourvu du gène optix, qui gouverne la coloration. Elles aussi ont le plancher épaissi, donnant du bleu.
Ce travail montre une façon de produire des iridescences des écailles, effective dans tout le genre, sans doute répandue chez les Lépidoptères ; il met en outre à disposition un modèle d'évolution qui, au lieu de millions d'années, est très rapide et reproductible.
Article source : //elifesciences.org/articles/52187
À (re)lire : Couleurs d'insectes, par Alain Fraval. Insectes n°188, 2009(3).   




1263 Long courrier
On le croyait cantonné à des vols sur de courtes distances, il se révèle un excellent voilier Il est capable de couvrir 140 km en 24 heures, arrivant très allégé mais bien vivant.
Il est Rhynchophorus palmarum (Col. Curculionidés), l'autre Charançon rouge (Ver palmiste) du palmier, qui ne se distingue de R. ferrugineus (bien connu) que par l'analyse de son génome.
Cette peste des cocotiers et palmiers à huile, originaire d'Asie du Sud-Est, a été trouvée en Californie et menace les palmiers décoratifs du Sud des États-Unis. Pour estimer la rapidité d'extension du charançon envahisseur potentiel, 2 entomologistes de l'université de Californie (à Riverside), M.S. et C.D. Hoddle, ont soumis 87 spécimens de l'insecte à une épreuve d'endurance sous serre, à Sumatra (Indonésie).
Le charançon est attaché par le dos à un bras d'un manège-enregistreur. Il vole en rond, ce qui ne le dérange pas. L'épreuve dure 24 h. Les 82 sur 87 qui ont parcouru plus d'1 km sont retenus pour l'analyse des résultats. Parmi les femelles, 37 % ont volé sur une distance inférieure à 50 km, 16 % de 51 à 100 km et 5 plus de 100 km. Chez les mâles les proportions sont de 28, 13 et… 0. Deux des championnes, arrivées ayant perdu 13 % de leur poids, ont dépassé les 140 km.
Le résultat est étonnant – et inquiétant pour les palmiers états-uniens, sous la menace de quelques super longs-courriers dans la population mexicaine.
Article source (en anglais, gratuit)  
Photo : spécimen de Rhynchophorus palmarum en vol circulaire. Cliché Mark Hoddle
À (re)lire : Lui, il aura bientôt la fibre, Le délectable tueur de palmiers, par Alain Fraval. Insectes n° 146 (2007-3) et Quelques expériences d'actographie, par A.F., Insectes n° 119 (2000-4)

1262 Caméra piéton
Pas élégante ni discrète mais petite, légère, sobre, communicante, orientable… elle vient d'être mise au point à l'université de Washington (États-Unis) et fonctionne en relation avec un smartphone et grâce à la collaboration gracieuse d'Elodes sp. et d'Absolus verrucosus, venus spécialement du désert de Sonora.
Ces deux Coléoptères Ténébrionidés, connus des locaux comme le Scarabée de Pinacate et le Scarabée fait-le-mort, sont reconnus comme des coléos costauds. Ils ont accepté de se faire coller sur le dos du corselet une carte électronique hérissée de composants, dont une pile – l'ensemble pesant un quart de gramme -, et de se promener avec, sur les graviers, dans l'herbe et même de grimper aux arbres, librement*. On leur a assuré qu'ils vivraient encore plus d'un an après l'expérience.
Le dispositif comporte une caméra qui envoie, par radio (Bluetooth), de 1 à 5 vues noir et blanc de 160 x 120 pixels par seconde ; elle est montée sur un support orientable de 60° – par chauffage de la lame en alliage à mémoire de forme qui la porte – ce qui compense son très faible champ pour une dépense minime en énergie. Pour raison d'économie aussi, un accéléromètre coupe la prise de vue quand la bête porteuse n'avance pas. Ainsi la pile peut durer jusqu'à 6 heures.
L'équipe de roboticiens a déjà conçu un concurrent artificiel : un engin mécanique pas plus gros que les ténébrions, autonome, communicant, qui chemine en vibrant et s'arrête à chaque prise de vue pour ne pas flouter l'image.
Cette invention, destinée à l'exploration des lieux inaccessibles et à faire avancer les sciences des insectes et des robots, n'est pas sans risques pour le respect de la vie privée.
D'après notamment « A GoPro for beetles: Researchers create a robotic camera backpack for insects », par Sarah McQuate . Lu le 15 juillet 2020 à www.washington.edu/
Photo : Elodes sp. équipé. Cliché Mark Stone
* Ces insectes ne sont pas des Zombiptères.  

1261 Perle rare
Dans le parc national de Glacier (Montana, États-Unis) coulent des rivières en surface et des aquifères alluviaux en profondeur, sous les rivières. Au fond des rivières vivent des larves de perles (Plécoptères) normales, respirant au travers du tégument ou par des branchies un oxygène abondant du fait du brassage de l'eau, se nourrissant d'éléments allochtones et de la biomasse primaire constituée d'algues.
Dans les nappes alluviales vivent en abondance des larves de perles spéciales, adaptées à un milieu pauvre en carbone et riche en méthane. Des entomologistes de l'université du Montana, dirigés par Rachel Malison, se sont penchés sur une perle découverte au début des années 1990, capable de vivre sans oxygène.
2 500 larves de perles, de 3 espèces d'aquifère (Isocapnia spp., Capniidés) et de 9 de rivière, ont été prélevées et étudiées en aquarium au laboratoire.
Les perles d'aquifère survivent 3 fois plus longtemps en hypoxie et anoxie que leurs consœurs de surface et sont capables de se mouvoir durant 76 heures en absence d'oxygène (contre 1 heure seulement), ce qui explique qu'elles parviennent à trouver à s'alimenter. L'analyse de leur ADN a révélé des séquences de gènes caractéristiques de l'hémocyanine, protéine transporteuse d'oxygène ; ce qui les aide sans doute à survivre à l'anoxie et à exploiter un méthane abondant comme source de carbone. Le carbone est apporté par les bactéries méthanotrophes vivant à l'interface des zones oxiques et  anoxiques, qui convertissent le méthane dissout dans l'eau.
La taille et la répartition des zones d'anoxie dans les aquifères n'est pas connue. Le système trachéen  des perles d'aquifère pourrait être différent et mieux adapté aux faibles taux d'oxygène.
Cette capacité des perles d'aquifère est unique chez cet ordre et très inhabituelle chez d'autres insectes.
Article source : doi: 10.1002/ECY.3127
Photo : Plécoptère Capniidé. Cliché ZSM/Wikipédia  

1260 Le dernier cafardier
Un métier de l'entomologie va disparaître. Son dernier pratiquant (en travailleur indépendant), Ho Hoang Khanh, Vietnamien de Saïgon, a 61 ans et mal partout. Il n'a pas formé d'apprenti. Sa carrière a commencé comme fabriquant d'hameçons ; il connaît donc bien les pêcheurs du delta du Mékong et un jour, a décidé de se reconvertir et de leur fournir leurs appâts préférés, des cafards.
Ce ne fut pas facile ; les coques de durian utilisées comme attire-blattes étaient dévorées par les souris et le sirop de sucre n'engluait pas les individus qui le consommaient. Comme le prix du cafard ne dépassait pas 4 millimes de dollar, Khan dut abandonner pour vendre de la nourriture de rue mais la police l'a vite fait dégager de son trottoir. Alors, il s'est rétroconverti. Le progrès technologique qu'il a su mettre en œuvre lui permet désormais de vivre de son métier de cafardier.
C'est avec du malt (céréale germée cuite) qu'il capture ses proies : il en enduit l'extrémité de 5 bâtons, comme des esquimaux géants, qu'il suspend dans une bouche d'égout. Suivent 15 minutes d'attente assis par terre à côté, un œil sur sa réserve de malt très convoitée par les souris, puis le relevé des pièges et le transfert des blattes récoltées dans son seau où il verse de l'huile pour prévenir les évasions.
Khan livre ses clients à vélo ou leur envoie des cafards par le bus, dans des boîtes en papier sécurisées. Le métier est dur : il faut piéger de jour les noirs et de nuit les rouges. Leur odeur reste sur ses mains… Le travail est saisonnier et s'interrompt quand les égouts débordent. Mais Khan se satisfait des 4,3 $ qu'il gagne en moyen par jour et continuera tant qu'il pourra.
D'après « Saigon's last cockroach hunter », par Diep Phan. Lu le 2 juillet 2020 à //e.vnexpress.net/
Photo : cafards collés sur le malt. Cliché Diep Phan
À (re)lire : La guerre aux insectes - Le Père Cafard. par Guy Tomel. La Science illustrée, t. 14, n° 340,  1894, p. 131-133.  

1259 Violon enfin expertisé
Tout visiteur de l'antre d'un collectionneur d'insectes a remarqué, entre autres vedettes, un grand (jusqu'à 10 cm) insecte curieux à l'avant-corps long et étroit au-dessus d'élytres très larges, étalés et translucides, de la couleur d'un bois verni. Son nom vulgaire est carabe-violon, son nom scientifique de genre Mormolyce est tiré du grec mormolukê, épouvantail. Le taxon, qui appartient aux Carabidés, comporte 6 espèces.
Sa forme remarquable le protège des prédateurs : il se confond avec son support et peut s'insinuer dans les fissures. Les Mormolyce vivent dans les îles et les péninsules de l'Asie du Sud-Est. Les larves carnivores se développent dans les polypores ; les imagos chassent au sol et sur les arbres ; ils volent d'août à novembre. Pour se défendre, ils projettent de l'acide butyrique. La biologie et l'éthologie de ces coléos-violons est mal connue.
En 1963, un spécimen de M. phyllodes, espèce connue de Bornéo depuis 1825, a été capturé dans l'île philippine de Basilan, à Isabela. Ce n'est que 67 ans plus tard qu'il sera étudié et identifié comme M. phyllodes engeli par une équipe de l'UPLB au Muséum national d'histoire naturelle philippin, sous la direction d'Ireni Lit. Basilan aurait été rattachée jadis, au Pléistocène, à Bornéo.
Sur le lieu de la capture de cet unique spécimen, nul n'a depuis cherché à le retrouver. Les conditions de sécurité dues notamment à une insurrection empêchent toute prospection. Il faut espérer que M. p. engeli n'a pas disparu entre temps.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Mormolyce phyllodes engeli, faces dorsale et ventrale. Cliché des auteurs
NDLR : un Mormolyce vaut 450 (insecte commun) sur Animal Crossing : New Horizons et de 5 à 40 € (selon taille et couleur) sur Internet – ce n'est pas bien cher non plus. La collecte et la vente de cette espèce sont interdites en Thaïlande.


Plongée sous la surface de la terre : la formidable adaptation du vivant, par Cédric Alonso. Passion Entomologie, 25 juillet 2020.

L’extinction de 75% des insectes : Comment naît une légende scientifique,
par Philippe Stoop. European Scientist, 6 juillet 2020.

Phylloxéra : la génomique éclaire l’histoire de l’invasion du vignoble français et révèle une nouvelle famille de gènes.
INRAe, 23 juillet 2020.
[Daktulosphaira vitifoliae, Hém. Phylloxéridé]

Du plafond à l’envol : comment les mouches se retournent lors du décollage
. CNRS, 15 juillet 2020.[Syrphe à ceinture, Episyrphus balteatus (Dip. Syrphidé)]

Des scientifiques discutent de l'évolution de la coloration blanche des fourmis velours. Actuaités Santé, 15 juillet 2020.
[Dasymutilla gloriosa, Hym. Mutilidé]




juin À cliquer

1258 Comme vache qui pisse
Les Mouches tsé-tsé Glossina spp. (Dip. Glossinidé), hématophages vectrices du trypanosome responsable de la maladie du sommeil chez l'homme – de la nagana chez le bétail – sévissent dans une grande partie des zones tropicales et équatoriale de l'Afrique. Leur élimination est visée par de nombreuses campagnes de lutte, menées un temps par lâchers de mâles stériles (trop chères) et par épandage d'insecticides (dangereux). Reste le piégeage qui se montre efficace pourvu que les protocoles soient suivis exactement, ce qui est rarement le cas. De nombreux types de piège ont été employés. Le modèle actuel est un panneau bleu empoisonné, disposé le long des galeries forestières au bord des cours d'eau.
Ces mouches sont attirée par l'urine de vache, précisément par le 3-ethylphenol et le 3-propylphenol contenus dans ce liquide. Ces molécules sont à la base d'appâts efficaces mais leur synthèse ou leur extraction de certains végétaux demande des moyens en génie chimique particuliers.
Soutenus par le programme de recherche participatif LOEWE, des chercheurs de l'université Goethe à Francfort-sur-le-Main, sous la houlette de Eckhard Boles, sont parvenus à mettre au point un procédé simple de fabrication de ces attractifs, produits à la même concentration que dans l'urine de vache. Le producteur est une souche génétiquement modifiée – de façon à réorienter son métabolisme glucidique - de la levure de bière Saccharomyces cerevisiae.
Pour se développer la levure accepte toutes sortes de rebuts végétaux, ordures, restes de repas, vieux fourrage. Ainsi l'appât peut être fabriqué partout par les gens, gratuitement ou presque.
Les essais sur le terrain sont programmés.
D'après « Tsetse flytraps: Biotechnology for Africa's rural population », lu le 22 juin 2020 à //phys.org/
Photo : glossine. Cliché David Bygott
À(re)lire, notamment : La Tsé-tsé, une mouche singulière et dangereuse !, par Stéphane de La Roque et Dominique Cuisance. Insectes n° 136 (205-1), et Le comportement alimentaire des glossines, par Jérémy Bouyer. Insectes n° 145 (2007-2). 

1257 Coup de filet
Quel est le meilleur outil d'échantillonnage des populations d'abeilles (au sens large) sauvages ? Les entomologistes sont partagés et choisissent en fonction de l'efficacité supposée, du coût, de la facilité de déploiement sur le terrain…
Kit Pendercast, de l'université Curtin (Perth, Australie), et ses collaborateurs, entreprenant de suivre les populations de ces insectes autour de la ville en zone urbanisée, ont commencé par comparer les différents dispositifs de dénombrement employés couramment : le comptage à vue, la capture au filet à papillons, le piégeage aux gobelets et assiettes colorés, bleus et jaunes ; et aussi les pièges à palettes, les nichoirs, l'aspirateur, le piège Malaise, les appâts. Ils complètent une revue de la littérature par des manips sur le terrain.
Les pièges colorés, d'emploi facile, sont très décevants, sauf pour les Amegilla (Hym. Apidé), gros anthophore au vol très rapide, retrouvés en nombre dans les assiettes bleues. Le comptage à vue, en surveillant des fleurs en pot installées sur des « jardins mobiles », fournit l'effectif global d'abeilles mais pas leur identité, faute d'être capable de déterminer chaque individu.
Le meilleur moyen en termes de diversité des captures est la chasse ; la plupart des espèces n'ont été trouvées qu'au fond du filet. Toutes les méthodes introduisent des biais. Sans doute convient-il, pour réaliser un bon inventaire, de mettre en œuvre simultanément plusieurs de ces moyens, surtout sans omettre le filet, dont le maniement correct demande une bonne vue, de l'agilité et de la pratique.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Amegilla cingulata. Cliché Leana Lahom-Cristobal  

1256 Supplice chinois
C'est ce que des entomologistes de l'université Cornell (New-York, États-Unis) on fait subir à des papillons et une libellule , en filmant l'opération avec une caméra à très haute fréquence pour n'en rien perdre. La goutte d'eau tombait d'une hauteur de 2 m, non sur le front mais sur l'aile des suppliciés, solidement fixés par une épingle trans-thoracique et étalés en position réglementaire, morts d'une inhalation de cyanure depuis belle lurette.
Nos chercheurs, dirigés par Seungho Jung, ont ainsi précisé les conditions de l'impact d'une forte pluie sur des insectes. Une goutte de pluie sur l'aile d'un papillon, c'est équivalent en énergie à une boule de bowling tombant sur quelqu'un. Les insectes s'en tirent très bien alors qu'ils devraient se retrouver au moins alourdis et refroidis, donc une proie facile. D'où l'idée de les copier pour produire des surfaces immouillables pour des ailes d'avion aux baskets.
Les enregistrements montrent que la goutte heurtant la surface de l'aile fait des vagues et s'étale. La couche cireuse hydrophobe de l'épicuticule repousse l'eau tandis que les bosses microscopiques de celle-ci créent des trous : l'eau se disperse et demeure ainsi deux fois moins longtemps en contact avec le tégument. L'énergie d'impact et le refroidissement restent limités.
Reste à reproduire de telles surfaces superhydrophobes.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration : des auteurs    
À (re)lire dans Insectes, la série Les insectes ingénieurs, par Alain Fraval.     
 
1255 Ça use les tarses
La perlite est une poudre blanche tirée d'une roche volcanique, broyée puis expansée par chauffage. Elle possède une grande capacité de rétention de l'eau, d'où son usage en horticulture, et est abrasive, ce qui fait qu'elle entre dans la composition de dentifrices « dents blanches ».
Un essai réalisé au Bénin par une forte équipe anglo-américaine vient de montrer son intérêt en lutte contre les moustiques vecteurs du paludisme. La maladie continue ses ravages (450 000 morts annuellement en Afrique) et les populations de vecteurs résistent de mieux en mieux aux insecticides appliqués sur les murs et les plafonds. Ceux-ci, censés protéger les habitants quelques mois, ne sont pas assez efficaces.
Pulvérisée en suspension dans l'eau, la perlite se révèle supérieure à un insecticide classique, un pyréthrinoïde. La mortalité des insectes dépasse 80 % au bout de 4 mois et est encore de 78 % 2 mois plus tard.
Le moustique, Anopheles gambiae (Dip. Culicidé) en l'occurrence, n'y coupe pas pour trois raisons : la femelle a l'habitude de se poser, une fois pris son repas de sang, sur les murs pour digérer ; sa cuticule imperméable est sensible à l'abrasion, au point qu'usée, râpée, élimée, essentiellement au niveau des articulations, elle conduit en quelques heures à l'évaporation du contenu de l'insecte ; et celui-ci ne peut développer de résistance.
Article source : doi:10.3390/insects11050322
Photo : Anopheles gambiae femelle et mâle. Cliché CDC
NDLR : l'usage des poudres abrasives en protection des denrées stockées remonte à l'Antiquité ; on utilisait alors de l'argile, du sable fin ou de la cendre de bois. Les terres de diatomées, toujours utilisées pour cet usage, sont efficaces également contre les mouches et les parasites internes du bétail et des humains.


Les médias vont-il cesser de ressasser leurs avertissements d'une disparition des insectes ?, par John Entine. Science20.com, 29 juin 2020.
[En anglais - la traduction en français par Google est bonne.]

La taxonomie, cette discipline essentielle à la compréhension des pathogènes,
par Romain Garouste. The Conversation, 29 juin 2020.

Entre Nancy et Epinal, les scolytes et les chenilles menacent la forêt.
Ici-c-Nancy, 23 juin 2020.

Flavescence dorée de la vigne en Europe : l’origine de la maladie dévoilée.
INRAe Bordeaux, 8 juin 2020.

Et si les abeilles étaient remplacées par des drones lançant des bulles de savon ?
AFP. Huffingtonpost, 17 juin 2020.

Le leurre écologique des semences pour "prairies fleuries",
par Quentin Ceuppens, RTBF 15 juin 2020.

Nouveau dictionnaire d'entomologie,
par Bertrand Piron
1 136 pages, 7 950 entrées (définitions détaillées)
parution fin juin
La couverture
Chez l'auteur
27 rue Tourette 97400 Saint-Denis-de-la-Réunion. bertrand.piron974@gmail.com

Le déclin des insectes terrestres se confirme
, par Sean Bailly. Pour la Science, 11 juin 2020.

Un robot pour suivre et filmer le vol des insectes.
CNRS, 10 juin 2020.

2020, l’invasion du Criquet pèlerin en Afrique de l’Est : récurrence d’un phénomène historique.
Par Antoine Foucart, Pierre-Emmanuel Gay et Cyril Piou. Passion entomologie, 8 juin 2020.
[Schistocerca gregaria, Orth. Acrididé]

Les secrets du ver de cire, le lépidoptère qui mange le plastique,
par Marie-Amélie Carpio. National Goegraphic, 4 juin 2020.
[Galleria mellonella, Lép.Pyralidé]

Cotesia typhae, une nouvelle espèce prometteuse pour la lutte biologique, 2/2, par Laure Kaiser-Arnaud et Taiadjana Fortuna. Passion entomologie, 2 juin 2020.

mai
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1254 Traîne-mues
On connaît pas mal d'insectes qui, à l'état larvaire, portent sur leur dos un amas fait d'excréments, d'exuvies et de matériaux ramassés. Il leur sert pour autant qu'on sache de protection contre des prédateurs qui sont dégoûtés par son odeur ou ne parviennent pas à l'entamer. Des cassides (Col. Chrysomélidés) s'en servent même de massue.
Les Coléoptères du genre Toramus (Érotylidés) empilent leurs mues larvaires successives au bout de leur abdomen. Pour quel avantage ?
Takahiro Yoshida (université d'Ehime, Japon) et Richard A. B. Leschen (Manaki Whenua, Nouvelle-Zélande) ont repris l'étude de ces larves, mal connues. Les exuvies sont attachées l'une à l'autre par des soies en crochet à la hampe aplatie implantées sur le 8e sternite abdominal. Ces soies particulières sont fragiles et constitueraient un point de rupture.
Leur hypothèse d'une autotomie salvatrice, le prédateur berné se retrouvant avec des exuvies entre les pièces buccales, ne tient pas. Une araignée, mise en présence d'une larve au laboratoire, dédaigne sa pile de mues et fond sur son corps.
Bref, on ne sait pas encore à quoi rime cette accumulation.
D'après notamment « Peculiar behavior of the beetle Toramus larvae, carrying their exuviae », communiqué de l'université d'Ehime. Lu le 22 mai 2020 à www.asiaresearchnews.com/
Photo : larve de Toramus quadriguttatus. Des auteurs
À (re)lire : Les excréments des insectes, par Alain Fraval. Insectes n° 183 (2016-4)

1253 Une distraction à la gomme
La Drosophile à ailes tachetées Drosophila suzukii (Dip. Drosophilidé) est une peste qui affecte gravement la production de petits fruits et de cerises, entre autres. Elle a envahi il y a une douzaine d'années l'Europe et l'Amérique du Nord, en provenance d'Asie. On parvient à limiter ses dégâts parfois par un programme soigneux de lutte intégrée mais, dans la plupart des vergers, on doit recourir à la lutte chimique massive.
M. V. Rossi Stacconi et son équipe (université de l'Oregon, États-Unis) proposent de protéger les fruits en disposant des appâts faits d'une gomme végétale de qualité alimentaire, à consistance de gelée.
Ces appâts ne sont ni collants ni empoisonnés. Ils attirent par leur odeur les mouches et les charment : celles-ci restent sur la gomme qui les distrait d'aller visiter les fruits et y pondre. Ça marche.
Tout récemment, ces chercheurs ont amélioré la présentation de l'appât, qui ne doit pas sécher. Après avoir façonné des sortes de longues et grosses nouilles de gomme sortant d'un tuyau et suspendues, ils ont ajouté un tissu microfibre imprégné entourant la partie supérieure à la nouille suspendue de la même de façon, et placée de sorte que son extrémité inférieure touche un goutteur du système d'irrigation. Il suffit d'un « piège » pour attirer les mouches dans un rayon de 3,6 m et ce, pendant 21 jours.
Depuis la parution de leur article*, un dispositif plus simple a été testé avec succès, c'est-à-dire que moyennant 50 pièges par acre (1/4 d'hectare), la protection égale celle des traitements insecticides. La gomme est tartinée sur un petit paillasson en chanvre, disposé au pied de chaque plante contre un goutteur.
D'après « Gaga for Gum: Study Shows Sticky Mixture Distracts Fruit Fly Pest », lu le 20 mai 2020 à //entomologytoday.org/
* article source (en anglais, gratuit)

Illustration 1 ; photo et schémas du « piège ». Des auteurs
Illustration 2 : tartine à la gomme. Des auteurs
À (re)lire : La Drosophile à ailes tachetées, peste asiatique des fruits rouges, par Alain Fraval. Insectes n° 167 (2012-4).

1252 En cas de menace, le vol est annulé
À Barro Colorado, une île au large du Panama recouverte par la jungle, les nuits sont tièdes et bruyantes. Pour une oreille humaine, les sons dominants sont les stridulation de sauterelles (Orth. Tettigoniidés) et de grillons (Gryllidés) en quête d'amour. S'y ajoutent, audibles pour ces insectes à l'oreille fine, les clics des chauves-souris, en quête de proies à 6 pattes, qui les font tenter de se dissimuler pour échapper à leur dent.
Dans ce monde, un groupe de grillons se distingue. Ce sont les Trigonidiinés, petits (4 à 7 mm) et à la systématique pas encore solidement établie. Qu'une chauve-souris en chasse approche à quelques mètres sondant à l'aide de son « sonar », au premier clic de détection, ils cessent de battre des ailes et donc, tombent au sol. Comment distinguent-ils ce signal de très mauvaise augure parmi le brouhaha ultrasonore qui règne dans la forêt, auquel participent outre les Chiroptères les sauterelles pour la majeure partie du spectre de leurs stridulations ?
Leur procédé a été découvert par Heiner Römer et Marc Holderied (universités de Bristol – Royaume-Uni - et de Graz – Autriche). Grosso modo, des individus de ces minigrillons ont été collés par le dessus du thorax à un fil et mis « en vol » devant un ventilateur ; devant eux, un haut-parleur ad hoc leur passait des enregistrements de chauves-souris et de sauterelles. Leurs réactions étaient enregistrées par vidéo. Le but était de départager 3 hypothèses : la distinction des spectres des différents sons, l'analyse de la fréquence de répétition des émissions d'écholocalisation des chauves-souris et l'exclusion de tout signal ultrasonore en dessous d'un seuil élevé.
En fait, le criquet ne répond et tombe que s'il perçoit un signal ultrasonore très fort, ce qui correspond à une distance de l'émetteur de 7 m, à partir de laquelle le prédateur est capable d'écholocaliser sa proie. Un clic suffit. Le grillon a donc largement le temps de disparaître du sonar de la chauve-souris en plongeant au sol.
Ce type d'alarme est très rare. Les autres insectes bienentendants, évoluant dans des environnements moins bruyants, reconnaissent les différents sons émis.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : grillon Trigonidiidé. Cliché M. Holderied 

1251 Lui, il aura bientôt la fibre
Le Charançon rouge Rhynchophorus ferrugineus (Col. Curculionidé), alias Calandre ferrugineuse, alias Ver palmi(s)te, habite les palmiers. Ses larves (jusqu'à un millier) creusent le stipe, l'arbre meurt en 2 à 4 ans. Originaire de l'Asie tropicale, le ravageur s'est répandu au Moyen-Orient, autour de la Méditerranée, dans les Antilles et en Amérique centrale, nuisant gravement à toutes les phœnicicultures.
On peut tenter de soigner un sujet infesté (nématodes et champignons entomophages – à l'étude, curetage) mais lorsque l'arbre apparaît souffrant, il est trop tard et on doit l'abattre. D'où l'intérêt de disposer d'un moyen pratique de détecter la présence des larves au tout début de l'attaque.
On a essayé le reniflage par des chiens entraînés, la tomographie aux rayons X… mais c'est le bruit de creusement par les larves qui est le meilleur signal. Munir chaque sujet d'une sonde acoustique plantée dans son stipe (avec un réseau sans fil de transmission) favorise les infections et infestations.
Des entomo-acousticiens de l'université Roi-Abdallah d'Arabie saoudite proposent un système simple et bon marché. Les stipes d'une palmeraie sont entourés à la file sur plusieurs tours d'une fibre optique reliée à un générateur-enregistreur. Ce dernier envoie des trains d'impulsions laser et analyse le signal de retour, éventuellement perturbé par la mastication des vers palmistes, avec un filtrage ad hoc pour éliminer les sons générés par le vent ou le passage d'animaux.
La mesure du délai entre le signal émis et le signal reçu indique la distance au générateur et permet de localiser l'arbre atteint. Le système est sensible à l'activité des larves des premiers stades (1 à 2 semaines), ce qui permet d'envisager de cureter les sujets colonisés et de les sauver.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration : représentation du dispositif. Des auteurs            
À (re)lire : Le délectable tueur de palmiers, par Alain Fraval. Insectes n° 146 (2007-3) et Quelques expériences d'actographie, par A.F., Insectes n° 119 (2000-4)

1250 Ils plongent !
D'après les échantillonnages faits durant 42 ans dans une réserve naturelle en Hesse orientale (Allemagne), les effectifs d'insectes aquatiques ont été réduits au cinquième.
Le Breitenbach coule dans un paysage de collines, relativement loin de toutes perturbations d'origine humaine. Une équipe de chercheurs de plusieurs universités allemandes a colligé les résultats d'un piège à émergence (une sorte de serre sans plancher de 12 m de long qui capture les imagos aux larves aquatiques) posé sur ce ruisseau et les berges. Température et débit ont été notés quotidiennement. Taxons étudiés : les éphémères, les perles et les Trichoptères. Les relevés ont été effectués toutes les semaines.
La température aura augmenté de 1,9°C, le débit aura varié et le nombre d'individus piégés aura chuté de 81,6 %. Le pic d'émergence s'est avancé de 13,4 jours et s'est allongé de plus de 15 jours. En revanche la diversité spécifique a d'abord augmenté, probablement du fait que, soumis au réchauffement, le ruisseau présente maintenant les caractéristiques d'une rivière aval. Puis elle a diminué à partir de 1990, sous un climat marqué par des sécheresses plus fréquentes. Le climat a joué le rôle principal.
Seule une étude au long cours comme celle-ci peut relier l'évolution des peuplements à celle des facteurs de l'environnement. Ni les études ponctuelles ni la modélisation ne peuvent y parvenir.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Ephemera glaucops. Cliché Roman Sandoz    

1249 Le sens inné du danger
On sait peu de choses sur la façon dont les insectes répondent à un signal parvenant d'un prédateur ; on doit à Vivek Kempraj (thésard, université de Macquarie, Australie) et ses collaborateurs une avancée importante sur la gestion des risques par un insecte menacé, en fonction du type de prédateur et du coût de la réaction. Leur modèle : la Mouche des fruits du Queensland Bactrocera tryoni (Dip. Téphritidé), un ravageur très redouté des arboriculteurs.
Dans leur manip, des mouches sont exposées à l'odeur de 4 prédateurs (2 araignées diurnes, 1 araignée et une fourmi nocturne) et d'une punaise phytophage, non prédatrice. L'odeur est transportée par un courant d'air purifié sur charbon actif. Sont observés leurs déplacements et mouvements, leur comportement de recherche de nourriture, la ponte et l'accouplement. Affouragement et accouplement se trouvent réduits, la ponte est annihilée, ce qui correspond à une minimisation des risques en termes de succès reproductif (fitness). Selon le parfum du prédateur, la mobilité est réduite ou augmentée : en effet, il vaut mieux se tapir à l'approche d'un prédateur nocturne et se sauver devant un diurne.
C'est cohérent. Ces mouches n'ont jamais rencontré de leur vie un prédateur : le comportement semble inné. Ce qui n'a été observé chez aucun autre animal.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Mouche des fruits du Queensland. Wikipédia 


1248 Se rapprocher l'un de l'autre est risqué
Mais on peut chanter et se trémousser sans trop de risque.
C'est le résultat du travail d'une équipe autour du Smithsonian Tropical Reasearch Institute, qui a examiné le comportement de capture des sauterelles d'une chauve-souris « glaneuse » néotropicale Micronycteris microtis. Ces prédateurs collectent les insectes posés immobiles sur les feuilles, les repérant par écholocation. À la saison des amours, chez les sauterelles Tettigoniidés Pseudophyllinés, le mâle stridule et, en plus, lui comme la femelle font vibrer le support (trémulations) qui transmet le message d'amour de l'un à l'autre. Puis, ils se rapprochent pour se connaître…
C'est dangereux. En offrant, en cage et dans le noir, à des chauves-souris des sauterelles en caoutchouc (pour éliminer l'odeur d'entre les stimulus), collées sur une feuille immobile ou reliée à un agitateur, ou en faisant se déplacer l'insecte en plastique d'une dizaine de centimètres sur la feuille, nos chercheurs ont établi que la chauve-souris préfère l'insecte en marche. Les femelles muettes ne sont pas moins exposées que les mâles à la dent de cette chauve-souris.
Le sexe a un coût.
Article-source
Stridulation de Docidocercus gigliotosi, qui a servi de modèle aux trémulations artificielles
Photo : sauterelles artificielles. Cliché » Dixie Novelty Distributors  
NDLR : 1 sauterelle en caoutchouc coûte 6,99 $, livraison comprise ; le lot de 50, 39,00.


Le bourdon, cet horticulteur méconnu, par Florence Rosier. Le Monde, 24 mai 2020.
[Bombus terrestris]

Une nouvelle colonie de papillons monarques découverte au Mexique.

par Jean-Michel Leprince. Radio Canada,  13 mai 2020.
[Danaus plexippus]

Le Perce-oreille commun Forficula auricularia : une vie de famille inattendue,
par Joel Meunier. Passion Entomologie, 19 mai 2020.

Pollinisation. Les papillons de nuit seraient tout aussi utiles que les abeilles pour la biodiversité.
Courrier international, 13 mai 2020.

Les frelons géants envahissent les grands titres, mais pas l’Amérique du Nord.
Pieuvre.ca, 7 mai 2020
[Vespa mandarinia]

Créer un insecte en land art malgré le confinement,
par Cha.DO, DNA, 7 mai 2020.

Origine de la métamorphose chez les insectes
, par Benoît Gilles. Passion entomologie, 6 mai 2020.

Comment font les arbres pour se protéger des insectes ?
, par Bastien Castagneyrol. The Conversation, 5 mai 2020.

Les noms des insectes,
par Elio Possoz. Terrestres.org,

Ces criquets pèlerins qui menacent d’affamer l’Afrique de l’Es
t, par Sougueh Cheik. The Conversation, 4 mai 2020
[Schistocerca gregaria]



avril
À cliquer

1247 L'oiseau-mouche est une mouche
Un espion envoyé au Mexique pour s'infiltrer sans se faire remarquer en plein cœur de la Monarchie. Cette dernière, rappelons-le, est dans les Épingles définie comme l'ensemble des populations du Monarque d'Amérique Danaus plexippus (Lép. Nymphalidé).
Sa mission : filmer au plus près les papillons qui se réveillent de leur sommeil hivernal et effectuent leurs premiers battements d'aile avant de s'envoler vers le nord. Sa légende : « Colibri ». Sa couverture : un déguisement en oiseau-mouche par dessus sa carcasse de drone.
Il passe ainsi pour un aimable buveur de nectar, qui n'inquiète personne, au point que certains individus se posent sur ses ailes. En plus, ses rotors sont habillés de telle sorte qu'ils ne risquent pas d'attenter à la Monarchie en vol.
Vidéo : 3 minutes au plus près des papillons, commentaire en anglais sous-titré. Réalisation PBS

1246 Pour bricoler un aleurode
Qui souffre, par plantes interposées, des aleurodes désespère d'en venir à bout. Ces Hémiptères sternorrhynches, vulgairement appelés mouches blanches, sont détestés des serristes, horticulteurs, agriculteurs, arboriculteurs ainsi que des propriétaires de plantes en pot. Ils affaiblissent les végétaux dont ils ponctionnent la sève, qu'ils noircissent à partir de leur miellat et transmettent des virus. Ils deviennent vite résistants aux insecticides, se maîtrisent dans bien des cas par la lutte biologique et la pose de filets. On aimerait compléter cette panoplie par la lutte génétique.
Pour ce faire, c'est-à-dire introduire un gène de létalité ou d'incompétence vectorielle dans les populations. L'outil est le système CRISPR/cas9, qui comporte un enzyme qui coupe le brin d'ADN à l'endroit voulu pour retirer ou ajouter des gènes. On l'applique classiquement à l'embryon, mais celui des aleurodes est trop petit et la mortalité rend le procédé inopérable.
À l'université de Pennsylvanie (États-Unis), Jason Ragson et son équipe sino-américaine ont mis au point le système ReMOT Control (transduction ovarienne guidée par récepteur). Les « ciseaux » sont attachés à une petite molécule ligand (dite BtKV) qui les conduisent jusqu'à l'ovaire.
La première application, sur l'Aleurode du tabac Bemisia tabaci, a produit la naissance de larves aux yeux blancs virant au rouge, par injection du gène « yeux blancs ». La transformation se transmet à leur progéniture.
Il suffit d'une injection, manip facile. La méthode est validée. Reste à l'appliquer pour créer puis lâcher notamment des lignées d'aleurodes incapables de transmettre les virus.
Article source DOI: 10.1089/crispr.2019.0067
Illustration : aleurodes sauvages (yeux marron) et génétiquement modifiés (yeux rouges). Des auteurs  
À (re)lire : Les aleurodes, par Alain Fraval. Insectes n° 155 (2009-4)            

1245 Ils peignent, de peigner ou de peindre ?
Ils sont les Coléoptères Carabidés du genre Nototylus. Un petit genre particulièrement pauvre en espèces, il n'en comporte que 2, chacune connue par un seul représentant.
Le premier spécimen de N. fryi a été ramassé en 1863 au Brésil dans le sud de la forêt atlantique – disparue depuis à cet endroit. Il a intrigué depuis les carabologistes car il lui manque apparemment un caractère constant de la famille (sauf chez les Paussinés), les peignes à antennes situés à l'extrémité distale des tibias des pattes antérieures.
Des chasseurs d'insectes états-uniens ont trouvé le second en Guyane en 2014 et l'ont nommé N. balli. Celui-ci montre, en position ventrale sur chacun des tibias avant, et aussi sur ceux des pattes médianes, une sorte de brosse faite de fines soies spatulées souples et bien peu apte à peigner et décrasser une antenne. Le microscope électronique a récemment révélé quelque chose de semblable sur le premier spécimen (mal conservé).
Ce serait plutôt une brosse, au sens que les peintres de chevalet donnent à ce terme, qui servirait à oindre l'antenne d'une substance, possiblement un gel de fraternisation. Celui-ci permettrait à l'insecte qui vivrait au milieu de fourmis de se déguiser olfactivement en fourmis et d'éviter de se faire dévorer. Mais aucun trichome, toujours présent chez les carabes qui ont ce mode de vie, n'est présent...
Cela fait beaucoup de conditionnels. Rendez-vous ici à l'annonce de la découverte de nouveaux Nototylus.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Nototylus balli. Les soies spatulées sont près de l'articulation avec le fémur sur le tibia antérieur, disposées tout le long sur la patte médiane. Des auteurs.

1244 On ne les y reprendra pas deux fois
Les fourmis du désert retrouvent le chemin de leur nid sur les derniers 100 m grâce à leur mémoire d'indices visuels. Le mécanisme de l'implantation de ces souvenirs indispensables à la navigation reste très mal connu.
Antoine Wystrach (Centre de recherche sur la cognition animale) et ses collaborateurs anglais et australien ont soumis des individus de deux espèces, Melophorus bagoti (Hym. Formiciné, solitaire, d'Australie) et Cataglyphis fortis (id., des déserts nord-africains), à une épreuve en 2 étapes.
Grosso modo, on laisse d'abord les fourmis aller et venir entre leur nid et un pot rempli de miettes de cookies, sur une distance de 5 m ; puis on découvre un long fossé perpendiculaire à leur chemin et placé en son milieu, à parois glissantes, invisible de hauteur de fourmi, muni d'une échelle de secours (un bâtonnet dissimulé). Les ouvrières lâchées au niveau du pot foncent tête baissée (à 1 m par seconde) et dégringolent dans le piège, d'où elles n'ont d'autre spectacle que le ciel. Dans une deuxième étape, on remet les fourmis en circulation : beaucoup contournent le fossé, d'autres vont tout droit tomber au plus près de l'échelle, quelques-unes font comme la première fois (bêtes ou pas assez entraînées?).
Les ouvrières qui se déroutent mobilisent une mémoire aversive, celle d'une expérience très désagréable, en plus de la mémoire appétitive des cookies qui les font rejoindre la mangeoire. Les seuls souvenirs qu'elles utilisent pour décider de contourner le piège, sont ceux du paysage qu'elles ont perçu juste avant de chuter dedans et des derniers pas qu'elles ont fait en surface.
L'exact fonctionnement des neurones et des synapses dans les corps pédonculés du cerveau restent à préciser.
Article source (gratuit, en anglais)  
Illustration : parcours d'une fourmi type de la mangeoire (F) au nid (N) le piège fermé, à la première chute, à la seconde, au premier contournement, au second ; les cercles signalent les virevoltes d'exploration ; en vert, la mémoire appétitive et en rouge, la mémoire aversive. Des auteurs.
À (re)lire : Repères de rechange, Épingle de 2012.  

1243 Fourmillons tou(te)s ensemble
« Dans ce groupe, nous sommes des fourmis. On idolâtre la reine et on fait du boulot de fourmis. Bienvenue dans la colonie ». Celle-ci, créée le 27 juin 2019, atteint 138 200 membres, des personnes qui toutes se prennent pour des fourmis, ou plutôt jouent à la fourmi, communiquant activement, chaque émetteur ayant 138 199 récepteurs potentiels.
Exemples : « Ras le bol d'apporter à manger à la reine pour justifier mon existence », ce à quoi une première consœur répond « Foutu traître ». « Quelqu'un vient de pisser sur toute ma famille ». « Je découvre que mon pote a été écrasé par un humain – qu'il repose en paix ».
On y échange des blagues et des mèmes, comme dans les autres groupes, mais là, il y a une forme de sérieux, ça forme comme un monde. Un membre confesse être amoureux de la reine ; aussitôt 120 fourmis lui conseillent de laisser tomber, de se rappeler sa condition et de retourner bosser. Un autre annonce qu'il manque une larve ; aussitôt on la cherche, on se porte volontaire, on demande les dernières infos… et puis la larve est retrouvée.
Très peu de justesse entomologique, et beaucoup d'ouvrières sont des mecs. Ça se passe sur Facebook (en anglais) et si ça aide les gens à tenir le coup…
D'après « All I need in life is this Facebook group where everyone pretends to be ants », par Monica Chin. Lu le 10 avril 2020 à www.theverge.com/
Photo : 3 fourmis géantes.


1242 Super glu
Les papillons ne se laissent pas prendre aux rets collants des araignées ; il leur en coûte quelques écailles, et l’araignée fort marrie n’a plus qu’à réparer le fil ou en filer un tout neuf.
Les araignées Cytrachninées (Aranéidés) échappent à ce lamentable aboutissement de leur travail et de leur patience : au lieu des toiles verticales classiques, elles tendent des fils gluants horizontaux auxquels les papillons (de nuit), s’envolant de la végétation, se prennent, sans espoir de de se décoller et de redécoller.
Une équipe pluridisciplinaire, états-unienne et japonaise, dirigée par Candido Diaz, a examiné les propriétés de la colle de Cyrtarachne akirai, une espèce des rizières du Japon. Celle-ci est disposée en minuscules boulettes, tout juste visibles à l’œil nu, le long du fil comme des perles.
Contrairement à la colle des autres araignées qui est longtemps efficace, cette glu sèche et le dispositif doit être refait chaque soir ; il ne fonctionne que si l’air est humide.
L’équipe a procédé à des enregistrements vidéo de cette araignée spéciale et d’une autre, classique, Larinioides cornutus (même famille). La colle de cette dernière, épaisse et gluante, ne se répand pas sur l’aile du papillon ; celle de C. akirai, fluide, se faufile entre les écailles et remplit les rivules de la cuticule sous-jacente, mue apparemment par capillarité ; une tache s’étale autour du point de contact.
Par spectroscopie infrarouge, il apparaît que l’eau s’évapore rapidement, déclenchant la solidification des protéines de la colle. Les écailles du papillon participent à l’adhésion, une aile désécaillée se détachant 2 fois plus facilement.
La retombée attendue de ce travail est la mise au point de colles et adhésifs fonctionnant avec des surfaces poussiéreuses.
Article source (en anglais, gratuit) : Diaz C. et al., 2020. Moth-specialist Spider, Cyrtarachne akirai, uses prey scales to increase adhesion.

1241 Costauds et malins
Les bourdons (Hym. Apidés) sont capables de performances d’emport exceptionnelles. Leur charge utile pour un vol du parterre de fleurs au nid (en nectar et pollen) atteint 80 % de leur poids.
Stacey Combes et ses collaborateurs, de l’université de Californie (États-Unis), ont mesuré l’énergie dépensée – approchée par la production de gaz carbonique - par une ouvrière de Bourdon fébrile Bombus impatiens – alimentée au sucre - volant dans une petite enceinte (une boule à neige vidée).
La motivation à voler était assurée par une lampe UV, renforcée en cas de besoin (atterrissage) par un secouage du dispositif. La charge emportée était constituée de bouts de fil de soudure. Les enregistrements d’une caméra vidéo à haute fréquence et d’un microphone donnaient la fréquence de battement des ailes.
Une ouvrière se nourrit en vol du nectar qu’elle transporte ; elle s’allège ainsi et devrait consommer de moins en moins. Or l’expérience a montré une dépense d’énergie moindre à pleine charge. Paradoxal.
Le bourdon chargé modérément augmente la fréquence de battement des ailes, ce qui accroît son pouvoir de sustentation. Mais ça consomme… Lourdement chargé, il passe en « mode économie », efficace et économe. Son secret n’est pas dévoilé ; il devrait s’agir d’une façon différente de faire tourner ses ailes pour changer l’angle d’attaque, sans modifier leur fréquence de battement.
Pourquoi l’ouvrière ne reste-t-elle pas tout le temps en mode économie ? Battre plus vite des ailes aurait des avantages comme de meilleures stabilité et agilité.
Article source (en anglais, gratuit)
À (re)lire : Bourdons cargos. Épingle de 2015.

1240 Vanesse sauvée par la reconnaissance faciale ?
Les îles Hawaï ne possèdent plus que deux espèces de papillons autochtones, dont Vanessa tametamea (Lép. Nymphalidé), «  pulelehua », aux ailes orangées à bordures noires. La chenille vit sur un arbuste de la famille des orties, Pipturus albidus, « māmaki », maintenant relégué dans les zones d’altitude. La faune et la flore de l’archipel ont été profondément modifiées par l’apport d’animaux, des vers aux oiseaux, et de plantes depuis les continents bordant le Pacifique.
Un programme de restauration de l’espèce est en cours, pour réinstaller la plante-hôte (qui peut servir aussi à fabriquer un thé) dans les lieux d’où il a disparu et conserver des population viables de la vanesse emblématique à partir d’individus d’élevage.
La production est laborieuse. La ponte se fait dans des cages à l’extérieur. Les chenilles nouveau-nées sont élevées individuellement sur des morceaux de feuilles de māmaki changés quotidiennement jusqu’à la chrysalidation, soit au bout de 45 jours. Le lâcher, à l’état d’œufs ou d’imagos, intervient après une seconde génération.
Depuis 2017, ce sont 4 lâchers qui ont été effectués. Sans succès : les chenilles disparaissent.
L’équipe a cependant acquis un savoir, qui leur permet d’espérer le succès, pour peu que les prédateurs et leurs mœurs soient connus, ce qui permettrait d’adapter le protocole de lâchers.
Pour ce faire, ils déploient sur le terrain des caméras de surveillance fonctionnant en continu dont ils attendent, à la lecture des enregistrements, de pouvoir établir l’identité et les pratiques des responsables de la mort des chenilles.
D’après «  Hungry, Hungry Hawaiian Caterpillar: Program Aims to Restore the Endemic Kamehameha Butterfly », par Adrienne Antonsen, lu le 15 janvier 2020 à //entomologytoday.org/

1239 Mouchetures (suite)
L’effectif des cadavres éclatés des insectes volants collés sur les pare-brise de nos automobiles sont un indice simple et populaire de l’abondance générale des insectes. Sa valeur est discutable : le rapport entre la taille et la diversité des populations traversées dépend en effet de nombreux facteurs. Deux décomptes réalisés dans le cadre de protocoles scientifiques ont été publiés récemment, qui confirment le déclin général des insectes en Europe.
Les comptages réalisés par Anders Pape Møller au Danemark chaque été de 1997 à 2017 – 65 parcours sur les mêmes deux routes de 1,2 et 25 km à la même vitesse - indiquent notamment une diminution de 80 % au moins des individus percutés. Les résultats sont analogues à ceux obtenus par fauchage (au filet-fauchoir) ou par des panneaux englués, la zone d’étude étant un paysage agricole qui a peu changé. Cette valeur est à mettre en parallèle avec le net déclin des couples d’hirondelles durant la même période.
Dans la campagne du Kent (Royaume-Uni), le programme Bugs matter a renouvelé l’expérience des « splatometers », film englué collé sur la plaque minéralogique avant de véhicules, lancée en 2004 puis aussitôt abandonnée. Des volontaires ont pris le volant de voitures modernes et anciennes lors de 700 parcours. Ces pièges ont enregistré moitié moins d’impacts en 2019. Deux surprises : certains films se sont retrouvés indemnes de tout insecte à l’arrivée et, d’autre part, les vieilles voitures à l’aérodynamique moins poussée ont tué moins d’insectes, sans doute du fait qu’elles génèrent un front d’air plus puissant qui envoie les insectes imprudents au dessus de la voiture.
Ces indices concordent avec ceux recueillis d’autres dispositifs et appuient la réalité d’un déclin catastrophique des insectes volants, sous l’effet des actions de l’homme, pertes d’habitats (supprimés ou dégradés) aggravées par les changements climatiques, l’importation d’espèces allochtones et la pollution.
Article sources : doi.org/10.1002/ece3.5236 et www.kentwildlifetrust.org.uk/bugs-matte
NB : La première Épingle « Mouchetures » est parue en 2003.



1238 La senteur préférée des sauteurs
La terre sent la terre, c'est dû à un sesquiterpène, la géosmine, produite par des bactéries du sol, du genre Streptomyces surtout. Ces bactéries, qui forment des mycéliums, sont des usines chimiques produisant une très grande variété – différant selon la souche - de composés, dont la plupart de nos antibiotiques. La géosmine est sécrétée par toutes. Quel est son rôle ?
Nous humains, comme beaucoup d'animaux, sommes sensibles à cette odeur même en quantités très faibles ; elle est répulsive. Il en est de même de la Mouche du vinaigre, qui lui consacre un circuit olfactif. En revanche la géosmine est un signal favorable à la ponte chez le moustique Aedes aegypti.
Une équipe de chercheurs européens et australien a fait l'hypothèse qu'elle attire les arthropodes du sol. Pour le vérifier, ils ont d'abord disposé des pièges gluants appâtés avec des mycéliums de S. coelicolor au champ. Ils y ont récolté des collemboles (hexapodes sauteurs) et aucun insecte du sol. Les pièges installés dans une serre ont confirmé ce résultat. Au laboratoire, le collembole modèle Folsomia candida (Isotomidé) a été soumis à l'épreuve du tube en Y, puis à celle (invasive) de l'éléctroantennographie.
L'animal s'est révélé sensible à deux produits proches et, dans une moindre mesure, au 2-Méthylisobornéol (2-MIB, un monoterpène) qui sent également la terre.
Ce collembole se nourrit des hyphes des colonies de la bactérie ; on en voit dans son tube digestif, par transparence. Alors que ce genre de régime est fatal pour beaucoup d'animaux, il est très favorable à la mue et à la ponte du collembole, qui ne souffre d'aucune mortalité.
Les chercheurs ont montré que la production de géosmine et de 2-MIB est sous la dépendance de gènes liés à la sporulation : seules les colonies à cette phase sont attractives.
La terre sent la terre parce que les Streptomyces ont besoin de faire transporter leurs spores, pour assurer leur dissémination, par les collemboles.
Article source
Photo : Folsomia candida – taille env. 2 mm. Cliché F. Graf

1237 Le fumet de la lumière
Les animaux se déplacent, avec ou sans but perçu. Ils marchent, volent, rampent vers une ressource qu’ils ont sentie, par l’ouïe, l’odorat, la vue… ou dont ils se remémorent l’emplacement ou le chemin pour y parvenir, ou bien vont et viennent au hasard pour avoir la chance de tomber dans la zone d’attraction de la ressource. L’expérience menée par Vika Bhandawat et ses collaborateurs permet pour la première fois d’étudier à part ce second cas.
Le dispositif est tel que le stimulus attractif n’agit que dans une zone parfaitement délimitée ; en dehors, l’animal erre « au hasard » suivant un parcours caractérisé par sa vitesse et le nombre de virages. C’est bien sûr la Mouche du vinaigre qui s’est prêtée à l’exercice, après avoir subi une modification génétique : ses neurones olfactifs (ORN) ont été rendus sensibles non plus aux substances chimiques mais à la lumière.
La piste circulaire comporte une zone centrale éclairée, qui représente le but. Les drosos s’y dirigent (et y restent) en se basant sur deux mécanismes étonnamment simples. D’une part, dans la zone d’activation, elles marchent moins vite et tournent moins souvent. À la frontière ombre-lumière, leur vitesse chute considérablement et elles prennent des virages beaucoup plus serrés.
C’est très robuste et cela suffit ; aucun processus complexe n’entre en jeu, ni évaluation du chemin parcouru ni mesure du gradient du stimulus.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration. Schéma de la piste (A) et trajets des mouches (B) sauvages à gauche et modifiées à droite ; en vert, avant l’éclairage de la zone centrale et en rouge, après. Des auteurs


Un Coléoptère contre nos allergies ?, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 30 avril 2020
[Ophraella communa, Col. Galériciné]

Les fourmis restaurent les pelouses sèches méditerranéennes. CNRS, 20 avril 2020.

Littérature à 6 pattes.
35 livres. Babelio

Confiné.e.s avec les insectes.
L’OPIE vous propose 3 actions simples en faveur des insectes : lire Insectes gratuitement, aider les pollinisateurs avec votre smartphone et regarder pousser les pissenlits !

Les Odonates : de véritables prédateurs des airs,
par Benoît Gilles. Passion entomologie, 13 avril 2020.

Les insecticides botaniques : des produits naturels contre les moustiques
Aedes aegypti en Guyane ? par Emmanuelle Clervil, Emeline Houël, Isabelle Dusfour & Jean-Bernard Duchemin. Passion entomologie, 6 avril 2020
mars
à cliquer

1236 Bonne année
Il s’agit de 2019, et de la Grande Bretagne. Le bilan est dressé et on a de quoi être au moins à moitié satisfait des papillons de jour.
Butterfly Conservation (BC) a en effet enregistré pour plus de la moitié des espèces des niveaux de population supérieurs à ceux de 2018. C’est la 8e meilleure année en 44 ans de surveillance.
Pour le Demi-Deuil Melanargia galathea (Lép. Nymphalidé), c’est la meilleure de cette période avec 66 % de plus, la deuxième pour le Tristan Aphantopus hyperantus (id.) et la 3e pour le Grand Nacré Speyeria aglaja (id.). Populations en hausse également pour le Myrtil Maniola jurtina (id.) et la rare Hespérie du chiendent Thymelicus aceton (Hespériidé).
Ces accroissements sont à rapporter, selon BC, aux mesures agri-environnementales, à l’extension des zone boisées, au climat plus chaud, à plus de broutage par la faune sauvage et au ralentissement de l’intensification de l’agriculture. La succession récente d’étés chauds y est pour beaucoup.
La situation reste problématique car les espèces qui ont décliné sont plus nombreuses que celles qui ont rebondi. Ainsi on a enregistré une réduction des populations de l’Argus bleu Polyommatus icarus (Lycénidé) de 54 %, du Bel-Argus Lysandra bellargus (id.) de 40 %, de la Piéride du navet Pieris napi (Piéridé) de 43 % et de la P. du chou P. brassicae (id.) de 40 %. La très surveillée Mélitée du mélampyre Melitaea athalia (Nymphalidé), restreinte à quelques sites, a subi un déclin total de 91 %, du fait de l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles.
Des espèces campagnardes, l’Hespérie de la houque Thymelicus sylvestris (Hespériidé) et la Mégère Lasiommata megera (Nymphalidé) restent à des niveaux bien bas.
Une bonne année quand même.
Article source (gratuit, en anglais)  
Photo : Demi-Deuil. Cliché Bob Eade
 
1235 Qu’elle crève !
Perran Ross étudie les moustiques à l’université de Melbourne (Australie). Il a donc l’habitude de les nourrir de son sang, sur son bras. Il a ainsi l’expérience et l’autorité suffisantes pour faire savoir que bander ses muscles alors qu’un moustique vous pique ne le fait pas exploser ; c’est une légende urbaine.
Perran Ross connaît bien les travaux de Robert Gwadst, qui a établi, il y a plus de 50 ans, qu’interrompre la chaîne nerveuse ventrale d’une femelle en plein repas déclenche chez celle-ci une soif inextinguible, l’amenant à ponctionner jusqu’à 4 fois la ration habituelle et, ensuite, à en crever.
Perran Ross a refait la manip. La femelle est anesthésiée par un séjour d’une heure au frigo puis placée sur le flanc et tenue par une pince (genre Dumont n°5) ; avec une autre pince identique, bien aiguisée, il écrase la chaîne nerveuse. Le moustique se repose jusqu’au lendemain.
Perran Ross place l’insecte sur sa peau, observe et filme. La bête, effectivement, boit, enfle, boit encore, enfle encore. Certaines s’en vont en traînant leur abdomen distendu. D’autres crèvent sur place.
Perran Ross déclare ne voir dans cette expérience, qu’il place dans le cadre de recherches plus générales sur les choix et le comportement alimentaires des femelles des anophèles, aucun débouché dans la lutte anti-vecteurs.
D’après « When a Mosquito Can’t Stop Drinking Blood, the Result Isn’t Pretty », par Perran Ross. Lu le 19 mars à  //entomologytoday.org/
Photo : femelles d’Aedes aegypti repues, « boit sans soif » à gauche, normale à droite. Cliché P. Ross
Vidéo : ce qui arrive quand elles boivent trop. Auteur B. Ross

1234 Plus capitalistique
Le cotonnier génétiquement modifié, produisant une toxine de Bacillus thuringiensis, a été introduit en Inde en 2002. Il représente aujourd’hui 90 % des surfaces cultivées et la situation est à peu près la même dans tous les pays en développement.
Pour ses promoteurs, il permet une considérable augmentation des rendements et une réduction des traitements insecticides. Ces arguments sont pas sérieux, d’après une étude sur le temps long (20 ans) qui vient d’être publiée.
Le principal du bond des rendements a été acquis avant l’adoption du cotonnier Bt, dû à l’amélioration des pratiques de fertilisation et au hasard de la dynamique des populations des ravageurs. Toutes les cultures ont vu leur rendement croître en 2003, alors que le cotonnier Bt ne couvrait que 5 % des surfaces de cette culture.
Le cotonnier Bt a été conçu pour résister à la Noctuelle de la tomate Helicoverpa armigera (Lép. Noctuidé) – qualité qu’il a conservée. Au début, il s’est montré efficace également contre l’autre ravageur majeur du cotonnier, le Ver rose du cotonnier Pectiniphora gossypiella (Lép. Géléchiidé), lequel est devenu vite résistant et a causé des dommage croissants.
Les cultivateurs ont ainsi multiplié les traitements chimiques, avec des doses dépassant ce qu’ils employaient avant l’introduction de l’OGM.
Actuellement, la culture du cotonnier coûte plus cher en graines, plus cher en engrais et plus cher en pesticides. Et ça va de pire en pire.
Article source 
Photo : chenilles du Ver rose du cotonnier. Cliché Pestoscope

1233 Roulade de fourmi
Il n’est pas question d’entomophagie culinaire mais de gymnastique échappatoire. Les mouvements sont décrits par une équipe italienne, à partir d’enregistrements vidéo à haute fréquence d’individus de l’espèce Myrmecina graminicola (Hym. Myrmiciné). Les enchaînements de roulades dont l’ouvrière se sert pour se sauver face à une menace sont tout à fait originaux.
Cette fourmi de l’Ancien Monde est connue depuis fort longtemps mais très peu observée, du fait de sa discrétion. Il a fallu l’œil d’un entomologiste de l’équipe de D. Grasso, œil tourné vers ses pieds durant une excursion, pour repérer la rencontre entre ces petites fourmis noires et des Temnothorax, fourmis ennemies suivie de la fuite des ouvrières en roulant.
Rapportées au labo, les M. graminicola se sont prêtées à quelques épreuves. Sur le plat, elles réagissent à des ébranlements du support ou au tapotement du gastre par le recroquevillement (thanatose).
Sur des plans inclinés (de 0 à 90°), qu’elles escaladent sans effort, elles se mettent toutes en boule en réaction à la vibration du support et dévalent la pente en roulant dès que celle-ci dépasse 25°. Arrivées en bas, elles restent enroulées quelques secondes avant de partir sur leurs 6 pattes.
La longueur du parcours varie selon le substrat naturel, de quelques centimètres au plus sur la terre à 16 cm sur une feuille. Mises en présence de Temnothorax, sur plan incliné, les fourmis qui roulent ont de fortes chances d’échapper à la mort.
Sur feuille, les M. graminicola roulent à 40 cm/s contre 0,5 à la marche.
Article source (en anglais, gratuit)
Photos : Roulade de Myrmecyna graminicola sur feuille. Photos des auteurs
NDLR : roulent aussi, chez les insecte, la chenille de la Pyrale du houblon (alias P. opaline, alias P. campagnarde) Pleuroptya ruralis (Lép. Crambidé) – 5 roulades en arrière si on la pousse au départ - et la larve de Cicindela dorsalis media (Col. Cicindélidé) - à la suite d’un saut – voir ici.

1232 Polystyrènophagie
Le polystyrène est une matière plastique très employée dans l’emballage, le maquettisme, l’isolation, etc. Sa durée de vie estimée dans la nature est de 500 à 1 000 ans. C’est un polluant parfaitement durable, à moins qu’il ne soit recyclé, ce qui arrive pour une très petite quantité, ou finisse sous la mandibule d’un ver de farine, comma constaté au laboratoire jusque-là.
On savait depuis 2015 la larve du Ténébrion meunier Tenebrio molitor (Col. Ténébrionidé, alias ver de farine), ravageur des denrées cosmopolite, capable de manger du polyéthylène et de le minéraliser avec l’aide de bactéries de son tube digestif. La même équipe chinoise, travaillant à Pékin, a repris cette étude avec un insecte 4 fois plus gros, Zophobas atratus (même famille).
Sa larve âgée, longue de 4 à 6 cm, mange 0,58 mg de ce plastique par jour, soit 4 fois plus que le Ténébrion meunier. Elle peut s’alimenter uniquement de polystyrène expansé pendant 28 jours. L’analyse de ses crottes, par chromatographie et spectroscopie, y a mis en évidence des polymères de poids moléculaire plus faible.
Par respirométrie sur des larves nourries et des larves jeûnant, toutes deux sous atmosphère sans gaz carbonique, l’équipe a évalué à 37 % la part du carbone du polystyrène ingéré transformé en CO2.
D’après une autre étude (ici) les vers de farine n’accumulent pas l’hexabromocyclododecane (HBCD), retardateur de flamme souvent associé au polystyrène et dangereux perturbateur endocrinien.
Les chercheurs espèrent trouver dans le microbiote digestif des vers de farine une ou plusieurs bactéries utilisables pour dégrader ce plastique.
D’après « Beetle Larvae Can Survive on Polystyrene Alone », par Nayanah Siva. Lu le 11 mars 2020 à www.the-scientist.com/
Infographie : larves de Zophrobas atratus sur mousse de polyéthylène. Des auteurs de l’article source
À (re)lire Fausse Teigne vrai plastivore ci-dessous.
NDLR : Zophobas morio est élevé en verminerie pour servir de pitance aux reptiles de terrarium – sous les noms de Grand Ténébrion noir ou de Ver de farine géant - et servir d’appât aux pêcheurs à la ligne. - il s’appelle alors morio’s. Il fut la vedette en tant que Zombiptère de l’Épingle de 2017 Un avenir noir de sauveteur.

1231 C’est une question de câblage
Cette fois, notre Mouche du vinaigre à tout faire est dans une sorte de petit cristallisoir, sous une lumière parfaitement homogène. Devant elle, une bande noire verticale et dans son dos, la même. Et les deux sont également attirantes. On lui demande juste de jouer l’âne de Buridan miniature, allant d’un stimulus attractif à l’autre sans jamais se décider. Ses allers et venues sont enregistrés.
Comme attendu, d’après des observations antérieures, certaines drosos marchent en droite ligne, d’autres zigzaguent, font des tours et des détours. Soit deux personnalités différentes : fonceuse et irrésolue. D’où vient la différence, est-elle héritée ou forgée par la vie ?
À cette question très débattue, qui concerne bien évidemment Homo sapiens (pas besoin d’exemples...), on a répondu récemment que la cause pourrait être le « simple » hasard, intervenant au moment de l’établissement des liaisons entre les neurones dans le cerveau.
Pour vérifier cette hypothèse, une équipe franco-germano-belge a mis en route et interprété plusieurs manips – dont celle évoquée ci-dessus.
Il en résulte qu’une Mouche du vinaigre conserve toute sa vie, soit 40 jours, sa personnalité, que la variabilité interindividuelle du comportement ne dépend ni du sexe ni de la variabilité génétique de  la population testée et que la personnalité n’est pas un caractère héritable.
Selon une vieille hypothèse sans preuve expérimentale jusque-là, la vision bilatérale de la drosophile implique une dissymétrie de la perception des objets par chaque œil. Les chercheurs ont montré, par des dissections et la mise en évidence des cellules nerveuses que les neurones , dits DCN, situés à l’avant des lobes optiques du cerveau (qui ont des dendrites ipsilatéraux et des axones contralétraux) et qui relient les parties gauche et droite du cerveau antérieur ont des configurations propres à chaque individu. Ces configurations s’établissent avant l’émergence, au stade nymphal dans la pupe.
La Mouche du vinaigre, individuellement analysable du niveau cellulaire à celui du comportement et manipulable, devient un très bon modèle pour comprendre la formation de la personnalité des animaux, y compris l’Homme. Elle fournit là une illustration du rôle du hasard, sans doute nécessaire à la survie des espèces dans des environnements variables de façon imprévisible.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration : dispositif expériemental et trajets des mouches mâles en haut et femelles en bas (détails dans la publication). Infographie des auteurs    

1230 Fausse-Teigne vraie plastivore
Galleria mellonella (Lép. Pyralidé), la Fausse-Teigne de la cire, ravageur des ruches mal tenues, grignote le plastique, c’est connu depuis longtemps. Cet insecte va-t-il sauver la Planète des plastiques qui l’étouffent ? En tous cas, selon les travaux de chercheurs de l’université Brandon (Manitoba, Canada), il est un bon plyéthylènivore, plus rapide que la « nature » qui nous débarrasse de ces polluants en 100 ans.
Dans leur labo, 60 chenilles ont consommé 30 cm² de sac d’épicerie en 1 semaine. Avec ce seul matériau pour provende, les larves survivent 7 jours. La chenille digère effectivement le plastique et ses excréments, liquides, contiennent de l’éthylène glycol C2H6O2, produit de la métabolisation du polyéthylène. Dans les premiers jours du régime plastique, l’abondance des mico-organismes du tube digestif augmente considérablement. De ce microbiome, les chercheurs ont isolé une bactérie du genre Acinetobacter impliquée dans la digestion du plastique, laquelle peut en vivre un an. Mais c’est l’association symbiotique entre elle et la Fausse-Teigne qui offre les meilleures performances.
L’éthylène glycol nous sert par ailleurs d’antigel ; c’est un produit toxique.
Article source (en anglais, gratuit)
Illustration : crottes solide de chenilles de la Fausse-Teigne d’une ruche, et liquides de celles ayant grignoté du plastique. Clichés des auteurs
À (re)voir : la photo de couverture du dernier numéro d’Insectes (195, 4e tr. 2019).
À (re)lire, l’Épingle de 2015 Polyéthylènophagie et celles de 2017 : Polyéthylénophage et Polyéthylénophage ? 

1229 Test d’orientation
L’épreuve a été soumise à l’ALCB, Megachile rotundata (Hym. Mégahilidé), auxiliaire importé de pollinisation, par l’université du Dakota du Nord (États-Unis). Les chercheurs, autour d’Elisabeth Wilson, ont installé au champ des nichoirs calibrés pour cette abeille découpeuse de feuilles.
Ils ont disposé en carré des blocs parallélépipédiques percés (fabriqués par une imprimante 3D), sur une sellette au milieu d’un champ de luzerne. Diamètre des trous : de quoi y insérer une paille à boire standard en carton (diamètre = 7 mm). Dans les blocs, des capteurs de température. Et ils ont observé chaque jour leur colonisation par les femelles prêtes à pondre.
Les températures relevées variaient avec l’orientation et la hauteur du trou dans le bloc, les cavités les plus froides étaient celles tournées vers le nord-est. Ce sont celles-ci que les mégachiles ont habité en premier, celles qu’elles ont préféré aux heures de butinage et celles où leur progéniture a été la plus nombreuse.
Le résultat montre que les luzerniculteurs peuvent améliorer les performances de pollinisation des mégachiles qu’ils favorisent . Ce à bon compte, en réorientant comme il faut leurs nichoirs artificiels.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : un nichoir expérimental. Par les auteurs        
À (re)lire : Megachile rotundata, un très bon produit, par Alain Fraval. Insectes n°160 (2011-1).

1228 Quand les immigrants apportent des couleurs
Le Petit Monarque Danaus chrysippus (Lép. Nymphalidé), asiatique, africain et sud-européen, développe plusieurs générations par an. Amateur d’asclépiade  et donc toxique comme son cousin d’Amérique, il a fort mauvais goût et l’annonce par des couleurs contrastées – orange et noir pour le papillon. En principe, il convient que tous les individus d’un lieu aient la même livrée aposématique de façon à être bien reconnus des oiseaux prédateurs. Or une population est-africaine de cet insecte s’est fait remarquer par la variété des motifs colorés des ailes des adultes.
Simon Martin et ses collaborateurs (université d’Édimbourg, Royaume-Uni) ont montré que cette étonnante particularité est liée à l’infection par un spiroplasme (Mollicutes).
On avait déjà découvert que, d’une part, chez tous les papillons femelles de cette population, le chromosome qui contient les gènes de la coloration des ailes est fusionné avec le chromosome sexuel W (on l’appelle neo-W) et, d’autre part, elles sont toutes porteuses d’un spiroplasme qui tue leur progéniture mâle. Restait à comprendre comment ces deux caractères sont liés et comment ils peuvent expliquer les changements de livrée.
Le décryptage complet des génomes du Petit Monarque et du spiroplasme a montré que le néo-W modifie le patron de coloration et a été répandu rapidement dans la population (depuis 2 200 ans), aidé par la spiroplasme. Ce dernier favorise la permanence d’un patron transmis de la mère à la fille.  Mais alors, pourquoi la variabilité constatée ?
Ce gène, en fait, est faible par rapport à celui apporté par le mâle : des mâles porteurs de patrons variés auront des filles avec des patrons variés.
La meilleure hypothèse est que des vents variables apportent des mâles de lieux variés, diversement colorés. Sur place, les femelles hybrides ressemblent à leur géniteur mais leur livrée particulière disparaîtra, puisqu’elles n’engendrent pas de mâles colorants, à cause du spiroplasme.
Un nouveau manipulateur d’insectes.
Article source  (en anglais, gratuit)  
Photo : Petit Monarque. Cliché Thomas Bresson  
À (re)lire : Le chlorion et autres manipulateurs, par Alain Fraval. Insectes n° 163 (2011-4).   



Lutte contre le frelon asiatique : des chercheurs ont enfin trouvé “comment lui parler”, par Pierre-Marie Puaud. Franceinfo, 4 mars 2020.
[Vespa velutina]
février
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1227 Camouflage phonique
Les papillons de nuit, pour beaucoup, nourrissent les chauves-souris. Celles-ci les repèrent en vol dans le noir par écholocation, en interprétant le retour de leurs cris ultrasoniques reflétés par leur corps et leurs ailes. Depuis 65 millions d’année, prédateurs et proies perfectionnent parallèlement leurs moyens de détection et d’évitement, respectivement. Certains papillons entendent les cris des chauves-souris et tentent de s’échapper et parmi-eux, des écailles (Arctiinés) ont développé le brouillage et les stridulations d’avertissement (aposématiques).
Beaucoup de papillons de nuit, dépourvus d’organes tympaniques, sont sourds. Ils disposent d’autres moyens pour réduire leur mortalité : taille, vol erratique, isolement saisonnier et « dimorphisme » sexuel des périodes de vol. Et le camouflage phonique, qu’on vient de découvrir.
L’examen des touffes d’écailles longues portées sur le thorax par plusieurs espèces montre qu’elles ressemblent dans leur structure à des matériaux d’isolation phonique. Thomas Neil et ses collaborateurs (université de Bristol, Royaume-Uni) ont mesuré leurs propriétés d’absorbtion dans le domaine des ultra-sons (20 à 60 kHz).
Leurs expériences ont porté sur deux Saturniidés papillons de nuit – le Bombyx suraka de Madagascar Antherina suraka et le Prométhée Callosamia promethea - et deux papillons de jour Papilionidés – le Voilier vert Graphium agamemnon et le Machaon benjoin Papilio troilus -, à titre de comparaison.
Par écho tomographie et modélisation, ils ont établi que ces touffes absorbent les 2/3 de l’énergie du signal des chauves-souris, ce qui réduit sensiblement la distance depuis laquelle ces dernières peuvent repérer le papillon, qui gagne ainsi en furtivité, c’est-à-dire en probabilité de ne pas se faire croquer.
Les écailles, minces et légères, ont des performances d’absorption phonique bien supérieures à celles des matériaux fibreux que l’on sait fabriquer.
Article source (gratuit, en anglais)
À agrafer à deux articles : Les moyens de défense des papillons nocturnes contre les chauves-souris insectivores, par Johanne Gouailler. Insectes n° 151 (2008-4)  et Les insectes ingénieurs, par Alain Fraval. Insectes n° 191 (2018-4).
Photo : Periphoba arcaei, un Saturniidé particulièrement velu. Cliché Gil Wizen

1226 Pharmakon

Certaines fourmis (Formicinées) aspergent leurs ennemis (ou leurs proies) d’un liquide à base d’acide formique, mortel. La substance de défense,est issue de leur glande à poison, située dorsalement dans l’abdomen et débouchant à l’extrémité du gastre sur le cloaque (acidopore).
Une équipe allemande, sous la houlette de Simon Tragust, vient de montrer que cet aide formique sert également de médicament, en ajustant le pH du tube digestif (normalement neutre) au mieux pour les bactéries utiles de leur microbiote (des Acétobactéracées surtout). Leur travail a porté notamment sur la Fourmi charpentière de Floride Camponotus floridanus.
Les ouvrières, immunisées, s’arrosent d’acide formique juste après le repas ; elles en projettent aussi au moindre dérangement. Durant les heures qui suivent, les fourmis se toilettent plus fréquemment au niveau de l’acidopore et le pH dans la lumière de leur intestin moyen augmente. Alimentées par un sirop contaminé par Serratia marcescens (bactérie pathogène), les ouvrières à l’acidopore bouché encourent un risque de mort accru, de même que celles à qui elles ont donné du régurgitat. L’acidité ainsi acquise filtre les bactéries entrantes, favorisant les Acétobactéracées.
Une infection par des bactéries pathogènes en provenance de l’alimentation d’une ouvrière pourrait être catastrophique pour la colonie où se pratique la trophallaxie – des échanges bouche à bouche de régurgitat. Ce comportement original est à ajouter à la panoplie dont disposent les fourmis pour maintenir la bonne santé de la fourmilière.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : jets d’acide formique par des Fourmis rousses des bois Formica rufa dérangées.

1225 Punaise, quelles antennes !
Une équipe chinoise vient de nommer Magnusantenna wuae une punaise Coréidé de l’ambre de la Birmanie, la première punaise jamais trouvée dans l’ambre. Figée au 5e (et dernier) stade larvaire, elle vivait il y a 99 millions d’années.
Les antennes sont longues dans cette famille mais là… Elles font plus de 12 fois la taille de la tête en longueur et 4,4 fois en largeur.
Pour quels usages ? Pour l’olfaction à longue distance, de façon à repérer ses plantes-hôtes et, au stade adulte, à percevoir la phéromone de rapprochement des sexes, fonctions conservées chez les Coréidés actuels et donc déjà bien présente au Crétacé supérieur. C’en est la première trace chez les punaises.
Comme signal discriminant dans la sélection sexuelle ; il est plausible que les mâles de cette espèce observaient des rituels de cour.
Ou peut-être pour attirer l’attention d’un prédateur sur un organe qui peut se régénérer et le détourner d’attaquer la tête ou le reste du corps en tuant la punaise.
Ces avantages supposés se payent. Leur développement consomme une partie importante des ressources de l’individu et ces appendices encombrants sont un handicap s’il faut fuir. À l’instar de ce qu’on sait d’autres animaux, ils ont pu provoquer l’extinction de l’espèce.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Magnusantenna wuae, 5e stade, dans l’ambre. Cliché des auteurs  

1224 Criquets renifleurs
On confie – ou tente de le faire – la détection des explosifs à des sondes électroniques (peu discriminantes) ou à des animaux au sens olfactif très développé : les chiens sont gros et coûteux, les abeilles se fatiguent et perdent la mémoire de leur apprentissage trop rapidement. D’où une nouvelle tentative.
À l’université de Washington (États-Unis), financés par l’US Office of Naval Research, Barnidharan Raman et ses collaborateurs ont équipé des larves de 5e stade du criquet Schistocerca americana (Orth. Acrididé) d’une électrode placée contre le lobe antennaire du cerveau de  l’insecte, préalablement mis à jour par une petite incision. En examinant les antennogrammes des individus recevant des vapeurs de différentes substances (TNT et DNT) explosives et tranquilles (benzaldéhyde, air chaud), ils ont pu mettre en évidence que le criquet les distingue.
Étape suivante : le criquet est instrumenté et les signaux issus de ses neurones sont transmis par radio via un ampli et un émetteur embarqués. Ça marche, jusqu’à l’épuisement du renifleur, qui meurt et finit, débranché, dans la poubelle. Plusieurs expériences sont menées, où le criquet est installé sur un petit chariot télécommandé, promené dans entre deux odeurs ou le long d’un gradient. La discrimination est bonne (à 60%). Il est vérifié aussi que 7 criquets préparés font mieux qu’un seul (80 % de précision).
Ce biorobot reste un démonstrateur de la capacité des entomologistes à « pirater » les facultés de détection et de reconnaissance de l’insecte.
S. americana rejoint donc l’ordre des Zombiptères, né et suivi dans ces pages, regroupant divers taxons de gros insectes instrumentés pour les diriger en vol ou à la marche et leur faire recueillir du renseignement.
Article source (gratuit, en anglais)  
Dernier Zombiptère épinglé ici : Un avenir noir de sauveteur (2017)
Photo : spécimen de Schistocerca americana avec son « sac à dos ». Cliché B. Raman

1223 La danse motive les ouvrières
De retour à la ruche, l’ouvrière de l’Abeille mellifère indique à ses consœurs la direction, l’abondance et la nature du site d’affouragement qu’elle a trouvé en exécutant une danse sur un rayon. Danse en rond pour une source proche, danse en huit sinon. Elle rapporte aussi des odeurs, et partage des saveurs par trophallaxie (échange de contenu de leur « jabot social ») qui peuvent également guider les récolteuses. Une colonie où l’on ne danse pas accumule à peu près autant de pollen et de nectar.
Matthew J. Hasenjager, William Hoppitt et Ellouise Leadbeater, de l’université de Londres (Royaume-Uni) ont cherché à déterminer le rôle et la part de chacun de ces systèmes d’information dans le déclenchement du vol de ravitaillement par les ouvrières inoccupées.
Avec les méthodes de l’analyse des réseaux sociaux, les chercheurs ont pu tracer séparément la circulation de l’information sur le site de ressources au sein de la ruche délivrée par la danse de celle fournie par les odeurs.
Il en ressort que la danse est un outil d’information très performant, et préféré, pour envoyer les ouvrières sur un site nouveau. En revanche, les abeilles en attente d’une mission, se réfèrent au bouquet d’odeurs et de saveurs rapporté pour retourner sur un endroit déjà connu.
Un résultat qui replace le langage dansé dans le réseau d’informations multiples qui circulent dans la ruche et ordonnent son fonctionnement.
Article source  
Photo : ouvrières d’Abeille mellifère s’échangeant du nectar. Cliché P.-P. Lepidi

1222 Morts dans le sanctuaire de la monarchie
La protection du papillon Monarque d’Amérique Danaus plexippus (Lép. Nymphalidé) paraît avoir coûté la vie à deux personnes au Mexique. L’écologiste (et ancien maire) mexicain Homero Gomez, a été découvert le 29 janvier au fond d’un puits. Le guide de la réserve d’El Rosario, Raoul Hernandez, a lui été retrouvé battu à mort le 1er février.
Tous deux luttaient pour la protection de l’espèce, très connue par l’ampleur de ses migrations depuis le Nord de l’Amérique. Là, les populations sont réduites surtout par le désherbage qui prive les chenilles d’asclépiade, son unique plante nourricière. Au Mexique, sur leur site d’hivernage, c’est la déforestation qui la menace.
Le sanctuaire d’El Rosario, dans l’État du Michoacan, a beau être classé depuis 2008 au patrimoine mondial de l’humanité, il n’en est pas moins grignoté par l’exploitation des pins oyamel Abies religiosa sur lesquels les papillons s’entassent.
Le bûcheronnage est sous le contrôle des mafias, qui vendent le bois et tirent profit des plantations d’avocat qui s’installent sur les coupes. Les deux assassinats leur sont imputés.
D’après diverses sourceshttps://www.inrae.fr/actualites/composition-proteique-pieces-buccales-du-puceron-mise-jour
Photo : enterrement d’H. Gomez. Cliché Enrique Castro  
La dernière des nombreuses Épingles consacrées à la monarchie : Monarque, dehors ! 
Pour accéder aux autres, poser « monarch » au moteur de recherche de la page d'accueil.
   


La RDC à son tour touchée par les criquets ravageurs, une première depuis 1944. Le Monde, 28 février 2020.

De la Somalie au Soudan du Sud, les essaims de criquets pèlerins ravagent l'Afrique de l'Est,
par Yohan Blavignat. Le Figaro, 27 février 2020

Le gouvernement lance un plan de lutte contre les punaises de lit.
Le Monde, 21 février 2020.

Comment le moustique anophèle repère notre sang chaud,
par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 16 février 2020.

Une invasion historique de criquets pèlerins menace la sécurité alimentaire en Afrique de l’Est
, par Yohan Blavignat, Le Figaro, 11 février 2020.

La composition protéique des pièces buccales du puceron mise à jour,
par Yvan Rahbé. INRAE, 10 février 2020.

Les lucioles menacées de s'éteindre à cause des activités humaines,
Par Emeline Férard. GEO, 5 février 2020.

Les papillons peuvent acquérir de nouvelles préférences [olfactives] et les transmettre à leur progéniture. Nouvelles du monde,
3 février 2020.
[Bicyclus anyana, Lép. Nymphalidé]
(traduction automatique)

Les ailes, système de climatisation du papillon
, pat Nathaniel Herzberg. Le Monde, 2 février 2020
> À agrafer à "Insectes ingénieurs 4". Insectes n° 194 (2019-3)
janvier À cliquer

1221 Teigne 2.0
La Teigne des crucifères Plutella xylostella (Lép. Yponomeutidé) est un ravageur mondial dont les populations deviennent partout résistantes aux insecticides. La firme britannique Oxytec promeut le lâcher de teignes modifiées génétiquement, qui s’accouplent normalement avec leurs congénères sauvages mais dont la descendance n’est pas viable.
Le procédé est une variante de la lutte autocide, utilisée depuis les années 1950 avec des succès notables, contre la Lucilie bouchère et la Cératite notamment. Les « mâles stériles » sont produits par irradiation. On doit en lâcher de très grands nombres car ils sont peu compétitifs avec les mâles sauvages.
Tony Shelton et son équipe viennent de montrer que les teignes transgéniques « stériles » survivent parfaitement au champ, première étape d’un éventuel développement de la technique.
Les teignes se voient greffer, outre un gène de fluorescence pour pouvoir les distinguer, le gène de léthalité appelé tetracycline transcriptional activator variant (tTAV), provenant de la combinaison des ADN de la bactérie Escherichia coli et du virus de l’herpès, déjà employé sur des moustiques. En nature, les mâles lâchés, tout à fait compétitifs (vérifié au laboratoire) et se dispersant peu, transmettent activement le tTAV aux femelles locales ; leur descendance femelle meurt au stade chenille, tandis que les mâles survivent et ont un effet léthal sur la génération suivante.
Autre avantage de ces mâles transgénique, ils apportent à la population locale résistante des gènes de sensibilité aux insecticides, car issus de souches sensibles.
En 2015 les mêmes chercheurs avaient obtenus, sous serre, l’effondrement des effectifs de la Teigne en 3 générations.
Quel avenir pour cette lutte autocide 2.0 ? La pratique est plus compliquée et coûteuse que l’épandage de toxiques. Elle n’est de plus pas compatible avec la doxa de l’agriculture biologique, qui représente une part croissante du marché des crucifères.
Oxytec va tester sa teigne GM dans diverses situation d’échec de la lutte conventionnelle. La firme travaille à appliquer le procédé à deux ravageurs très problématiques : l’Arpenteuse du soja Pseudoplusia includens au Brésil et la Légionnaire d’automne Spodoptera frugiperda (Lép. Noctuidés)  en Afrique.
D’après « Genetically engineered moths can knock down crop pests, but will they take off? », par Erik Stokstad. Lu le 30 janvier 2020 à www.sciencemag.org/
Photo : accouplement de Teignes des crucifères. Cliché D. Olmstaed  
Fiche HYPPZ de la Teigne des crucifères 
   
1220 Les richards se planquent
Pourquoi être brillant ? À quoi sert une cuticule revêtue d’une couche iridescente, d’arborer des couleurs métalliques coruscantes et de mériter le nom de richard, donné en 1715 aux buprestes par Geoffroy ?
Deux explications sont avancées par les entomologistes : c’est de l’aposématisme, pour avertir les prédateurs de son mauvais goût (pas esthétique, gastronomique) ou c’est de la sélection sexuelle, pour s’afficher le plus formidable des mâles aux yeux de ces demoiselles. Oubliée la suggestion d’Abott Tayler, faite en 1906 : la livrée métallisée permet de mieux se dissimuler sur un fond bariolé et mouvant – comme du feuillage.
Menée par Karin Kjernsmo, une équipe de l’université de Bristol (Royaume-Uni) a entrepris de tester l’hypothèse de Tayler. Le richard choisi fut Sternocera aequisignata (Col. Buprestidé), à la larve rhizophage, répandu en Asie orientale, où il est consommé. Ses élytres bleus ou verts selon l’incidence de la lumière y sont utilisés en joaillerie.
Première manip : des élytres de ce bupreste (une centaine), sont disposés sur les feuilles dans un massif de végétaux variés, avec d’autres, d’espèces non iridescentes, de différentes couleurs. À chacun est attaché un ver de farine. Les élytres brillants « survivent » en plus grande proportion au bec des oiseaux. Un substrat brillant augment leurs chances d’y échapper. Camouflage ou aposématisme ?
Seconde manip : ce sont des humains qu’on envoie chercher les élytres iridescents à la place des oiseaux. Ceux-ci les trouvent moins facilement que les élytres ternes.
Dans le cas de S. aequisignata au moins, étinceler sert à se dissimuler. Il doit en être de même pour les autres insectes-joyaux et cette fonction de camouflage contribue sans doute à ce que les couleurs métalliques soient si répandues.
L’équipe va désormais chercher, à l’aide de l’apprentissage automatique, à déterminer l’allure (couleur, patron) la plus efficace pour passer inaperçu dans un type de feuillage défini.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Sternocera aequisignata. Catalogue Corbis.  
À (re)lire : Couleurs d’insectes, par Alain Fraval. Insectes n° 188 (2018-1)
NDLR : 50 élytres valent 11,31 € chez Etsy.

1219 Les demoiselles font comme ça…
...les libellules font comme ci. Les deux sous-ordres des Odonates, les Zygoptères (demoiselles) et les  Épiproctes (anciens Anisoptères, libellules) partagent beaucoup de caractères, hérités d’un ancêtre commun qui volait il y a 250 millions d’années.
Les unes diffèrent des autres par, notamment, leur technique de chasse en vol. Une équipe de chercheurs de l’université du Minnesota, sous la houlette de Paloma Gonzalez-Bellido, a recherché les différences entre les circuits nerveux reliant leurs yeux à leur cerveau. Et n’en a pas trouvé.
Pourtant les yeux, gros et globuleux, des imagos des deux sous-ordres ne sont pas disposés pareil : ils sont largement séparés chez les demoiselles et se touchent au niveau du front chez les libellules (sauf chez les gomphes).
Selon ce travail, les demoiselles visent leurs proies droit devant elles, les libellules les abordent par en dessous ; les demoiselles possèdent une vision binoculaire alors que les libellules ne reçoivent qu’une seule image, que l’objet visé soit à droite ou à gauche. Les deux systèmes ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients mais sont l’un comme l’autre adaptés au milieu prospecté et au type de proie chassée. Les demoiselles patrouillent dans la végétation, où la vitesse de réaction est moins importante que la capacité à voir en relief ; les libellules chassent plutôt en milieu ouvert, en se servant du contraste de leur proie avec le ciel.
Les deux se révèlent avoir la même circuiterie nerveuse et les mêmes neurones actifs pour conduire les signaux au cerveau, qui ont été conservés au travers de l’évolution. Reste à examiner comment ces signaux sont traités. Le résultat est attendu par les ingénieurs qui travaillent sur les véhicules autonomes, à roues, à rotor ou à ailes.
D’après « Glimpse into ancient hunting strategies of dragonflies and damselflies », lu le 16 janvier 2020 à  //phys.org/news/
Photo : Libellules déprimées Libellula depressa (Odon. Libellulidés) mâles. Cliché Warren

1218 L’alcool les perdra
C’est en tous cas l’espoir des forestiers de l’Ohio (États-Unis) aux prises avec les destructions d’arbres de nombreuses essences par des scolytes (Col. Curculionidés) exotiques, du type ambrosien (rien à voir avec saint Ambroise). Ces xylébores, du genre Xylosandrus, forent des galeries dans le xylème où ils cultivent un champignon Ambrosia, introduit par la femelle, qui digère le bois pour leur compte. Ce sont des ravageurs secondaires : ils sont attirés par les arbres en souffrance, qui émettent de l’éthanol. Les arbres colonisés, qui ne révèlent que très discrètement leur état à l’examen de l’écorce, sont perdus. La lutte (chimique), visant les émergences au printemps, implique une surveillance, faite par piégeage.
Classiquement, on dispose des bouteilles d’eau en plastique ouvertes d’un grand trou sur le côté, appâtées avec 2 pouces de gel hydro-alcoolique. Le dispositif est peu sélectif, il retient de nombreux insectes autres.
D’où l’essai de 2 types de rondins-pièges (de faible diamètre) imbibés d’alcool éthylique. Le rondin est soit trempé dans l’alcool durant 24 h, soit percé d’un trou axial rempli d’alcool puis bouché. Une fois exposé, il est disséqué. Plusieurs essences peuvent être employées, l’érable rouge est la meilleure. Ces pièges sont attractifs pour X. germanus (espèce d’Extrême Orient, arrivée à New York en 1932, détectée en France en 1992) pendant une semaine et nettement plus sélectifs que les bouteilles, qui durent plus longtemps. Ils attirent aussi  Anisandrus maiche, espèce invasive venue de Chine (et présente en Europe de l’Est).
L’usage des rondins creux devrait faciliter le suivi des populations et la maîtrise de ces ravageurs très dommageables.
Article source (gratuit, en anglais)  
Photos : bouteille-piège et rondin-piège. Clichés Walter Reeves.

1217 Anthropocoprophilie
Les protocoles de dénombrement des insectes les plus classiques sont à revoir. À preuve le cas de celui employé par tout le monde depuis des lustres pour estimer le peuplement d’un milieu en Coléoptères coprophages, c’est-à-dire se repaissant d’excréments de vertébrés.
On procède par piégeage. Sur n’importe quel terrain, on a toujours de l’appât standard sous la main (si je puis dire) puisqu’il est produit par les entomologistes : ce sont leurs matières fécales.
Elizabeth Raine, chercheuse à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), et ses collaborateurs, ont réexaminé ce protocole. Dans trois sites proches en forêt atlantique, au Paraná (Brésil), ils ont comparé, au moyen des pièges indiqués ci-dessus, l’attractivité des fèces de différents animaux du lieu – prélevées dans un zoo -, entre eux et avec la matière humaine – fournie par eux-mêmes. Les animaux donneurs furent le petit grison, le jaguar, l’ocelot, le raton crabier, le capucin noir et le cochon (domestique).
Le long de transects ils ont enterré à ras bord des récipients-pièges, les uns surmontés de l’appât et remplis d’eau savonneuse et salée (pots de Barber, mortels), les autres faits d’un seau plein de terre ménageant un rebord de 3 cm, insurmontable, permettant aux bousiers de fouir.
Au bout de 48 heures, on vide les pots et trie la terre du seau à la main. Des individus de 26 espèces sont capturés en tout. Ils sont pesés, mesurés, etc.
Une vingtaine de coléos sont trouvés sous l’appât humain, contre jamais plus de 10 ailleurs.
Il en résulte que les 2 types de pièges, différemment attractifs, doivent être employés pour une estimation fidèle. Il en ressort que les fèces de l’entomologiste sont un super-appât pour évaluer la richesse faunistique en coprophages d’un milieu, mais qu’ils donnent l’illusion d’abondances qui n’existent pas.
Il faudra refaire cette manip ailleurs et trouver ce qui dans l’alimentation moderne d’Homo sapiens intéresse tant les coprophages.
D’après « Dung beetles prefer human faeces to those of wild animals », lu le 9 janvier 2020 à www.economist.com/science-and-technology/, et l’article source (gratuit, en anglais) 
Photo : bousier Scarabaeus laticollis. Cliché Thomas Huntke.


Les éphémères, insectes en perdition, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 26 janvier 2020

Afrique de l’Est : les infestations de criquets menacent la sécurité alimentaire.
Le Monde, 21 janvier 2020.

Insectes et films d'horreur,
par Cockeye. Vidéodrome. Mai 2019.

Comment la France est devenue pionnière dans l'élevage d'insectes
, par Laura Berny. Les Échos, 17 janvier 2020.

Impact écologique des feux : et les insectes ?
, par Romain Garrouste. The Conversation,
12 janvier 2020.

Un organe éphémère chez la fourmi révèle son secret,
par Mélissa Guillemette. Quebecscience, 9 janvier 2020.

Ceci n'est pas une feuille
- Bestioles avec Dr Nozman.
Avec Pierre Kerner à l'OPIE.
Vidéo

Un générateur de Coléoptères






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