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Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2018
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2017 :  Le smartphone contre le cafard        Les Épingles d'avant

Les Épingles du n° 187 d'Insectes (4e tr. 2017) : Envol furtif, Affaires sales, Douces tueuses, Réparer les réseaux sociaux.
Un métier de chien, Mauvaises fréquentations, Prophylaxie sociale, Elle est l'hyperpollinisatrice, Comment tué Homard ?, Pour en finir avec la Mouche, Comment trépider efficacement, Prendre ses ailes à son cou, Plus forts que les Doryphores ?, Un termite ne contient qu’un tiers de termite,
Sœurs infirmières, Le bupreste méfiant, comment faire un nez de sphinx
, Pour démarrer en fongiculture, MST : l’explosion, L'ordre ancien est aboli, Les troisième-âge s’exposent, Moustique saboté, palu évité, Choisir une antenne, Glu royale, À coups de pompes, Ce que sauterelle veut dire,
Les Épingles du n° 188 d'Insectes (1er tr. 2018) : Comment on engraisse les moustiques, Les carabes rétrécissent, Extension de l'entomosphère, La monarchie à l'épreuve du réchauffement, Mélange (d)étonnant, La colle tue, Le sexe ou l'alcool, Buller, oui mais pour quoi faire ?, « 22, v’là les poulets ! »..., Vampires par soif, Plus de filles, tu meurs, Royalement immarcescibles, À table, tambour battant !, Plus long mais moins long, 4x4Poll, Entomilk et Cancrelait, Rouge vénéneux, Pourquoi tes jambes interminables ?, Les cultures ouvrières peuvent disparaître, Les migrantes reviennent de loin, Luisant la nuit, la lumière nuit, consanguins = crétins, électromobilité, Débusquer les immigrants, La musique adoucit les mœurs...,
Les Épingles du n° 189 d'Insectes (2e tr. 2018) : Chimie sous-traitée, Petites bêtes bêtes ?, Ça vaut bien le sacrifice de quelques nourrissons.
Microcarpacio de cervelle, Dessine-moi une fourmi, L'empuse a un assistant ?, Coléo-inspiré, Pour perdre du ventre, La charge mentale des mères, Ouvrières au bain, Piège de mouche, Elles deviennent difficiles, Ultra-conservatisme, Cryo-entomologie, Les orphelins assurent, Ouvrières au zinc, Le gène de la royauté, Une mouche dans le verre (bis), Les µP s’envoient en l’air, Gonflette et poil aux pattes, Mante pêcheuse,
Bousiers véreux, Les victimes de la guerre des sexes, Myophagie artificielle, Il s'en faut d'un souffle,
Les Épingles du n° 190 d'Insectes (3e tr. 2018) : Petites profiteuses, La Noctuelle du champ magnétique, Les soldates ont un petit cerveau.
Yartsa gumbu : vers la pénurie,

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octobreÀ cliquer

1110 Yartsa gumbu : vers la pénurie
La ressource s’amenuise, le prix grimpe. La faute à la surexploitation et au réchauffement de la Planète : le prix continuera donc à grimper. D’ores et déjà, il faut compter 3 fois le prix de l’or, au poids, sur les marchés de Pékin. Il faut dire que ça soigne tout, du cancer à l’impuissance.
Un yartsa gumbu valable se présente comme un bâtonnet de 5 à 10 cm composé d’une chenille morte (Thitarodes sp., Lép. Hépialidé) prolongée par la fructification d’un champignon (Ophiocordyceps sinensis, Ophiocordycipitacée). On le déterre sur les hauts-plateaux himalayens, au-dessus de 3 200 m. Parasitée, la chenille souterraine et rhizophage, sans doute manipulée, se rapproche de la surface d’où le champignon pointe. Il suffit de creuser un peu pour dégager sans le briser le précieux bâtonnet.
Trois chercheurs californiens ont analysé les facteurs responsables de la raréfaction du yartsa gumbu, au moyen d’enquêtes auprès des récolteurs, des collecteurs et des marchands (une cinquantaine de données), par une revue de toutes les publications scientifiques et en interviewant quelque 800 personnes dans 4 pays : Népal, Bhoutan, Inde et Chine.
Ils ont pu ainsi dessiner une carte de répartition, complétée des données géographiques et climatiques, montrant que le yartsa gumbu prospère à proximité des terrains à permafrost.
Leur modèle mathématique désigne le climat, qui évolue vers des hivers moins froids, comme coresponsable de la raréfaction des chenilles-champignons.
Les habitants récolteurs, du fait de plusieurs facteurs anthropiques, d’échelles différentes, risquent d’être peu à peu privés d’une ressource complémentaire importante. Quant aux malades et autres impuissants, ils ne manquent pas d’autres remèdes aussi traditionnels que magiques.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : une petite poignée de yartsa gumbu
À (re)lire : Une ressource médicale himalayenne extraordinaire, par Michèle van Panhuys-Sigler. Insectes n° 171 (2013-4)   

1109 Les soldates ont un petit cerveau
Dans une société, les tâches attribuées à chacun peuvent fortement différer entre les
groupes. Les morphologies sont adaptées, mais leurs anatomies ? Les soldats sont
grands et costauds mais comparées à d’autres, leur registre comportemental pauvre
semble demander moins de capacités intellectuelles. Ont-ils pour autant des cerveaux
réduits ? La nature ne peut donner tous les atouts à tout le monde, elle distribue ses
investissements limités selon ce qui est le mieux pour ladite société et le tissu nerveux
est particulièrement coûteux à fabriquer.
La réponse vient d’être trouvée par une équipe basée à l’université Drexel (Pennsylvanie,
États-Unis), étudiant les fourmis légionnaires (nomades) du genre Eciton (Hym.
Dorylinés). Chez celles-ci, les différences morphologiques entre les castes d’ouvrières
sont particulièrement marquées. Les soldates, ouvrières très spécialisées, de grande
taille et aux mandibules acérées en faucille, ne sont capables que d’une chose : attaquer
et tuer les vertébrés croqueurs de fourmis. C’est aux autres ouvrières que reviennent le remorquage du cadavre et son dépeçage ; elles sont nourries par leurs consoeurs.
Inclus dans la résine, les cerveaux ont été mesurés et leurs tailles, rapportées à celle de leur propriétaire, sont effectivement moindres. De plus les
lobes antennaires, ainsi que les corps pédonculés (siège de l’intégration, de la coordination, de la mémoire…), sont relativement moins développés que chez les travailleuses. Les lobes optiques ne sont pas réduits, suggérant que les soldates ont quand même besoin de voir ce qu’elles font.
Article source (gratuit, en anglais) 

1108 La Noctuelle du champ magnétique
Le Bogong Agrotis infusa (Lép. Noctuidé) est un papillon de nuit australien remarquable. En hiver et en automne, ses chenilles se développent en plaine dans les Nouvelles Galles du Sud (Australie), prélevant leur part sur les pâturages. Au printemps, avec la survenue des chaleurs et de la sécheresse, les papillons éclosent et s’envolent en masse, plein sud, droit sur les Alpes où, après un parcours de près d’un millier de kilomètres effectué de nuit, ils estivent dans des grottes ou des crevasses, bien au frais. Là, ils s’accrochent côte à côte et s’empilent comme des tuiles, fuyant la lumière. Là, d’ailleurs, ils relarguent de l’arsenic, issu des traitements insecticides dirigés contre leurs chenilles.
Ils migreront en retour à l’automne et pondront. Dans les régions particulièrement favorables, l’espèce ne migre pas.
Autre phénomène remarquable : les Aborigènes avaient coutume de se rassembler – autre congrégation sociale – dans les grottes à papillons pour flamber les bogongs (pour éliminer les écailles) puis les déguster sur place ou en faire une pâte à emporter.
La raison du retour du Bogong dans l’actualité de l’entomosphère n’est pas la mode de l’entomophagie mais la mise en évidence d’une capacité extraordinaire.
Ces migrateurs trouvent leur chemin précisément vers quelques grottes – fréquenté par des milliers d’ancêtres – en se repérant sur la lune et les étoiles, pensait-on. Eric Warant et ses collaborateurs (université de Lund, Suède) ont découvert qu’il n’en est rien. Le Bogong possède un sens qui lui fait percevoir le magnétisme terrestre. Il lui permet de s’orienter et de viser un repère du paysage au loin pour voler dans la bonne direction.
C’est le premier insecte chez qui la possession d’une sorte de boussole interne est prouvée. Pour ce faire, des papillons ont été attachés, libres de tourner à gauche ou à droite, dans un simulateur de vol disposé à l’extérieur, muni d’un générateur de champ magnétique orientable.
Le papillon se trouve désorienté si la direction du champ et le repère visuel projeté cessent de coïncider.
Il reste à comprendre « comment ça marche ». Leur cerveau si petit et si simple est un avantage pour les chercheurs par rapport à celui des autres animaux à boussole, les oiseaux migrateurs.
Article source (gratuit, en anglais) 

1107 Petites profiteuses !
Les Hyménoptères pollinisateurs sont censés transporter une bonne partie du pollen qu’ils
récoltent pour le déposer dans une autre fleur et la féconder. Mais certaines petites abeilles
ne feraient-elles pas semblant, le gardant pour leur progéniture, d’où des plantes mal ou
pas du tout pollinisées, si les collègues honnêtes, qui font vraiment le boulot, ont disparu du
secteur ? L’efficacité de la pollinisation varie beaucoup selon l’espèce d’Hyménoptère, gros
ou petit, exploitant le nectar ou le pollen, doté ou non de brosses et d’une forte pilosité ; on
sait aussi que les grains de pollen des pelotes (portées par les pattes arrière) sont presque
tous non viables.
Matt Koski et son équipe (université de Virginie, États-Unis) ont examiné la fécondation d’une
plante indigène très banale par des floricoles courants. La campanule américaine, à fleurs
bleues à violettes dont les pétales sont disposés à plat, dichogame protandre (les fleurs
sont d’abord mâles) est pratiquement entomogame. Sur 6 plantes de 27 sites, ont été notés
les visiteurs des fleurs, classés en 3 catégories, des plus gros aux plus petits : bourdons,
Megachile campanulae (Mégachilidé) et petites abeilles solitaires (dont des Halictidés et des
Apidés). Sur des microparcelles d’1 m², il fut procédé au relevé de l’état sexuel des fleurs et de leurs visiteurs. Le dépôt de pollen par une
trentaine d’insectes de chaque catégorie a été mesuré sur des fleurs émasculées.
Le succès de la pollinisation a été évalué par le rendement en graines. Il suffit de peu de visites de bourdons pour le porter à son maximum.
Les petites abeilles, intéressées surtout par les fleurs en phase mâle, ont tendance à épuiser le pollen disponible et à ne pas le redistribuer.
Elles profitent du système, détournant à leur profit les relations de mutualisme établies entre plante et pollinisateurs.
Les populations de bourdons s’amenuisent, du fait du climat, des maladies et des concurrents introduits, des pesticides et des changements
de paysage. On ne peut plus dire que ce n’est pas grave car les manquants seront remplacés par la foule des petites abeilles.
Article source : DOI: 10.1098/rspb.2018.0635



1196 Il s’en faut d’un souffle...
...Que les mouches ne soient fouettés jusqu’à l’hémolymphe. Elles ont le temps de fuir les coups.
Marguerite Matherne et ses collaborateurs de l’institut de Technologie d’Atlanta (Géorgie, États-Unis) se sont demandés dans quelle mesure la queue des mammifères leur permettrait d’échapper aux piqûres des Diptères hématophages qui les harcèlent et leur pompent le sang.
Fouetter l’air avec leur queue n’est pas la seule arme de ces animaux, qui secouent la tête, piaffent et contractent leurs muscles, voire se font un chasse-mouches d’une branche (éléphants). Et depuis des milliers d’années, Homo sapiens s’est servi de l’appendice caudal d’un bœuf ou d’un cheval mangés pour éloigner les insectes pénibles. Au XXIe siècle fut inventé le Shoo Away à piles, 2 lames souples tournent par intermittence dans le plan horizontal au sommet d’une sorte de bouteille.
Le zoo d’Atlanta a fourni les sujets de vidéos qui ont permis de mesurer la fréquence des battements de leur queue et la vitesse de son extrémité. Puis, au labo, des moustiques ont été confrontés à un simulateur de queue (lame de plastique tournante) et au Shoo Away.
Par rapport à un pendule libre de même configuration, la queue oscille à une vitesse 3 fois supérieure et augmenter cette vitesse n’améliore pas l’efficacité : toujours très peu d’impacts. En fait, un chasse-mouches en crin de cheval repousse les moustiques dès qu’on l’agite un peu : les insectes sentent le léger déplacement d’air et s’éloignent. Ce qui fut confirmé au moyen de la queue robotique, qui empêcha la moitié des moustiques enfermés dans un cylindre de se poser ; il suffit qu’ils perçoivent un vent d’1 m/s.
Conclusion : il ne faut pas raccourcir et encore moins couper la queue de vos animaux.
Article source : doi:10.1242/jeb.178905
À (re)lire : Une exposition qui fait mouche. Insectes n° 134 (2004-3) et Les mouches du cheval, par Alain Fraval. Insectes n° 146 (2007-3)

1195 Myophagie artificielle
Où en est-on avec les robots mange-mouches ? Les machines mobiles autonomes qui les utilisent comme carburant ont eu un avenir prometteur.
Déjà en 2005, des étudiants produisaient du courant à partir d’insectes domiciliaires (Épingle  Pile à mouches). La veilleuse entomophage a brillé en 2009 (Les insectes éclairent le monde). Les premiers pas en « symbiose artificielle », à partir de 1998, s’étaient faits aux dépens de limaces, digérées dans des piles à combustible microbien.
En 2004 naquit au Bristol Robotic Laboratory (Royaume-Uni) Ecobot II, robot autonome (sans batteries) fonctionnant à partir d’éléments trouvables dans l’environnement, comme des carapaces de crevettes, des fruits pourris, des insectes – et de l’oxygène de l’air à la cathode de la pile. Ce premier « symbot » fonctionna 12 jours se nourrissant de 8 spécimens de Mouche domestique.
Lui succéda Ecobot III, présenté à la conférence Alife XII au Danemark en 2010. La machine prélève l’eau et la nourriture dans son environnement (un grand aquarium), digère grâce à 48 piles à combustible microbien agencées en couronne, produit assez de courant pour avancer (très très doucement) et, à la fin de chaque journée, défèque (grâce à une pompe péristaltique). Son estomac est dessiné de façon à traiter aussi bien une nourriture liquide (une soupe ou du jus de mouches) que solide (des mouches vivantes) ; il contient un agitateur chargé d’en homogénéiser le contenu. Il est surmonté d’un piège attractif lumineux et appâté à la phéromone. Il possède bien sûr un cerveau, chargé de contrôler la température (autour de 30°C) et la distribution de la nourriture dans les piles, et qui transmet des données sur le fonctionnement de la bête. Il a marché ainsi pendant plusieurs jours, arrivant au bout de son aquarium, sauf lorsqu’il a souffert de déshydratation.
Le projet Ecobot IV de la même équipe s’intéresse à la miniaturisation des piles et à l’amélioration de leurs électrodes. Leur dernière création : un smartphone alimenté à l’urine.
D’autres chercheurs, toujours dans le but de « digérer la pollution », mettent au point des sortes de patineurs, qui contrairement aux punaises Gerris, sont bactériophages, tels Row-Bot.
Ce domaine de recherche reste prometteur. Les mouches y auront participé un temps.
Photo : Ecobot III sur ses rails. Cliché I. Ieropoulos et al

1194 Les victimes de la guerre des sexes     
Une équipe japonaise a mis en évidence les dégâts que les intérêts divergents des parents peuvent causer à leur descendance. L’égoïsme des mâles, qui développent au fil de l’évolution certains attributs pour surpasser la concurrence, rend les femelles moins fécondes. La guerre des sexes, qui n’a pas de solution, est un facteur de l’évolution dont l’effet sur la dynamique des populations n’avait pas été bien reconnu.
Leur insecte : Carabus insulicola (Col. Carabidé), chez qui l’édéage du mâle possède un crochet en forme d’hameçon dont la pointe s’insère lors du coït dans un diverticule étroit des génitalia de la femelle.
En mariant des spécimens plus ou moins bien montés de leur carabe, ils se sont aperçus que les plus avantagés par la nature provoquaient la ponte d’œufs infertiles par leur partenaire. Soit une perte de 20 à 40 %, des œufs qui auraient pu être fertilisés ultérieurement par un autre mâle – ce que les porteurs de longs édéage « veulent » justement éviter, ne laissant vivre que leur progéniture.
Au labo toujours, les femelles possédant un diverticule génital plus long pâtissent moins de ce genre d’abus sexuel et pondent peu d’œufs infertiles.
Les entomologistes ont relevé les mensurations génitales chez les deux sexes en nature, dans des populations distinctes dont ils ont évalué l’effectif. Celui-ci est moindre là où les conditions favorisent la mésalliance, soit génitalia longs chez les mâles et courts chez les femelles.
Ce travail innovant montre que la tragédie des communs – jeu perdant-perdant- s’observe aussi dans la nature.
D’après « Harassing females lowers reproduction rates and reduces population size », par l’université de Kobé. Lu le 5 octobre 2018 à //phys.org/news/
Illustration : diverticule de la femelle de Carabus insulicola – crochet du mâle inséré dans le diverticule – crochet du mâle. U. de Kobé

1193 Bousiers véreux
Si le Bousier à cornes retroussées Onthophagus taurus (Col. Scarabéidé) se porte bien, exploite les bouses de vache à la satisfaction des éleveurs et a gagné en 2010 le titre d’insecte le plus fort du monde*, c’est qu’il est associé intimement avec tout un tas de bactéries et un nématode, Diplogastrellus monhysteroides (Rhab. Diplogastéridé).
Ce ver vit aux côtés du bousier, attiré probablement par les bactéries qui lui sont associées. Il élimine les microbes néfastes et laisse prospérer ceux qui transforment la matière végétale brute, au profit des deux partenaires de la symbiose. C’est indispensable pour les larves qui se repaissent des pilules.
Au labo, les larves élevées sans le nématode sont plus petites. Les femelles et mâles non « véreux » accouplés avec des bousiers portant le nématode deviennent « véreux ».
Un cas de probiotique sexuellement transmissible et de nématode amical.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo :
mâle de Bousier à cornes retroussées. In Zattara et al., 2016.
* Il peut tirer 1 141 fois son poids.

Gyrostigma rhinocerontis : sa larve vit dans l’estomac des rhinocéros,
par Benoît Gilles. Passion entomologie, 1er octobre 2018.

Code-barre ADN & Taxonomie,
par Philippe Garcelon. Passion entomologie, 22 octobre 2018.

Des insectes pour disséminer des virus, arme incontrôlable ?
Par Clémentine Thiberge. Le Monde (abonnés), 4 octobre 2018..
À (re)lire : Insectes de guerre, par Alain Fraval. Insectes n° 165 (2012-2).

En rouge et noir, la génétique des pois de la coccinelle
, par Arnaud Estoup et al. The Conversation, 4 octobre 2018,
[Harmonia axyridis, Col. Coccinellidé]
septembreÀ cliquer

1192 Mante pêcheuse
Il se dit que les mantes attrapent à l’occasion oisillons, lézards, grenouilles, tritons, souris, serpents et tortues. Les observations rapportées n’ont pas été validées ou ont été faites en terrarium.
Un individu mâle de Hierodula tenuidentata (Mant. Mantidé) a bel et bien pêché le guppy. Ceci au moins durant 5 jours, réussissant 9 prises, dans un bassin à Karnataka, en Inde.
Son attrait pour le poisson, son habileté à marcher de nuit sur les feuilles de laitue d’eau et de nymphéa et sa capacité à repérer le guppy sous l’eau sont tout à fait originaux – et insoupçonnés chez le mantes.
Pour l’équipe italo-indienne qui a observé le phénomène, la pêche au guppy est une initiative et une pratique personnelle de ce mâle, issue d’un auto-apprentissage.
Article source (gratuit, en anglais)    
Photo : le mâle pêcheur de Hierodula tenuidentata en train de dévorer un guppy : il commence par la queue ; le poisson respire toujours.

1191 Gonflette et poil aux pattes
Des chercheurs canadiens et anglais (universités de Toronto et de Stirling) attachent, entre deux piquets, par du fil de pêche, un transparent maintenu horizontal. Y sont imprimées en noir de petites silhouettes de mouche, de différentes tailles. L’endroit est fréquenté par les essaims de demoiselles (et très jeunes dames) Rhamphomyia longicauda (Dip. Empidiné) espérant être choisies par un monsieur.
Avant de rejoindre l’essaim et de parader, la demoiselle se fait belle, c’est-à-dire grosse, en gonflant d’air ses sacs pleuraux et en serrant ses pattes très « poilues » contre son abdomen. Son succès, et sa sortie accompagnée du ballet aérien, dépendront de sa taille apparente, comme le confirme le comptage des mâles abordant les images du transparent.
Le monsieur, qui croyait avoir choisi une future mère de sa progéniture bien en chair et donc prolifique, comprend-il mais trop tard qu’il est berné ? Non, la gent féminine de cette espèce trompe les prétendants impunément - mais pas sans efforts ni conséquences : l’investissement dans ses ornements gonflables peut réduire fortement sa fécondité. Et pas sans bénéfice non plus : elle reçoit de chaque monsieur à chaque rencontre un cadeau : un petit insecte bien protéiné et c’est ce qui l’intéresse.
La guerre des sexes, au long de l’évolution, pèse pour une fois sur les femelles.
Article source DOI: 10.1098/rspb.2018.1525
Photo : « Dance fly ». Cliché Heather Proctor

1190 Les µP s’envoient en l’air
On les sait universellement répandus et infestant tous les milieux, aquatique, terrestre et aérien. Les microplastiques – désignons-les par µP – sont des fragments de moins de 5 mm, de diverses forme (fibres, granules, plaquettes…) et composition (polypropylène, polystyrène, polyéthylène…). Entraînés par les cours d’eau (notamment), ils se retrouvent dans les lacs et les mers où ils sont ingérés par les animaux et transmis le long de la chaîne alimentaire.
Le phénomène est bien documenté mais personne n’avait examiné les possibilités de transmission ontogénique. Amanda Callaghan et ses collègues, à l’université de Reading (Royaume-Uni), a élevé des lots du Moustique commun Culex pipiens (Dip. Culicidé) dans de l’eau supplémentée avec des µP fluorescents de 2 et 15 micromètres. Les larves qui se nourrissent en filtrant, ne distinguent pas ces µP de leur pitance (des croquettes à cochon d’inde) et les ingèrent.
Des larves de 4e stade, des nymphes et des imagos sont pour les uns disséqués sous la bino et pour les autres homogénéisés pour comptage des particules fluorescentes.
La quantité de µP diminue au fur et à mesure du développement ; les particules les plus petites sont mieux incorporées. Chez le moustique adulte, on les trouve dans les tubes de Malpighi (organes de l’excrétion).
À l’émergence, les moustiques sont la proie d’empidides et d’asilides ; en vol ils nourrissent des libellules, des oiseaux et des chauves souris. Une voie supplémentaire de dispersion des µP.
Article source (gratuit, en anglais)  
Photo : microplastiques fluorescents dans les tubes de Malpighi d’un imago de moustique. Cliché  Al-Jaibachi et al.

1189 Une mouche dans le verre (bis)
Encore une fois et comme chaque année ou peu s’en faut, l’entomosphère se réjouit. Un prix IgNobel (celui de Biologie) vient d’être attribué à une équipe d’entomologistes pour sa confirmation d’un phénomène bien connu depuis des siècles et des siècles mais dont la cause n’était pas nommée.
C’est bien Z4-11Al qui donne mauvais goût à un verre de vin dans lequel une drosophile (femelle) s’est successivement débattue, pris une murge d’enfer et noyée.
Encore une fois, une découverte capitale aura été mise en lumière et par là-même portée à la connaissance des jurys et autres commissions d’avancement par une Épingle : Une mouche dans le verre, de novembre 2017.  
Article source plus récent (gratuit, en anglais).
Illustration ancienne – l’équation est résolue. Cliché Buildwise

1188Le gène de la royauté
Chez les insectes eusociaux – le plus haut grade de la socialisation – un ou plusieurs individus sont chargés de la reproduction – ce sont les reines -, tandis que les autres, parmi sa progéniture, s’occupent des larves et/ou défendent la colonie - ce sont les ouvrières et/ou les soldats, stériles. En outre plusieurs générations cohabitent. De telles sociétés composites bien organisées sont apparues indépendamment chez les termites, les pucerons, les thrips, les guêpes, les abeilles et les fourmis.
Dans le cas des fourmis (Hym. Formicidés), on imagine un ancêtre « guêpe primitive » qui alternativement pondait et s’occupait des larves. Comment en est-on arrivé aux colonies évoluées où une unique reine pond tandis qu’une foule d’ouvrières et de soldates se chargent de l’approvisionnement, de l’élevage du couvain et de la défense de la fourmilière ?
Romain Libbrecht et des chercheurs de l’université Rockfeller (New-York, États-Unis) ont trouvé une réponse inattendue. La reproduction est déclenchée par un unique gène, lui-même activé par une meilleure alimentation.
Le gène s’appelle ILP2, pour insulin-like peptide. Son rôle est ressorti de la comparaison de 5 581 gènes de 7 espèces de fourmis appartenant à 4 sous-familles. Partout il s’exprime plus chez les individus fertiles. On ne le trouve que dans le cerveau, dans un groupe d’une petite quinzaine de cellules. 
L’équipe a examiné particulièrement la fourmi tropicale pillarde Ooceraea biroi. Elle se reproduit par parthénogenèse. Chaque individu pond pendant 18 jours puis durant les 16 jours suivants fourrage et nourrit les larves. Et ainsi de suite. La présence des larves inhibe le fonctionnement des ovaires. En injectant du peptide ILP2 dans les fourmis nourricières, les chercheurs les ont fait pondre. En ajoutant des larves à un groupe de fourmis en phase de ponte, ils les ont amenées à materner.
La colonie comporte quelques intercastes, des individus un peu plus grands, avec des yeux et plus fertiles : des sortes de pré-reines. En enrichissant la pitance de fourmis, elles deviennent souvent des intercastes.
C’est peut-être ce qui s’est produit au cours de l’évolution : d’aucunes ont mieux mangé que leurs sœurs… Il reste à comprendre comment la nourriture est répartie dans une colonie.
Article source :  DOI: 10.1126/science.aar5723
Photo : fourmis Ooceraea biroi, imagos et larves. Cliché R. Liebbrecht

1187 Ouvrières au zinc
Une curieuse fourmi vit à Madagascar et dans le Sud de l’Afrique, qu’on ne voit jamais. Melissotarsus (Hym. Myrmiciné), en effet, a un mode de vie endophyte original : elle vit dans des galeries creusées par elle-même sous l’écorce d’arbres. Elle y demeure perpétuellement, se nourrissant de la cire, du produit des glandes de Malpighi, des exuvies et aussi des individus entiers de Morganella conspicua (Hém. Diaspididé), une cochenille-bétail elle aussi spéciale, étant dépourvue de bouclier et ne sécrétant pas de miellat.
L’allure des ouvrières est également particulière : grosse tête prolongée en arrière contenant de puissants muscles masticatoires et des glandes séricigènes, des pattes avant avec l’article basal du tarse portant de grosses brosses de soie servant à filer la soie, pattes médianes et arrière avec la coxa très grosse. Le fémur de la patte moyenne est dirigé verticalement.
Christian Peeters, entomologiste à la Sorbonne (à Paris) et ses collaborateurs ont réexaminé ces particularités connues depuis longtemps mais peu interprétées. Avec de gros moyens : microtomographie aux rayons X, microscopie de coupes sériées, modélisation en 3D et… dissections.
La cuticule de l’extrémité des mandibules, particulièrement puissantes et dessinées pour attaquer du bois humide, contient du zinc, ce qui renforce sa force de coupe. Les muscles qui écartent ces mandibules sont presque aussi puissants que ceux qui les rapprochent : de quoi sans doute écarter le bois déchiqueté.
Les pattes, toujours près du corps, sont conformées pour permettre à l’ouvrière de s’arc-bouter sur les parois de la galerie de façon à ce que les mandibules pénètrent le bois à creuser. Elles sont inaptes à la marche.
À partir d’une forme très mobile et agile sur le terrain, l’évolution a produit par spécialisation un microtunnelier.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : vues latérale (A) et dorsale (B) d’une ouvrière de Melissotarsus. Infographie A. Khalife et al.

L'entomofaune des îles subatlantiques françaises, par Maurice Hullé. Passion entomologie, 24 septembre 2018.

Cancer : des mouches plus fortes ensemble
, par Hervé Morin. Le Monde (abonnés), 9 septembre 2018.

Les drôles de pois de la coccinelle arlequin
, par Nathaniel Herzberg. Le Monde (abonnés), 2 septembre 2018.
[Harmonia axyridis, Col. Coccinellidé]
Voir ci-dessous
août
À cliquer

1186 Les orphelins assurent
Montpellier a accueilli, du 19 au 22 août 2018, le 2e congrès joint des quatre principales sociétés internationales de biologie évolutive. Rebecca Kilner, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) y a présenté le travail qu’elle a conduit avec ses collaborateurs durant 5 ans sur le Nécrophore fossoyeur Nicrophorus vespilloides (Col. Silphidé).
Les larves, une douzaine, reçoivent l’aide de leurs parents – le père et la mère ou l’un d’entre eux seul – pour exploiter la boule qu’ils ont façonnée à partir d’une charogne. Le parent, principalement la mère, dégage la terre et fore des trous dans la boule pour faciliter l’accès de sa progéniture à la réserve de nourriture.
L’expérience a consisté à élever côte à côte, génération après génération, des fossoyeurs orphelins et des fossoyeurs en famille (monoparentale). Les premiers se débrouillent malgré tout. Au bout de 30 générations, les individus orphelins de mère en fille ont acquis des mandibules plus fortes et un comportement plus « amical » entre eux : ils coopèrent. Et ils éclosent tous en même temps.
Mêlés au départ à des jeunes larves du lot non privé de mère, ils survivent mieux. Il faut être plusieurs et s’entraider pour bien exploiter une charogne.
Ces résultats montrent l’importance des rapports interindividuels dans l’évolution, qui ne dépend pas seulement des changements affectant les individus.
Kilner R. et al., 2018. Rapid experimental evolution of sibling rivalry and sibling cooperation, facilitated by indirect genetic effects. Communication orale 
Photo : Fossoyeur, mère et enfant. Cliché tomhouslay.com
À (re)lire l’Épingle de 2015 Seules les mères et « Prendre soin des jeunes II », par Alain Fraval. Insectes n° 153 (2009-2).

1185 Cryo-entomologie
La biodiversité augmente dans des proportions qui posent problème. En effet, les ciseaux CRISPR -Cas9 et les autres techniques de modification du génome engendrent une foule de souches d’insectes, qui encombrent les insectariums et surchargent le personnel. Il faut les nourrir, les faire se reproduire, veiller aux maladies, ne pas se tromper dans les étiquettes au fil des générations, etc. Un travail énorme que la technique mise au point par Teruyuki Niimi et Haruka Kawaguchi au National Institute for Basic Biology au Japon vise à alléger considérablement.
Leur bête : la Coccinelle asiatique Harmonia axyridis (Col. Coccinellidé) ; leur sujet : le polymorphisme des imagos que l’on trouve sous quelque 200 livrées variant par les taches sur les élytres et la couleur.
Pour maintenir ces lignées, la solution sera de congeler les ovaires, dans un premier temps. La cryoconservation d’organes complexes n’est pas pratique courante, sauf en sériciculture où les souches de Ver à soie sont ainsi stockées dans l’azote liquide. La donneuse et la receveuse sont la larve de 4e stade d’1 jour.
La larve de coccinelle ne possède aucun caractère permettant le sexage. Une lignée transgénique où le chromosome Y fluoresce est utilisée. Les parents sont de 2 souches qui transmettent le patron de leurs élytres (déterminé par un seul locus, h) selon la loi de Mendel et le succès ou l’insuccès sont visibles sur les descendants.
L’ovaire de la donneuse (larve au dernier stade) est prélevée à la pince Dumont n°5. Lors de sa réinsertion chez la porteuse, au moyen d’un fin tube de verre, l’ovaire est d’abord ficelée dans l’oviducte de la receveuse, dont l’ovaire est ensuite retiré. Pas de pansement. L’opérée a droit à une éponge humectée puis à des pucerons.
La transplantation dure 15 minutes. Les grosses difficultés propres à l’espèce sont la petite taille des patients, l’opacité et la rapide coagulation de leur hémolymphe.
La méthode livre 26 % de femelles greffées fertiles, un taux jugé suffisant pour une mise en pratique.
Article source : doi.org/10.11416/jibs.87.2_035 
Photo : larve âgée de la Coccinelle asiatique. Cliché entomart.be
À (re)lire : la Coccinelle asiatique Harmonia axyridis, par Gilles San Martin, Tim Adriaens, Louis Hautier et Nicolas Ottart. Insectes n° 136 (2005-1).

1184 Ultra-conservatisme
Les Myrméléontiformes sont un sous-ordre des Neuroptères, comprenant les Nymphidés (Australie, Nouvelle Guinée, larves dans piège en entonnoir), les Myrméléontidés (fourmilions, à larves cachées, camouflées ou dans un piège à entonnoir) et les Ascalphidés (ascalaphes, larves camouflées sous des débris, chassant à l’affût).
Des fossiles de Myrméléontiformes conservés dans l’ambre exhumée de Birmanie ont été étudiés par une équipe sino-italienne. Ils datent du milieu du Crétacé, soit de 100 millions d’années à peu près.
L’examen de ces trouvailles montre que les espèces de ce groupe, caractérisé par des larves à la morphologie et au comportement particuliers, n’ont que très peu évolué depuis cette époque. Ceci permet de reconstituer leur mode de vie à partir de l’examen des caractéristiques de leur tégument, seul à être conservé.
Il y a, chez les insectes actuels, une très bonne corrélation entre la présence chez la larve d’expansions de l’abdomen et la pratique du camouflage sous des débris tenus par ces expansions. On sait ainsi que les larves ainsi équipées que l’on retrouve au bout de 100 millions d’années chassaient à l’affût en se camouflant sous des débris, alors que ces derniers n’ont pas été fossilisés.
Ce procédé est apparu au moins 3 fois chez les Myrméléontiformes au cours de l’évolution.
Avec le creusement de pièges-entonnoirs, ces insectes ont disposé des moyens de se nourrir efficacement dans des habitats arides et n’ont pas eu à changer.
D’après « Amber unveils evolution of ancient antlions », lu le 22 août 2018. 
Photo : vue d’artiste de 2 larves d’ascalaphes de l'ambre. Par Yang Dinghua.

1183 Elles deviennent difficiles
Dans les années 1980, dans le Sud-Est des États-Unis, eut lieu une grande confrontation, la bataille des Aedes. Soit les envahisseurs contre les indigènes, et se concluant par l’installation d’Aedes albopictus, le Moustique tigre venu d’Orient, en lieu et place d’A. aegypti, le Moustique de la fièvre jaune. Ce dernier ne subsiste plus guère qu’à Key West, en Floride et en Arizona. L’envahisseur a gagné et mérite son titre d’espèce invasive.
Ses armes : d’une part des larves plus compétitives et d’autre part la satyrization. Il faut entendre par là une dissymétrie dans le devenir des femelles ayant fauté avec l’ennemi, arrivé en nombre. En effet toute femelle « jaune » ayant connu un mâle « tigre » sera stérile jusqu’à la fin de ses jours, alors que la femelle « tigre » pourra continuer à procréer et à multiplier l’espèce – si fécondée par un mâle « tigre ».
Martha Burford Reiskind (université de Caroline du Nord) et ses collègues ont voulu savoir comment les femelles « jaunes » réagissaient à cette satirization et avec quel impact sur leur génome.
En seulement 6 générations, ces femelles deviennent plus difficiles, écartant les mâles « tigre » pour ceux de leur espèce. Ce changement de comportement sexuel s’observe au labo comme en nature, en Floride comme en Arizona. Et l’équipe a pu localiser les gènes impliqués.
Les femelle d’A. aegypti qui pratiquent cette sélection s’accouplent moins jeunes et sont plus petites : choisir son partenaire a un coût.
D’après « Female mosquitoes get choosy quickly to offset invasions », par Mick Kulikowski. Lu le 16 août 2018 à //phys.org/news/
Photo : Moustique tigre in copula. Cliché James Gathany
NDLR : le satyrisme est la stérilisation des femelles d'une espèce par des mâles d'une autre espèce suite à des accouplements interspécifiques non productifs. La satiyrisation, par lâchers inondatifs de mâles d’une espèce proche, a été testée avec succès contre des glossines en lutte antivectorielle.

1182 Piège de mouche
En échange de leur protection, Qualea grandiflora (Vochysiacée), plante commune dans le cerrado brésilien, nourrit des fourmis (Brachymyrmex, Camponotus et bien d’autres) du jus sucré et azoté de ses nectaires extrafloraux. Un type de mutualisme assez commun.
La présence sur ces nectaires d’asticots d’une drosophile myrmécophage est unique. C’est la trouvaille d’une équipe de chercheurs brésiliens menée par Meyra Vidal, qui a découvert le phénomène à force de patientes observations et en a vérifié le fonctionnement par l’analyse isotopique, notamment.
Rhinoleucophenga myrmecophaga (Dip. Drosophilidé) pond à proximité d’un nectaire. La larve éclose construit avec le nectar une sorte de cloche, collante, avec un trou au sommet. Elle se tapit dessous, attendant une visite. Une goutte de nectar sourd du trou, qu’une fourmi vient goûter. Et s’englue, s’exténue et finit vidée par l’asticot embusqué.
La drosophile profite donc du mutualisme, aux dépens directement des fourmis et indirectement de la plante que ses ravageurs attaquent impunément.
Article source (en anglais, gratuit) 
Photo : œufs de Rhinoleucophenga myrmecophaga près d’un nectaire surmonté de la cloche fabriquée par un asticot ; l’adulte de la drosophile en bas à droite. Cliché Mayra Vidal.

1181 Ouvrières au bain
Nager n’est pas l’apanage des insectes estampillés aquatiques et morphologiquement adaptés. On connaît des Orthoptères et des blattes qui en sont capables, ainsi que quelques fourmis, qui le font plus ou moins bien, occasionnellement. À part est le cas de Camponotus schmitzi (Hym. Formiciné), symbiotique des népenthes, qui plonge dans le liquide des urnes de cette plante carnivore peu efficace par elle-même. Différent est celui de la Fourmi de feu Solenopsis invicta (Myrmiciné) qui se contente de flotter.
Comment se débrouillent des fourmis terrestres pour franchir des étendues d’eau, avec leur corps et leurs pattes pas du tout adaptés ? Evan Gora et ses collègues (université de Louisville, États-Unis) en ont fait leur sujet d’étude, avec la collaboration de représentantes choisies des Formicinés Camponotus pennsylvanicus (Cp) et Formica subsericea (Fs), des ouvrières forestières prêtes à tout, de même corpulence.
En effet les expérimentateurs les jetèrent une par une dans le grand bain, entières ou amputées d’une ou plusieurs pattes, sous surveillance vidéo. Ceci après les avoir mesurées sous toutes les coutures.
Les fourmis rament surtout avec leurs pattes antérieures qui plongent dans l’eau, les moyennes restant dans le plan horizontal et les postérieures servant de stabilisateurs. Les corps des Cp sont en partie immergés, tandis que certaines Fs (les plus petites) marchent sur l’eau – capacité qu’on leur retire en ajoutant un peu d’alcool dans le bain, ce qui réduit la tension superficielle. Les Cp vont 2 fois plus vite, grâce à leurs pattes avant relativement plus longues.
Confrontées à un obstacle liquide, les 2 fourmis adoptent une allure différente de celle de leur habituelle marche, et s’en sortent.
Article source (en anglais, gratuit)
Vidéo 

1180 La charge mentale des mères
Vivre en bonne santé est essentiel. Aux larves (des insectes holométaboles) de ne pas s’infecter en mangeant n’importe quoi, aux imagos (femelles) de pondre en dehors des zones propices aux pathologies.
À l’université d’Édimbourg (Royaume-Uni), Jonathon Siva-Jothy, Katy Monteith et Pedro Vale ont évalué l’évitement d’environnements pathogènes par les larves et les imagos de la Mouche du vinaigre. Avec des cadavres de congénères comme source potentielle d’infection, par le virus C de drosophile (DCV, pas du tout foudroyant). 
Aux asticots (de 3e stade, mal nourris) ils offrirent le choix, comme source de nourriture, entre des charognes saines et des charognes virosées. Aux femelle adultes, saines ou malades, furent proposés 3 lieux de ponte adjacents : milieu nutritif pur, milieu contenant une droso morte saine ou milieu farci d’un cadavre de mouche virosée. Dans ce cas, le choix est cornélien, sachant qu’une charogne représente à la fois une nourriture plus riche et un risque accru pour sa descendance.
Les asticots, cannibales en la circonstance, ne montrent aucun évitement de la provende dangereuse et attrapent le DCV.
Les femelles infectées par le DCV ne distinguent pas les cadavres sains des infectés et vont pondre près de ceux-ci. En revanche, les femelles saines pondent plus à côté des cadavres sains, ceci dans une première phase de leur vie imaginale. Âgées, elles n’évitent plus ces derniers.
Les asticots n’auraient pas besoin de se méfier, leur (jeune) mère ayant pris en principe les précautions nécessaires.
Article source (gratuit, en anglais)

Photo : asticot de Drosophila melanogaster.

1179 Pour perdre du ventre
Et pas seulement ! Pour jouir très vite d’une sexualité riche et débridée comme jamais et pour se mouvoir sans effort ni fatigue. Tout ça sans ressentir la moindre soif. Par dessus le marché, vraisemblablement, en planant agréablement… Qui plus est sans souci de parentalité.
La recette, qu’on peut qualifier de sublime et d’ultime, qui donne tant de joies aux messieurs, consiste à se laisser poudrer par ses congénères déjà usagers.
Elle s’applique en tous cas à deux insectes nord-américains, Platypedia putnami, crépitante annuelle, et la Cigale dix-sept ans Magicicada septemdecim (Hém. Cicadidés).
La poudre distribuée si généreusement lors de ces orgies est simplement constituée des spores de champignons du genre Massospora (Entomophthorales). Les donneurs la dispersent très généreusement à partir de l’emplacement du tiers distal de leur abdomen, où une masse blanche a pris la place des organes locaux. Le phénomène est connu depuis fort longtemps.
Ces champignons sont des manipulateurs qui font de leur hôte leur phénotype étendu en lui faisant accomplir des actes supernormaux propres à répandre au mieux ses propagules : la cigale infectée, et donc proprement éculée, vole, fait sa cour (à tout le monde), copule (fait tout comme), s’agite sans être le moins du monde gênée par la perte de 30 % de son ventre, organes génitaux compris. Elle se passe en outre de ponctionner les végétaux.
Serait-elle droguée ?
C’est l’hypothèse avancée par Matt Kasson, mycologue à l’université de Virginie Occidentale (États-Unis) et son équipe suite à leurs travaux en métabolomique assistée par la métagénomique et la protéomique. Ils ont en effet révélé chez Les cigales périodiques infectées par M. cicadina de la cathinone et de la psylocybine chez les cigales annuelles parasitées par M. platypediae and M. levispora.
Ces substances sont des psychotropes dont les effets sur l’homme – et sur quelques très rares insectes – sont connus : la cathinone, très proche de l’amphétamine, augmente la capacité d’effort et coupe la faim ; la psilocybine est un hallucinogène. Cette substance conduit-elle nos cigales à une extase anthume avec des visions psychédéliques, leur fait-elle appréhender leur mort imminente avec une parfaite sérénité ?
Les rôles de ces métabolites du champignon dans les modifications du comportement de leur hôte (excitation, sexualité furieuse et homosexuelle, anorexie…) restent à préciser.
Peut-être même qu’un virus, secrètement hébergé et transmis par le champignon, y concourt.
D’après « This Parasite Drugs Its Hosts With the Psychedelic Chemical in Shrooms - It also makes their butts fall off », par Ed Young. The Altantic, 30 juillet 2018. Et l’article source (en anglais, gratuit).  
Photo : Individu de Magicicada infesté par Massospora cicadina. Cliché Roy Troutman   
PS. Avis aux entomophagistes : on estime qu’avant de ressentir quelque chose, il faut avaler une bonne douzaine de cigales farcies au Massospora.
À (re)lire : À (re)lire : Le chlorion et autres manipulateurs, par Alain Fraval. Insectes n° 163 (2011-4) et « L’empuse a-t-elle un assistant ? », ci dessous. 

1178 Coléo-inspiré
Dans le bestiaire des solides à faces planes, très bien exploré par les mathématiciens, il en manquait un : le scutoïde. Il a été découvert par des histologistes-mathématiciens examinant les cellules épidermiques d’Homo sapiens. On les croyait en forme de colonne, de prisme tronqué ou de frustum.
Pas toutes ; certaines sont scutoïdales : une des 2 faces parallèles a 6 côtés, l’autre 5 et un triangle latéral rattrape la différence. C’est ce triangle qui a a donné son nom au solide, à partir de scutellum, petit scutum*, précisément la pièce de tégument qui suit le corselet des Coléoptères et s’insère entre les parties basales des élytres. Voir l’illustration.
La modélisation indique que cette forme des cellules – qu’on retrouve chez la Mouche du vinaigre - augmente la stabilité de l’épiderme s’il vient à être courbé. La découverte intéresse les chercheurs qui tentent d’améliorer les cultures de tissus.
Article source (gratuit, en anglais)   
Illustration : scutoïdes accolés et Petite Cétoine d’Arménie, Protaetia speciose (Col. Scarabéidé). 
* Le scutellum est le sclérite postérieur du mésonotum, soit de la partie dorsale du 2e segment thoracique. Sur Internet, on tombera sur des vérités alternatives. À la page 146 du Glossaire entomologique, par Jacques d’Aguilar et Alain Fraval (Delachaux et Niestlé, 2004), on verra et lira ce qu’il faut savoir sur ce sclérite, présent aussi chez les punaises (Scutelleridés et Plataspidés entre autres) ainsi que chez des Diptères (Tachinidés notamment).
Le scutum, quant à lui, est une pièce du légionnaire romain (son bouclier ovale…).



Les libellules géantes du Paléozoïque sont-elles encore parmi nous ?, par Romain Garrouste et André Nel. The Conversation, 28 août 2018.

Les changements de teinte de la phalène du bouleau la protègent bien des oiseaux
, par Intissar El Hajj Mohamed. Le Monde (abonnés), 21 août 2018.
[Phalène du bouleau Biston betularia (Lép. Géométridé)]

Des abeilles australiennes pourraient aider à créer une alternative au plastique.
Maxisciences, 23 août 2018.
Hylaeus nubilosus [Hym. Colletidé]

Un nouveau pesticide nocif pour les bourdons terrestres
, par Florence Rosier. Le Monde (abonnés), 20 août 2018.
[sulfoxaflor]

Itinéraire d'un gros-porteur nommé libellule
, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 12 février 2018.
[Anax junius, Odon. Aeshnhidé]

Fly-Tox, Le tueur d’insectes, une publicité ravageuse 1928 – 1960,
par Christine Luce. Amicale des amateurs de nids à  poussière, 9 février 2017.

Les insectes aussi sont intelligents !
, par René Trégouët. RTFLASH,  26 juillet 2018.

Le DDT, de l’invention providentielle au polluant mortel
, par Denis Delbecq et Alizée Guilhem. Le Temps, 1er août 2018.
juillet
À cliquer

1177 L’empuse a un assistant ?
On connaît depuis toujours la muscardine due à l’empuse, Entomphthora muscae, qui colle les mouches aux vitres avec un feutrage mycélien blanc. Carolyn Elya, de l’équipe M. Eisen à l’université de Californie (États-Unis), l’a découverte chez la drosophile dans un jardin : les insectes piégés meurent dans une position remarquable, fixés au support par le bout de leur langue tirée, les ailes dressées, l’abdomen éclaté par des tubes dispersant, à destination des drosos qui volent en dessous, leurs spores.
Elle collectait des drosophiles sauvages pour examiner l’influence des levures de leur alimentation. Sa découverte lui a fait suivre une toute autre piste de recherche, celle des parasites manipulateurs (alias marionnettistes) qui pilotent à leur avantage reproductif les mouvements et attitudes ultimes de leur hôte. Disposer d’un manipulateur de Mouche du vinaigre est une aubaine : elle s’élève très facilement, on la connaît sous toutes les coutures et on peut la modifier génétiquement.
L’équipe commença par séquencer le génome de l’empuse : 10 % appartient au virus Twyford, découvert en Angleterre (à Twyford) en 2015 chez des drosos sauvages (non signalées comme muscarinées). Puis vérifia qu’il s’agissait d’un virus vrai, visible au microscope électronique, et non d’une trace d’une ancienne incorporation. Si au labo, on peut isoler des spores de l’empuse sans virus, en nature on les trouve presque toujours ensemble.
Twyford appartient à une famille de manipulateurs, les Iflaviridés. L’un d’eux, Dinocampus coccinellae paralysis virus (DcPV), a été fortement suspecté (en 2015) d’être associé à la paralysie induite chez Coleomegilla maculata (Col. Coccinellidé) qui se mue en garde du corps des cocons de son parasitoïde Dinocampus coccinellae (Hym. Braconidé).
Les manips cruciales restent à faire, avant de déclarer Twyford de la gent des marionnettistes et/ou un agent pathogène du champignon (hyperparasite) : infecter des drosos avec des spores d’empuse sans virus, injecter Twyford dans des mouches, notamment.
Et continuer la quête de cas de manipulations chez les insectes.
D’après « Is This Fungus Using a Virus to Control an Animal's Mind? », par Ed Young, lu le 25 juillet 2018 à www.theatlantic.com/
Illustration : cadavres de Mouches du vinaigre muscarinées 65 minutes (A), 160 min. (B) et 12 heures (C) après leur piégeage au crépuscule. Cliché BioRivx (2017).
À (re)lire : Le chlorion et autres manipulateurs, par Alain Fraval. Insectes n° 163 (2011-4). 
NB : emupuse est le nom donné d’une part à une moisissure de mouches à Entomophthora et d’autre part au Diablotin, Empusa pennata (Mant. Empusidé) – voir à /pdf/i104bois.pdf.

1176 Dessine-moi une fourmi
Des gens se plaignent. Les fourmis présentes sur Internet en tant qu’émodjis (unicode : 1f41c) sont gravement incorrectes et dérangeantes.
Apparemment, les entreprises qui les lâchent sur Internet sont incapables de faire dessiner correctement une simple ouvrière dans un petit carré. Notamment, Apple propose une fourmi gonflable gonflée aux yeux en amande et aux pattes duveteuses, Mozilla un quasi-termite, Samsung un insecte d’un type nouveau à double thorax (et sans taille de guêpe et marchant sur 4 pattes), qui doit avoir un très proche ancêtre commun avec la fourmi de son concurrent HTC (représentée en position anatomique) ; Google et Samsung entre autres leur font des yeux de poupée.
Il est pourtant nécessaire d’avoir sous la souris un pictogramme honnête de fourmi pour signifier le travail acharné, la collaboration parfaite, la soumission à la puissance maternelle et royale, la prévoyance, le sacrifice de l’individu pour le groupe, l’envie d’envahir le monde ou la haine des termites.
La « faune » des émodjis comprend 2 666 espèces à ce jour, en expansion. Les insectes sont dramatiquement sous-représentés et pas mieux traités : le papillon vu de dessus (1 spécimen, correct), la chenille (avec un nombre très variable et toujours faux de pattes et fausses-pattes selon les versions), l’abeille mellifère (avec 1, 2 ou 4 ailes), la coccinelle (avec des yeux sur le thorax) et un criquet (très stylisé).
D’après notamment « Biologists are bugged about the ant emoji », par Anne Quito. Quartzy, 18 juillet 2018.
Illustration : les émodjis de fourmi

1175 Microcarpacio de cervelle
De mouche, du vinaigre, comme on doit s’y attendre. Notre Mouche-à-tout vient en effet de se faire débiter le cerveau en tranches fines par une grande équipe pluridisciplinaire de chercheurs états-uniens pour établir la carte en relief de ses neurones et de leurs connexions. Notons qu’on avait déjà exploré ainsi le cerveau notablement plus réduit de son asticot.
La petitesse de son cerveau aux 100 000 neurones, son riche répertoire de comportements innés et acquis en font l’animal idoine pour cet exercice. Son succès est un record.
Pour valider la méthode, les cérébrologues ont examiné en détail les corps pédonculés, dont on connaît le rôle dans le jeu de la mémoire associative et où arrivent par les cellules de projection (NP) les influx nerveux des organes de la chemoréception, excitant les cellules de Kenyon (CK). Là, au niveau du calice, se fait l’association entre les différentes modalités sensorielles. Tous les influx arrivant aux KC ont été cartographiés, amenant la découverte de cellules d’un type nouveau et d’une architecture en grappe des NP.
La méthode d’obtention de ces résultats est fort ancienne dans son principe, c’est l’obtention et l’examen au microscope optique de coupes sériées d’un tissu coloré inclus dans la paraffine obtenues par un microtome. Mais ici, le colorant est fait de métaux, le rasoir est un diamant, le microscope est électronique et, surtout, un puissant ordinateur se charge de reconstituer une vue en 3D en fausses couleurs à partir des 21 millions d’images produites de 7 000 tranches de cerveau.
Nos chercheurs brûlent, comme on doit s’y attendre, d’appliquer la méthode au cerveau de l’entomologiste. Il est tellement complexe – il équivaut à 1 million de cerveaux de drosophile – que ce ne sera pas avant bien des années.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : mise en évidence des neurones aboutissant au corps pédonculé de la Mouche du vinaigre. Cliché des auteurs


1174 Ça vaut bien le sacrifice de quelques nourrissons
Ce sont de paisibles agricultrices panaméennes, aux petits soins pour leur progéniture et pour les champignons qu’elles abritent et cultivent chez elles et qui font leur ordinaire à table. Parmi elles, très souvent, des étrangères, incrustées là et qui profitent sans travailler.
Ces parasites sociales s’empiffrent de champignon et des petits de leurs hôtes, de la bonne protéine d’insecte (et à la mode, en plus).
Face à une étrangère, l’accueil est limite obséquieux : au lieu de lui foncer dessus, on se recule en baissant la tête. Certes du champignon il y en a en suffisance et des nourrissons, il en naît tous les jours. Mais quand même…
Une équipe internationale de chercheurs s’est attelée à comprendre le mécanisme et la raison de cette coexistence pacifique, durable (plus de 7 ans) mais rude, entre les fourmis Sericomyrmex amabilis, l’hôte, et Megalomyrmex symmetochus, le parasite mycophage et amateur de couvain.
Après avoir comparé les profils chimiques des unes et des autres et fait se rencontrer dans une arène (boîte de Petri) des S. amabilis de la même colonie, d’un autre nid, d’un nid non parasité et des incrustés M. symmetochus, il ressort de la comparaison des odeurs superficielles – signaux essentiels de reconnaissance - que l’intruse a une stratégie d’insertion dite d’insignifiance : elle est chimiquement invisible en tant qu’étrangère (à combattre). Mais pourtant les fourmis d’un nid non parasité agressent avec la même détermination les parasites et les non congénères et l’agression contre la fourmi parasite semble bien déclenchée par l’odeur de son venin (alcaloïdes).
Cette arme chimique semble la clé de l’acceptation par les hôtes, selon un mécanisme encore inconnu, et la cohabitation aurait un avantage : assurer une meilleure protection contre des envahisseuses plus féroces.
Et puis, qui plaint ces pauvres S. amabilis subjuguées par ces écornifleuses, éventuelles protectrices qui se payent sur la bête, sera content de savoir qu’il arrive que des révoltes éclatent. Tout à coup, trop c’est trop, et la gent M. symmetochus se fait tuer sur place.
Article source 

1173 Petites bêtes bêtes ?
Il s’en passe de belles dans la farine. On y pratique le SSB, comme on écrit dans les articles en anglais*. Le Petit Ver de farine est hors de cause, c’est une larve, innocente ; en revanche, l’imago de l’espèce, mieux nommé Tribolium rouge de la farine Tribolium castaneum (Col. Ténébrionidé) n’a pas toujours un comportement cohérent avec sa mission qui est de perpétuer l’espèce. En effet, les mâles s’égarent souvent à coïter avec des individus de leur sexe. Et ils ne font pas semblant. Il peut certes en résulter une fécondation indirecte, les spermes de l’un et de l’autre se mélangeant, mais c’est très rare.
À quoi rime ce SSB ? La pratique est à risques : prédation pendant l’acte, maladies après, longévité diminuée, occasions manquées de procréer... On la connaît chez plus d’une centaine d’insectes, dispersés dans la classification. Les savants ont avancé plusieurs raisons, qu’on classe en deux grands groupes : ou ce comportement ressortit à une stratégie pour la compétition entre mâles pour la reproduction, ou ces pratiquants sont bêtes – ou perturbés – au point de ne pas savoir reconnaître une femelle.
Une équipe de l’université d’East Anglia (Royaume-Uni) s’est servie du Tribolium rouge pour tenter de trancher, au moins dans ce cas. Elle a réalisé l’élevage au long cours de l’insecte (jusqu’à 100 générations), le taux sexuel des populations étant maintenu soit à 1 mâle pour 10 femelles (3 populations « M »), soit l’inverse (3 « F »). Puis elle a mis pendant 15 minutes un mâle de chacune des lignées entre 1 mâle et 1 femelle standard (attachés avec un fil pour qu’ils ne se touchent pas, ce n’était pas à eux de jouer) dans une boîte de Petri. Il y eut 145 rencontres arrangées. Les auteurs insistent : les participants ont été bien traités.
L’activité sexuelle fut de même niveau dans les 2 cas. Les mâles issus des populations M firent le choix de la femelle en premier dans 71 % des cas et passèrent plus de temps avec elle. Les mâles F ne firent pas, statistiquement, la différence entre les deux appâts sexuels proposés.
Parmi plein de mâles, il y a compétition et quête active d’une femelle. En milieu féminin, c’est au petit bonheur la chance.
Mais pourquoi, même après tant de générations d’entraînement à un choix efficace du partenaire sexuel avec peu de femelles disponibles, les mâles continuent-ils à monter d’autres mâles ? L’explication est sans doute dans leur mode de vie. Le Tribolium rouge vit dans des denrées stockées où il creuse souvent des tunnels. Il se pourrait que ce soit moins coûteux en énergie d’essayer tout adulte rencontré que de se mettre en quête d’une femelle (reconnue à son parfum). Pas si bête.
Article source (gratuit, en anglais) 

*Same sex mating behavior = comportement homosexuel

1172 Chimie sous-traitée
Les fourmis coupeuses de feuilles rapportent dans leur nid souterrain des morceaux de limbe pour constituer des meules à champignon. Elles cultivent l’espèce Leucoagaricus gongylophorus et pratiquent le protection des cultures en empêchant le développement d’autres champignons.
À la recherche de bactéries symbiotiques d’Atta sexdens rubipilosa (Hym. Myrmiciné), d’Amérique centrale, pouvant fournir de nouveaux antibiotiques, des chercheurs de l’université de São Paulo (Brésil) ont cultivé les premières et élevé la seconde. Et remarqué que les colonies de Serratia marcescens dégagent la même odeur que les fourmis. Un fumet de pyrazines, de 2 pyrazines associées.
Ces composés chimiques aromatiques (cycliques) sont produits par les glandes mandibulaires des ouvrières d’Odontomachus – fourmis Ponérinées connues pour leurs mandibules ultrarapides – comme phéromone d’alarme et par la glande à poison des Atta comme phéromone de piste, à l’instar d’autres fourmis. Les pyrazines sont indispensables à nos coupeuses de feuilles pour maintenir leur réseau d’approvisionnement. Les fabriquent-elles elles-mêmes ?
Il apparaît que non, sans qu’on ait encore décrit exactement le processus. Elles sont fournies à la fourmi qui les stocke et les utilise. La bactérie les fabrique à partir de la thréonine et de l’acétate de sodium.
Les pyrazines sont connues aussi pour leur rôle dans les relations intraspécifiques de bactéries. Des bactéries Serratia auraient-elles évolué de façon à attirer les fourmis et s’assurer en elles l’abri et le couvert, au prix d’un peu de synthèse chimique ?
Article source (en anglais, gratuit) 


1171 La musique adoucit les mœurs...
…comme l’avait déjà pointé Platon. Et comme on vient de le montrer chez la Coccinelle asiatique Harmonia axiridis (Col. Coccinellidé), au nom prédestiné pour un travail d’entomomusicologie.
Pas n’importe quelle musique : celle-ci, jouée à plein tube (jusqu’à 100 dB). Au son de ce rock agité, voire furieux, la féroce carnassière contente d’un repas léger de Pucerons du soja Aphis glycines (Hém. Aphididé), la moitié de sa pitance normale – au moins pendant 16 à 18 h après le concert.
Le proverbe est pris en défaut si les coccinelles se repaissent les oreilles d’un assemblage maison (labo) de morceaux de Lynyrd Skynyrd, Guns 'n' Roses, The Supersuckers, the British folk band Warblefly, et de sons urbains, un mélange de marteaux piqueurs, de klaxons, etc. Dans cette ambiance sonore country, nos entomophages prédateurs font leur travail de massacre des ravageurs comme si régnait le silence d’une profonde campagne.
Le rock d'AC/DC aurait-il aussi un effet direct sur le soja ? On a trouvé tout et son contraire quant à l’influence de la musique sur les plantes. Le soja reste absolument impassible, même après un traitement de 2 semaines. Pourtant il déteste cette musique stridente et heurtée qui lui vaut d’héberger jusqu’à 180 pucerons par pied au lieu de 4 et de se trouver raccourci de 25 %.
L’étude, due à un groupe de chercheurs de l’université du Mississippi (États-Unis), le Bartonlab, montre la réalité d’effets en cascade de la pollution sonore humaine sur les écosystèmes.
Article source (gratuit, en anglais) 
Photo : le dispositif expérimental. Cliché Brandon Barton

1170 Débusquer les immigrants
On les sait prêts à tout pour se rendre en Angleterre, en profitant notamment des camions où ils savent se rendre indétectables. On les sait capables de passer sous les radars, de s’installer discrètement puis de construire en un lieu caché et de s’incruster. On les sait capables de s’attaquer aux ouvrières et de faire de leur chair des familles nombreuses.
On peut en repérer quelques-uns toutefois, les piéger, les capturer. On ne les tue pas, on ne les enferme pas, on ne les maltraite pas, on les équipe d’une sorte de bracelet électronique, dont le signal permettra de repérer leur repaire. Lequel sera promptement gazé, pulvérisé, de façon à ce que tout le monde (jusqu’à 15 000 individus) crève.
La méthode est mise au point dans le Sud de la France et à Jersey, déjà envahie. Elle permet de trouver des nids ayant échappé aux observateurs. On attache, avec un fil, aux individus du Frelon asiatique à pattes jaunes Vespa velutina (Hym. Vespidé) qu’on a attrapés, une balise radio (de la firme britannique Biotrack) qui ne pèse pas plus de 0,3 g. L’insecte, qui pèse 0,5 g environ, décolle et vole sans souci.
Des frelons de cette espèce ennemie de l’apiculture ont déjà été découverts dans le Gloucestershire, dans le Devon ainsi que dans le Lancashire. Par chance, leurs nids ont été localisés et détruits. En employant le radiopistage, on espère qu’aucun nid n’échappera à la vigilance des désinsectiseurs et que l’invasion de l’Angleterre n’aura pas lieu.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Frelon asiatique équipé d’un émetteur radio. Cliché Peter Kennedy.

1169 Électromobilité
Les araignées voyagent par les airs, portées par un ou plusieurs fils de soie qui leur servent d’aérophore. Les envols massifs s’observent par temps calme avec seulement une légère brise. L’araignée se dresse sur ses 8 pattes, lance un fil de soie et décolle. Elle peut s’élever de 4 km et traverser les océans.
Le mouvement de l’air est-il suffisant ? Sans doute pas pour les plus massives. L’hypothèse de l’utilisation par l’aéronaute du champ électrique qui existe entre la terre et l’ionosphère est très ancienne mais n’avait jamais été éprouvée.
C’est ce qu’ont réalisé Erica Morley et Daniel Robert, de l’université de Bristol (Royaume-Uni), en vérifiant qu’un champ électrique faible déclenche l’envol et maintient l’araignée en l’air. Celle-ci sent la présence du champ par le mouvement qu’il imprime à ses soies. Les informations qu’elle reçoit sur la situation électrique et sur le vent lui indiquent, selon toute vraisemblance, que le temps est propice pour voyager.
Pour ce faire, ils ont installé des individus d’Erigone (Lyniphiidé) sur des morceaux de carton verticaux dans une enceinte transparente en polycarbonate, faisant office de condensateur à lames parallèles, et placée à l’isolement acoustique et électrique (dans une cage de Faraday). Appliquant un champ électrique de 1 ou 6 kV/m, ils virent leurs aéronautes d’essai décoller et se reposer si le champ était coupé, pouvant jouer avec elles en quelque sorte au ludion.
En mesurant les oscillations des trochobothries (soies mobiles sur leur base, organes mécanorécepteurs) des métatarses (avec un appareil à laser) d’individus soumis à un signal électrique carré de 0,1 ou 0,01 Hz, mimant par exemple le passage d’un nuage, ils ont établi que l’araignée peut percevoir séparément avec ce seul organe les variations du champ électrique et celles des courants d’air.
L’électroperception, déjà connue chez les bourdons, pourrait bien être répandue chez les Arthropodes. Il reste à examiner si l’araignée aéronaute maîtrise sa direction et son altitude.
Le rôle écologique des « vols » d’arthropodes aptères (araignées prédatrices, insectes Lépidoptères phytophages, acariens Trombidiformes (phytophages et zoophages) reste peu connu et leur étude devra inclure les relevés du champ électrique (rares).
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Erigone sur le départ, sur la pointes des tarses, l’opisthosome relevé pour projeter son fil de soie. Cliché Michael Hutchinson

1168 Consanguins = crétins
Les croisements entre apparentés provoquent généralement une dépression de consanguinité qui, surtout dans de mauvaises conditions écologiques, provoque une baisse des performances de croissance et de reproduction. Quel effet la consanguinité a-t-elle sur les performances intellectuelles ?
Soit deux parents – tous deux prêts à s’investir en soins parentaux, en âge et en humeur de procréer. Il ont à faire face à une chaîne de décisions importantes à prendre et s’ils se trompent, leur progéniture sera malingre et eux-même risquent des pépins.
Combien d’enfants mettre au monde en fonction de la nourriture disponible ? Après les naissances, les recompter pour calculer combien en sacrifier s’il s’avère qu’il n’y en aura pas pour tout le monde. Enfin, déterminer une règle de partage de la provende restante entre les jeunes en croissance et les procréateurs qui tiennent à rester en forme suffisante pour recommencer.
Eh bien, en tous cas chez les fossoyeurs étudiés à l’université d’Édimbourg par Jon Richardson, Pauline Comin et Per T. Smiseth, les mères (surtout) issues de mariages entre frères et sœurs font des erreurs graves, qui mettent la famille en grand danger. Par exemple, elles gardent trop de petits fossoyeurs pour la taille de la charogne de souris qu’avec leur compagnon elles ont rasée, mâchonnée, insalivée et conchiée.
Les fossoyeurs cobayes de cette étude s’appellent Nicrophorus vespilloides (Col. Silphidé).
Article source : DOI: 10.1098/rspb.2018.0419
Photo : nécrophores Nicrophorus vespillioides sur cadavre de taupe. Cliché Thierry Arbault
À (re)lire : Prendre soin des jeunes, par Alain Fraval. Insectes n° 153 (2009-2), p. 29-30.

Santé des forêts : Premier bilan processionnaire du pin 2017-2018 ; Le front d'expansion de la PP progresse toujours ; Bombyx disarate, montée des attaques en 2018.
DSF, juillet 2018.
[Thaumetopoea pytiocampa / Lymantria dispar]

Chasse aux hannetons (1950).
Vidéo INA.
[Melolonta melolontha, Col. Scarabéidé]

Comment des fourmis résistent-elles aux chaleurs extrêmes du désert ?
, par
Pascale Bollekens et Adéola Desnoyers. RTBF.be, 4 juillet 2018.
 
CRISPR-Cas9 pour modifier la couleur et la structure des ailes de papillon
, par Jacqueline Charpentier. Actualité Houssenia Writing, 4 juillet 2018.
juinÀ cliquer

1167 Luisant la nuit, la lumière nuit
On a pu quantifier récemment le déclin des insectes dans certaines zones d’Allemagne. En 27 ans, les 3/4 de leur biomasse y a disparu. Les causes avancées pour cette hécatombe sont les changements d’occupation du territoire, l’usage des pesticides et la fragmentation des habitats. On doit y ajouter, selon Maja Grubisic et ses collaborateurs, de l’institut Liebnitz de Berlin (Allemagne), la pollution lumineuse des campagnes.
Les pièges Malaise qui ont servi à ce dénombrement étaient installés dans une région particulièrement éclairée de l’Allemagne.
L’équipe a fait le tour des publications scientifiques sur les effets des lumières artificielles nocturnes permanentes sur les invertébrés, notamment sur les insectes – dont plus de la moitié sont actifs la nuit. Beaucoup de ceux-ci sont tributaires de la lune et des étoiles pour s’orienter, échapper à un prédateur ou trouver un partenaire sexuel. L’attraction des lampes, plus ou moins forte selon le modèle et l’espèce, est un fait d’observation courant (et est à la base des pièges lumineux). Les individus se grillent sur les ampoules ou meurent d’épuisement autour. Les alignements de lampadaires peuvent fragmenter les populations – notamment celles des agrosystèmes - et les rendre plus fragiles.
Or les campagnes sont de plus en plus lumineuses la nuit ; les zones éclairées se rapprochent des champs. Où elles perturbent la vie des ravageurs comme des auxiliaires, pouvant amener à la rupture d’équilibres traditionnels – le cas des pucerons et de leurs ennemis coccinelles et araignées est documenté. Leur effet se fait sentir également sur les plantes.
L’étude conclut à la nécessité de mieux qualifier et quantifier le phénomène, et à en tenir compte dans la protection des insectes.
Article source :  DOI: 10.1111/aab.12440 
Photo : la pollution lumineuse de l'Europe occidentale. Cliché NASA
À (re)lire : L’éclairage moderne et les moucherons, Épingle de 2016.  

1166 Les migrantes reviennent de loin
Il leur faut traverser chaque année le Sahara à l’aller comme au retour. Ce qui fait beaucoup d’heures de vol et quelque 12 000 km de déplacements au compteur en tout. C’est le record du monde (des animaux).
La Belle-Dame Vanessa cardui (Lép. Nymphalidé) est présente en Europe à la belle saison. Sa chenille se nourrit de chardon, d’ortie et d’autres plantes. De 1 à 3 générations se succèdent ; les papillons de la dernière, ceux qui ont échappé au froid, mettent cap au sud, vers le Sahel.
Ce voyage est connu et vérifié. Et ensuite ? Les Belles-Dames meurent-elles là-bas, partent-elles ailleurs ou reviennent-elles sous nos cieux ?
Une équipe internationale d’entomologistes vient d’attester la 3e hypothèse, en comparant la teneur en isotopes de l’hydrogène (protium et deutérium) des ailes de papillons arrivant autour du Bassin Méditerranéen au printemps et celles de plantes-hôtes en Afrique sub-saharienne. 
Les résultats sont sans ambiguïté. Beaucoup d’individus sont issus de chenilles africaines, nées d'oeufs pondus par les arrivantes ou leurs descendantes, surtout parmi les premiers apparus, en février.
Article source : DOI: 10.1098/rsbl.2018.0274
Photo : Vanessa cardui butinant. Cliché Marc Solari

1165 Les cultures ouvrières peuvent disparaître
Bien soignées, régulièrement approvisionnées en bon substrat de morceaux de feuilles garnies de liquide fécal, ces productions agricoles prospèrent et nourrissent la progéniture des ouvrières fongicoles qui s’en occupent. C’est une monoculture souterraine, celle du champignon Leucoagaricus gongylophorus pratiquée par la fourmi coupeuse de feuilles Acromyrmex. Entre eux, perdure une relation de mutualisme dans laquelle entre aussi Pseudonocardia, une bactérie. Cette dernière forme un biofilm sur la cuticule des fourmis et a pour rôle d’éliminer le champignon mycophage spécialiste Escovopsis, à coups d’antibiotique. Un partenariat complexe mis au point au fil de l’évolution.
Escovopsis est maîtrisé mais reste en embuscade, comptant sur ses métabolites ad hoc. Une équipe germano-danoise vient de caractériser deux sécrétions de ce champignon, la mélinacidine et la shearinine. Le premier facteur de virulence est un antibiotique débilitant et fatal pour Pseudonocardia.
Le second agit aussi sur le système nerveux de l’ouvrière. Intoxiquée, celle-ci ralentit ses mouvements et passe beaucoup de temps immobile. Et peut en mourir.
Ecovopsis supprime ainsi l’arme dont disposent les fourmis contre lui et les manipule pour qu’elles ne s’occupent plus du nettoyage des meules de champignon. Il peut ainsi prospérer dessus, affamer et ruiner complètement la colonie.
Ce qui arrive en cas de stress subi par celle-ci.
Article source (gratuit, en anglais)  
Photo : ouvrière d'Acromyrmex volcanus en son jardin.
NDLR : les coupeuses de feuilles du genre Atta luttent chimiquement et non biologiquement contre les parasites de leur culture, par des jets d'acide formique.

1164 Pourquoi tes jambes interminables ?
La défense de la partenaire sexuelle par le mâle, contre d’autres prétendants ou des prédateurs, est bien étudiée chez les Orthoptères. Trois hypothèses pour l’expliquer : l’éjaculat est retenu plus longtemps par la femelle, le mâle gagne le temps de produire un nouveau spermatophore, les rivaux sont tenus à l’écart. Chacune a été vérifiée chez des espèces ad hoc.
Et dans le cas du Weta de Waitomo, Pachyrhamma waitomoensis (Orth. Rhaphidophoridé) muni de très longues et grêles pattes postérieures ? 35 cm du bout des antennes aux tarses postérieurs. Cette énorme sauterelle aptère est un omnivore nocturne, qui se replie en groupe (une centaine d’individus de tous âges) la nuit dans les grottes.
La position d’accouplement, la femelle encagée dans les pattes postérieures du mâle, est tenue des heures durant. Le coït ne dure pourtant qu’1 minute et est répété. Autour règne une grande agitation due au grouillement des larves et d’autres cavernicoles, dont des wetas d’autres espèces.
Murray Fee et Gregory Holwell (université d’Auckland, Nouvelle-Zélande) ont filmé ces rassemblements en lumière infrarouge, sans intervention ou en dérangeant les couples toutes les 5 ou 10 minutes. Ils ont aussi disposé dans la grotte des « modèles » mécaniquement modifiés (3M) de weta mâles (congelés) avec des pattes allongées ou raccourcies.
Il en ressort que ces pattes immenses n’empêchent pas les rivaux de venir perturber la copulation. Elles tiennent à distance les perturbateurs que sont les larves. Plus longues elles sont, plus l’acte dure longtemps et plus il y a de coïts. Les 3M avec extensions assurent aussi une protection contre le dérangement. La sélection qui a fait les pattes III démesurées a joué sur ce trait.
À la question du titre « Pourquoi... » de Madame W. de W., Monsieur peut affirmer « C’est pour pas que les enfants nous embêtent ».
Article source : DOI: 10.1098/rspb.2018.0401
Photo : couple de Wetas de Waitimo. Cliché U. d’Auckland

1163 Rouge vénéneux
Des chercheurs de l’université d’Exeter Royaume-Uni), épaulés par des collègues de l’université de Copenhague (Danemark), aidés par des entomologistes cornouaillais et français du groupe GIRAZ-Zygaena ont évalué la correspondance entre la brillance du signal aposématique (avertisseur de danger) et la réalité de ce danger.
Leur modèle : la Zygène de la filipendule Zygaena filipendulae (Lép. Zygénidé), alias Zygène du pied-de-poule. Le papillon a les ailes antérieures noires (à reflets bleu-vert) avec 6 points rouges et les ailes postérieurs rouges bordées de noir. Sa livrée ostentatoire, à base de ptéridines pour le rouge, avertit les prédateurs potentiels, les oiseaux, de sa toxicité. Le papillon contient en effet du cyanure sous forme de linimarine et lautostraline. Ces composés sont récupérés pour la formation de la cuticule puis recréés par l’imago. La femelle en reçoit du mâle en cadeau nuptial.
Il est admis que l’aposématisme a un coût en ressources pour les individus et que la sélection n’a retenu que les cas où il se justifie. Les individus de notre zygène sont plus ou moins voyants, certains arborant des couleurs délavées. Ces derniers sont apparemment plus en danger et pourraient contenir moins de toxique.
L’étude a porté sur 107 individus fraîchement éclos, les chenilles ayant été récoltées en nature en France, au Danemark et sur place. Chacun, congelé, a été photographié sous 4 longueurs d’onde de lumière, ultra-violet compris. Les images ont été analysées « du point de vue oiseau ». Leur teneur en cyanure a été parallèlement mesurée.
Il n’y a aucune corrélation entre ces caractéristiques chez les mâles. Les femelles les plus toxiques ont des ailes plus petites mais plus colorées. Celles-ci ont en général les ailes plus pâles.
Donc, du point de vue de l’oiseau, il ne faut pas se fier à la signalisation. L’aposématisme n’est pas fiable.
Lequel oiseau doit avoir d’autres informations sur sa proie potentielle, car il évite toujours la Zygène de la filipendule : on a observé que de très rares cas d’oiseaux becquetant cet insecte.
Article source : doi: 10.1111/evo.13505
Photo : Zygène de la filipendule in copula. Cliché Alain Ramel.
NDLR : on n’a jamais vu une chenille de Zygène de la filipendule se nourrir de filipendule.

Maladie de Lyme : le kit pour tester sa tique, une fausse bonne idée, par Jean-François Cosson.   The Conversation, 19 juin 2018.

Les charmes discrets des insectes fossiles,
par Romain Garrouste et André Nel. The Conversation, 18 juin 2018.

Les tiques et leurs bactéries : association de malfaiteurs
, par Olivier Duron. The Conversation, 6 juin 2018.

Insectes anglais - 30 ans d'observation,
par Willy l'Agriculteur. Seppi, 1er juin 2018.

Des drones pour combattre la chenille processionnaire du pin
, par Alexis Riopel. Le Monde, 5 juin 2018.

Les insectes et les bactéries comme alternative aux pesticides, par Alexis Riopel. Le Monde, 5 juin 2018. (abonnés)

maiÀ cliquer

1162 Entomilk et Cancrelait
Il est de la dernière mode de manger de l’insecte, pour sauver la Planète ou par curiosité. Tel quel, le petit animal n’est pas ragoûtant pour tout le monde et on le préférera sous forme de farine ajoutée à des mets classiques. C’est bourré de protéines et pauvre en graisses. Et l’on trouve par exemple de la farine de grillon entre 75 et 390 € le kilo.
Encore plus tendance, le lait d’insecte.
Entomilk, de la firme sud-africaine Gourmet Grubb ressemble à du lait. Il est fabriqué à partir d’ « insectes d’élevage ». Le produit a toutes les qualités, nutritionnelles et environnementales. Il est proposé aux amateurs sous forme de glaces.
Mais le nec plus ultra du lait d’insecte est le lait de la blatte Diploptera punctata (Blatt. Blabéridé), originaire de Polynésie, qui accouche d’une quinzaine de cafardeaux vivants, nourris durant 2 mois par un lait sécrété par la paroi de la chambre génitale. Sa valeur nutritionnelle a été mesurée en 2016 en Inde sur des cristaux prélevés dans l’intestin moyen des embryons. Trois fois plus calorique que le lait de buffle, 4 fois plus protéiné que celui de vache, et bien sucré. Mais pas forcément potable...
Il faut sacrifier un millier de cancrelats pour en obtenir un petit verre. Les katsaridaphiles devront attendre qu’on fasse fabriquer ce lait miracle par des levures génétiquement cafardisées.
Pour l’heure, il se répand sur Internet.
D’après, entre autres, « South African firm sells "insect milk" as next superfood » lu le 28 mai 2018 à www.xinhuanet.com/
Photo : femelle de Diploptera punctata accouchant d’une portée de larves. 
À (re)lire : Une mère modèle, Épingle de 2016.                

1161 4x4Poll
Au cas où les insectes pollinisateurs finiraient par ne plus faire leur boulot à cause des mauvais traitements qu’on leur inflige, on est parés.
D’aucuns comptent sur des insectes artificiels, tout petits, nombreux et volants, comme les Robo-bee et ceux annoncés dans dernier projet de Walmart, qui a pris le brevet de « véhicules sans équipage incluant un applicateur de pollen ». Définition vague...
BrambleBee, lui, est réel même s’il n’est pas parfaitement achevé. C’est un engin à 4 roues motrices, autonome, guère plus encombrant qu’une brouette. Il possède un bras multiarticulé tenant une petite brosse (pas en poil de bourdon mais fabriquée par une imprimante 3D) et un appareil photo. Il a le plan de son espace de travail (une serre) dans son cerveau et, grâce à un lidar, il va se placer successivement devant chaque pied – de mûrier en l’occurrence, plante autogame -, repère les fleurs prêtes à être pollinisées, leur passe un coup de brosse et le pollen va de l’anthère au pistil. Et notre VSCTC (véhicule sans chauffeur à tête chercheuse) s’efforce de ne pas en oublier.
Comme le dit Yu Gu, roboticien à l’université de Virginie (États-Unis) qui a mis au point le prototype, c’est cher mais ça fait aussi ce dont les insectes sont incapables : BrambleBee peut surveiller les plants durant la maturation et fournir au rubiculteur le nombre de baies saines de la future récolte.
D’après « This robotic pollinator is like a huge bee with wheels and an arm », lu le 23 mai 2018 à //www.wired.com/
Illustrations : BrambleBee, cliché Ygu, et NewBees, Greenpeacevideo.          
NDLR 1 : les « hommes-abeilles » chinois qui pollinisent les poiriers à la main « faute d’insectes », le font pour des raisons arboricoles : la pollinisation entomophile n’est pas efficaces du fait de la composition particulière des vergers. L’histoire (présentée tronquée) sert aux développeurs d’engins pollinisateurs.
NDLR 2 : on ne demandera pas à BrambleBee de cueillir les mûres. C’est le boulot de machines récolteuses sans cerveau tractées ou enjambeuses.

1160 Plus long mais moins long
Chez les fourmis qui s’approvisionnent loin du nid, comme chez les coupeuses de feuilles ou les moissonneuses, il s’établit des routes, par décision collective. Les exploratrices marquent leur chemin d’une phéromone de piste et recrutent des ouvrières récolteuses qui suivent cette piste et la renforcent de leurs propres sécrétions ; elles dégagent aussi la voie en enlevant les obstacles mobiles. Ce mécanisme très simple peut conduire à l’établissement de réseaux très complexes et efficaces, minimisant l’énergie consommée.
La fourmi « Matabele » Megaponera analis (Hym. Ponériné) se nourrit de termites qu’elle va prélever et consomme au nid. Des exploratrices partent à la recherche de termitières. L’une d’elles une fois trouvée, la fourmi rentre au nid le plus vite possible mobiliser une troupe de plusieurs centaines d’individus qui partent en colonne attaquer leurs proies.
Le chemin que suit l’exploratrice au retour n’est pas le chemin le plus court, mais celui par lequel on arrive le plus vite. Et c’est ce chemin, déterminé par une seule ouvrière et non collectivement, que suit la troupe en quête de termites à croquer.
L’étude a été faite dans le parc national de la Camoé en Côte d’Ivoire, en zone de savane plus ou moins humide, sur 8 fourmilières. L’herbe a été coupée alentour sur 20 m de rayon. Les myrmécologues (de l’université de Würtzburg en Allemagne et de Lausanne en Suisse) ont d’abord observé les raids ; ils ont ensuite aménagé des routes artificielles en terre et observé (notamment chronométré) au bout de 2 semaines les allées et venues des fourmis.
En cheminant sur les pistes aménagée, pourtant plus longues que la ligne droite en terrain naturel, les fourmis, qui marchent 2 fois plus vite sur la terre battue que dans l’herbe, gagent un tiers de temps de parcours.
Il se pourrait que l’exploratrice, face au choix de rentrer directement ou par le détour aménagé, se fie à un angle (que fait le départ du détour avec la ligne directe) connu d’elle, éventuellement par apprentissage. Le mécanisme reste à élucider.
On a là le premier cas observé d’optimisation de trajet par un individu seul.
Article source : doi : 10.1242/jeb.174854
Photo : retour des « Matabele » chargées de leurs proies.
À (re)lire, ci-dessous : Sœurs infirmières.

1159 À table, tambour battant !
Les insectes eusociaux indiquent à leurs compagnons de la colonie la disponibilité d’une source de nourriture et les incitent à se bouger par différents moyens. Le plus sophistiqué est celui de l’Abeille mellifère qui danse en huit. On connaît les pistes chimiques des fourmis, termites et mélipones. Dans d’autres cas, l’indication n’est pas précise, c’est juste un signal de recrutement de récolteuses, à l’instar de la vibration des ouvrières de la même Abeille qui incitent à aller assister à la danse, des phéromones des glandes tergales des bourdons ayant fait bonne récolte, des vibrations thoraciques et les bourrades des mélipones et de diverses gesticulations des fourmis. Mais rien d’évident chez les guêpes (Vespidés).
On a observé, notamment chez la Guêpe germanique Vespula germanica, des coups portés au substrat par l’abdomen. Ils ont été interprétés a priori surtout comme un signal de faim.
Benjamin Taylor et ses collaborateurs, du LaGuardia Community College à New-York (États-Unis) ont déterré 6 colonies de Guêpe germanique et placé la reine avec des ouvrières dans des cages transparentes reliées à l’extérieur. Dans l’antichambre, soit du sirop sucré, soit de l’eau pure pour les faire jeûner. Les sons des tambourineuses – typiquement 30 coups/min. - étaient enregistrés, ou leur étaient diffusés par haut-parleur.
Le tambourinement augmente avec l’apport de nourriture et cesse avec le jeûne. Il ne signifie donc pas un état de famine. Les mouvements des ouvrières et l’intensité des échanges de nourriture entre elles (trophallaxie) s’accroissent au son des coups d’abdomen. Ceux-ci provoquent peu de départs supplémentaires mais les ouvrières récoltent à cette occasion plus d’informations sur les sources de nourriture.
Les séquences de tambourinement durent de 4 à 137 secondes. Serait-ce un code pour des informations sur la localisation ou la qualité de la provende ?
Article source : DOI: 10.1007/s00114-018-1550-4
Photo : Guêpe germanique. Cliché C. Del Pico.

1158 Royalement immarcescibles
Les ouvriers et les soldats, qui s’affairent notamment à l’approvisionnement et à la sécurité, vivent quelques semaines : le roi et la reine qui produit 20 000 descendants par jour, plusieurs décennies. C’est bien naturel et l’explication est dans l’évolution du génome de chacun, selon les résultats obtenus par Daniel Elsner, Karen Meusemann et Judith Korb à l’institut de Zoologie de l’université de Fribourg (Allemagne), travaillant sur le termite champignonniste eusocial Macrotermes bellicosus (Blatt. Termitidé).
De la comparaison de l’activité des gènes dans les cellules de soldats et du couple royal, jeunes ou vieux, il ressort que chez ces derniers les différences sont minimes alors que chez les vieux soldats les éléments transposables (« gènes sauteurs ») sont fort nombreux. Ceux-ci sont connus pour leur propension à s’insérer n’importe où, causant l’inactivation de gènes essentiels. 
Particulièrement, la voie de signalisation Piwi-PiARN (testicule wimpy induit par l'élément P chez la drosophile - ARN non codant interagissant avec le Piwi) qui maintient l’intégrité du matériel génétique est fortement atténuée chez les soldats âgés alors qu’elle agit pleinement chez les vieux roi et reine. Ce qui explique leur longévité.
Si l’on considère la société de ces termites comme un super-organisme, le roi et la reine en sont le germen – ils assurent à eux seuls la perpétuation de l’espèce – tandis que les ouvriers et les soldats stériles sont le soma – un ensemble de cellules périssables en perpétuel renouvellement.
Au programme de nos entomogérontologues, l’atténuation de la voie Piwi-PiARN de la reine, qui devrait la faire vieillir, et l’étude du phénomène chez des termites à l’organisation sociale moins complexe, où le couple reproducteur devrait ne pas rester jeune aussi longtemps.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : reine de Macrotermes bellicosus. Cliché Judith Korb

1157 Plus de filles, tu meurs
Quand une maladie transmissible atteint un groupe jusque-là indemne, on recherche l’individu qui l’a apportée et transmise. C’est le patient zéro. On s’efforce surtout de relier la sévérité de l’infection aux conditions de l’exposition au pathogène, à sa pénétration dans les hôtes et à sa transmission entre ceux-ci. Quid de l’influence des traits individuels des victimes et de leur structure sociale sur la probabilité d’être atteint ?
C’est ce qu’ont voulu évaluer des chercheurs de l’université Rice (Houston, Texas, États-Unis) sur des Mouches du vinaigre. 66 lots de 12 (individus vierges, sortant de 10 jours d’isolement) de 3 génotypes et de 5 taux sexuels : 0, 33, 50, 67 et 100 % de femelles, ont été constitués 2 fois à 1 jour d’intervalle, durant 1 heure chaque fois. Avec un individu supplémentaire – le patient zéro -, mâle ou femelle, infecté par Metarhizium robertsii, un champignon entomopathogène généraliste.
Tout le monde avait une tache de peinture sur le dos. Furent suivis leurs comportement d’agrégation et de copulation ainsi que le développement de la mycose. Puis chacun retourna dans son flacon d’origine pour mourir (éventuellement).
Ces comportements varient en fonction du taux sexuel et du génotype. Le risque d’infection dépend du sexe du patient zéro et de son activité sexuelle, ainsi que de la proportion de femelles dans le lot. Pas du tout du génotype.
Dans les groupes très « filles », la maladie se propage mieux, surtout chez les garçons. Lesquels courtisent avec un entrain décuplé et se disputent entre eux, d’où des interactions augmentées et donc une transmission facilitée. Quand le patient zéro est une patiente, les mâles ont 4 fois plus de chances de moisir ; le champignon respecte la parité s’il est un mâle. 10 % des femelles restées demoiselles attrapent la mycose, depuis des spores traînant par terre ou acquises en heurtant les autres mouches.
La démonstration du rôle important du social.
Article source : DOI: 10.1093/beheco/ary060   
Photo : droso infectée par Metarhizium robertsii. Cliché N. Keiser

1156 Vampires par soif
Le repas de sang est indispensable à la reproduction et implique le percement au travers de la peau d’un vaisseau sanguin. Certes. Mais ces satanées moustiques ne pourraient-elles pas se contenter de cette ponction, désagréable et dangereuse mais nécessaire à leur perpétuation et à leur participation à l’économie de la nature ?
On vient de montrer, à l’université de Cincinnati (États-Unis) que, par temps sec, les moustiques femelles piquent la peau de l’homme pour étancher leur soif. Aucune source végétale de liquide rafraîchissant ne leur convient, contrairement aux mâles.
Qu’il ait plu et que l’air soit humide et les moustiques nous piquent puis pondent dans les flaques, que le temps soit sec, elles nous piquent plus souvent…
C’est en observant l’agressivité particulières de moustiques Culex pipiens étudiés pour leur résistance à la sécheresse que l’on a cherché à en savoir plus. Le test consiste à compter les individus qui font un repas de sang (de poulet, au travers d’une membrane) dans une cage sur la paillasse, cage dans laquelle on souffle pour les inciter à la piqûre par le gaz carbonique. Normalement, 5 à 10 % des femelles piquent. Dans un air sec, ce sont 30 % et plus des moustiques du lot qui se précipitent ensemble sur l’abreuvoir.
Le résultat a été confirmé en « mésocosmes », de grandes cages installées à l’extérieur et vérifié sur d’autres espèces, Aedes aegypti et Anopheles quadrimaculatus.
La modification du comportement est liée à une perturbation du métabolisme du tréhalose (sucre).
Il est cohérent avec ce qu’on a observé sur le terrain, la fréquence accrue d’inoculation de maladies lorsque les collections d’eau disparaissent et les fleurs sèchent.
Les auteurs alertent sur les risques accrus de maladies transmises par moustiques liés à la répétition d’épisodes de sécheresses causée par le Réchauffement.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Elise Didion (UC) attire les moustiques au travers du grillage de la cage (chaleur humaine + C02). Cliché Andrew Higley

L'érosion du vivant, par Jacques Munier. France Culture, 25 mai 2018
[avec un éloge du moustique]

Un supergène pour la survie.
CNRS, 24 mai 2018.
[Heliconus]

La Guerre des Fourmis
, par Franck Courhamp et Mathieu Ughetti.
BD. Épisode 1.

Passion entomologie, par Benoit Gilles
Magazine en ligne spécialisé.

L'arbre aux cétoines
, par Vincent Albouy.
Nature ordinaire, nature extraordinaire, 22 mai 2018.

Biodiversité : quand l'oiseau fait de l'ombre à l'insecte
, par Julien Troudet et Frédéric Legendre. The Conversation, 8 mai 2018.

L'alchimie du bleu des fleurs
, par Florence Rosier. Le Monde (abonnés), 30 avril 2018.
avrilÀ cliquer


1155 « 22, v’là les poulets ! »...
… grince entre ses mandibules le Caloptène italien et stridule entre fémur et élytre le Gomphocère des alpages, alias Popeye, sur un ton proche de celui des cigales. Leur cri d’alerte est ici librement traduit du mandarin, la scène se passant en Chine.
La clameur monte des champs et des pâtures notamment autour de la préfecture d’Aksu, près du Kirghizstan. Ces locustes, respectivement Calliptamus italicus et Aeropus sibiricus (Orth. Acrididés), occupent en masse les lieux, sur plus d’1 million d’hectares, pour s’y repaître des plantes cultivées et spontanées.
Contre ces ravageurs (auxquels il faut adjoindre d’autres espèces), les autorités chinoises ont distribué à l’avance des poussins. Déjà 2 200 à Wouchi, dans le Nord-Ouest du Xinjiang, qui auront pu s’habituer à l’altitude et seront prêts à becqueter leur dose quotidienne de 600 criquets.
Le procédé a précédemment été mis en œuvre en Mongolie intérieure. Mais ça paraît bien petit comparé à l’opération de lutte biologique menée pendant plus de deux dizaines d’années juste avant l’an 2000 face à une invasion terrible de Criquet migrateur Locusta migratoria : sous la férule du gouvernement local du Xinjiang, 700 000 poulets et canards ont été mobilisés.
Les canards étaient dressés à fondre sur les envahisseurs et à les manger, au coup de sifflet.
D’après, entre autres, le billet d’Agathe Palaizines, lu le 28 avril 2018 à www.linfodurable.fr/environnement/
Photo : Gomphocère des alpages. Cliché Ueli Raz
À (re)lire : Elles aussi elles aiment les insectes - Les poules, par Alain Fraval. Insectes n°179 (2015-4). 

1154 Buller, oui mais pour quoi faire ?
Pour se refroidir la tête et le reste faute de pouvoir transpirer, répondent, expériences faites au Brésil, des entomologistes décidés à éclaircir ce mystère, qui résiste depuis longtemps. 
Ont donc fait des bulles (par la bouche) devant leurs instruments  - notamment une caméra thermique infra-rouge et un microtomographe - pas mal d’individus adultes de Chrysomya megacephala (Dip. Calliphoridé), dite Mouche des latrines (à l’asticot scatophage).
La mouche régurgite le contenu de son jabot, le ravale, le rerégurgite, etc. à plusieurs reprises, puis s'envole. La goutte, qui est comme une bulle de chewing-gum, se forme à partir du mélange d’aliment liquide, de salive et de substances antibiotiques. Elle peut atteindre 2 fois la taille de la tête.
La bulle à l’air se refroidit rapidement, perdant jusqu’à 8 °C par rapport à l’ambiante en 15 secondes. Une fois avalée, la température de la capsule céphalique diminue d’1 °C. Plus il fait chaud, plus la mouche fait de bulles. Ceci en atmosphère sèche.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Mouche stercoraire Scatophaga stercoraria (Dip. Scatophagidé) régurgitant. Cliché Jips 
À (re)lire : Knuth en fait baver aux mouches, par Alain Fraval. Insectes n° 171 (20013-4).
NDLR : Les Calliphoridés sont loin d’être les seuls insectes à faire une bulle orale, même quand il fait frais.  Ont été surpris par les photographes divers Diptères, Hyménoptères et un Cercopide notamment. Voir Une bulle pour deux, par Cybernadette et le fil Bullodrome du  forum Le Monde des insectes.
La production de la bulle doit avoir d’autres fonctions importantes (dans la digestion ?) car quand il s’adonne à cet exercice, l’insecte n’a peur de rien.

1153 Le sexe ou l’alcool
Notre – à nous les animaux - système de récompense est un ensemble de circuits neuronaux indispensable à notre vie. Vie durant laquelle il nous importe de nous reproduire ; c’est pourquoi l’éjaculation est un plaisir.
Elle se garde en mémoire comme un acte désirable, augmente le taux du neuropeptide F dans le cerveau et inhibe l’appétence pour l’éthanol, autre plaisir, pour peu que la copulation allât jusqu’au bout. Là, nous sommes chez la Mouche du vinaigre.
Des entomosexologues israëliens ont modifié génétiquement des drosos pour que l’éjaculation soit déclenchée par l’activation, par une lumière rouge, des neurones exprimant la corazonine (Crz = neuropeptide). Des mâles GM lâchés dans un olfactomètre (tube en Y) vont dans la branche du tube éclairée en rouge. Et se conditionnent à une odeur associée à ce lieu.
Après une série de coïts réussis comme après plusieurs activations de leurs neurones Crz, le taux de neuropeptide F augmente et la consommation d’aliment alcoolisé diminue.
Quant au plaisir des femelles, ça reste parfaitement obscur.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Mouches du vinaigre in copula. Cliché F.R. Ferrero 

1152 La colle tue
Les divers moyens mis en œuvre par les fourmis (Hym. Formicidés, presque 10 000 espèces) pour leur défense sont un objet d’étude inépuisable. Ainsi, à l’occasion d’une revue de la taxinomie du complexe de Colobopis cylindricus, fourmis charpentières d’Extrême-Orient, un fort groupe de chercheurs a pu apporter des précisions sur la vie et surtout le comportement d’autothyse chez C. explodens.
Autrefois nommée Camponotus saundersi (en fait un complexe d’espèces), elle a reçu un nom spécifique très explicite. En effet, cette fourmi explose.
Les ouvrières patrouillent sur les feuilles, mâchant les épiphytes, dont seules les levures semblent utiles à sa nutrition. Fort particulières sont les longues séances de « ménage » qu’elles effectuent, nettoyant l’épiderme du limbe, on ne sait dans quel but.
Les major sont phragmotiques ; autrement dit elles ont une grosse tête plate en bouclier qui leur sert à faire barrière aux envahisseurs en occultant les orifices du nid.
À l’instar de plusieurs espèces de termites, les ouvrières minor sont munies d’un lance-glu qui projette sur l’agresseur – très souvent une fourmi tisserande, le cas échéant la pince de l’entomologiste – un liquide visqueux, collant et irritant (et jaune) qui le neutralise. Cette colle est sécrétée par les glandes mandibulaires, énormes, qui s’étendent jusque dans l’abdomen et est projetée par la bouche. Souvent, la fourmi au contact de l’ennemi contracte ses muscles si fort que son gastre (partie distale de l’abdomen, au-delà du pétiole) se rompt d’un coup. La glu éclabousse et bloque le prédateur (et le lanceur) : 2 morts.
L’ouvrière se sacrifie ainsi pour la défense de sa colonie, composée de ses sœurs. Le phénomène d'autothyse mérite des investigations plus poussées, pour lesquelles C. explodens – que l’on sait élever – semble le meilleur modèle.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : résultat de l’explosion. Cliché Mark Moffet  
NDLR : l’altruisme poussé jusqu’au suicide a été observé également chez Forelius pusillus : chaque soir, un groupe de fourmis sortent et bouchent les entrées du nid de l’extérieur, puis meurent de froid – voir l’Épingle « Héroïques ». Les ouvrières de Temnothorax unifasciatus, sentant la mort venir, sortent du nid et vont crever dehors, une précaution contre les éventuelles infections.
Il est présent, sous une autre forme, chez Copidosoma floridanum (Hym. Encyrtidé) où les larves de la forme « soldat », chargées d’éliminer les parasitoïdes concurrents, n’ont aucun avenir – voir « Guerre des sexes ». 
On le connaît chez des pucerons gallicoles : les femelles âgées de Quadrartus yoshinomiyai participent à la défense en se collant (définitivement) à leur ennemi – voir « Le sacrifice de Madame Pot de colle » -, tandis que chez Nipponaphis monzeni les larves réparent les trous forés par des chenilles aphidiphages dans la paroi de leur galle en se vidant par les cornicules – voir  « Rustine suicide »   .
Enfin, la très connue et très commune Abeille mellifère ne survit pas à l’éviscération provoquée par le maintien de son dard (en harpon) dans la peau de celui qu’elle a pris pour une menace pour sa ruche.

1151 Mélange (d)étonnant
La Noctuelle de la tomate Helicoverpa armigera (Lép. Noctuidé), alias le Ver de la capsule du cotonnier de l’Ancien Monde, alias l’Armigère, est répandue en Afrique, en Asie et en Europe, ainsi qu’en Australie, et s’attaque à plus de 100 cultures dont notamment le maïs, le coton, la tomate et le soja. C’est un ravageur très mobile qui a développé une résistance à tous les insecticides.
Le Ver de l’épi du maïs H. zea, autrement dit le Ver de la capasule du cotonnier du Nouveau Monde, originaire des Amériques, a une gamme d’hôtes plus réduite et reste plus sensible aux traitements. Ce serait le lointain descendant d’une première invasion par H. armigera, il y a 1,5 millions d’années.
La Noctuelle de la tomate a pris patte récemment en Amérique du Sud (au Brésil en 2013), y a côtoyé le Ver de l’épi autochtone et… ils eurent beaucoup d’enfants, des hybrides fertiles.
Une équipe de chercheurs australiens a séquencé le génome de ces deux Helicoverpa ainsi que celui de 4 autres espèces du même genre, à la recherche de transferts de gènes (introgressions) entre elles.
Si les 4 autres espèce ne montrent pas de modification de leur génome, sur des individus capturés au Brésil des 2 ravageurs, ils ont trouvé divers degrés de mélange de gènes, affectant diversement les 13 chromosomes. La diversité génétique induite par l’installation d’H. armigera est considérable et les populations montrent un haut degré de polymorphisme. Ce qui induit des capacités d’adaptation accrues.
Tant H. zea autochtone que H. armigera d’origine européenne, mutuellement enrichis des gènes de l’autre noctuelle, risquent de voir leur potentiel ravageur augmenter.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : chenille de l’Armigère. Le Jardin de Lucie.


1150 Extension de l’entomosphère... .
..à la face cachée de la lune. L’entomosphère étant définie comme la portion de l’univers habitée par les insectes, ceux qui les étudient et ceux qui les aiment, elle s’étendra considérablement dès qu’un de ces êtres aura mis le tarse ou le pied sur le sol sélène.
C’est pour bientôt, cette année en principe, grâce à la mission chinoise Change’s 4. Deux fusées seront lancées, la première pour placer au-delà de la lune un engin chargé d’assurer les communications, la seconde pour déposer près du cratère Apollo - ou ailleurs mais sur la face cachée - un module qui ramassera et rapportera des échantillons de roches.
À bord du module, notre intrépide pionnier, Bombyx mori de son nom savant, Ver à soie pour tout le monde, insecte chinois s’il en est. Qui fera le voyage sous forme d’œufs, en compagnie de pommes de terre et de graines d’arabette des dames. Zhang Yuanxun, chef de la manip, a indiqué qu’ils élaboreront un petit écosystème dans une boîte en aluminium soigneusement protégée des éléments. À B. mori la charge de produire le gaz carbonique, aux pommes de terre celle de dégager de l’oxygène.
D’après « Exploring the lunar far side: China wants to grow plants and insects on the moon », par Kulkil Bora. Lu le 2 janvier 2018 à www.ibtimes.co.in/

1149 Les carabes rétrécissent
De nombreux travaux de laboratoire, faits depuis un siècle sur des taxons divers, montrent que la taille des individus diminue si on les maintient à la chaleur. Mais en nature, beaucoup d’autres facteurs biotiques et abiotiques interviennent et peut-être que cette « loi » ne tient pas. Or la taille intervient dans la fécondité, la dynamique des populations, la transmission de pathogènes, la structure du réseau trophique et le rôle dans l’écosystème.
Une équipe d’une dizaine d’auteurs nord-américains s’est attelée à rassembler les données de la littérature, à examiner les variations de taille des spécimens récoltés depuis 30 à 100 ans de 8 espèces de Coléoptères Carabidés, dans 2 localités, et à élever des individus des mêmes espèces à une température plus élevée.
Les carabes choisis sont : Scaphinotus angusticollis, le Carabe des bois Carabus nemoralis, le Carabe noir Pterostichus melanarius, P. algidus, Euryderus grossus, Harpalus fraternus, Cymindis planipennis et Amara quenseli, nombreux dans la collection Spencer du Beaty Biodiversity Museum (Colombie britannique, Canada), de régimes alimentaires variés et facilement récoltés aux pots de Barber. C’est la longueur du bord interne de l’élytre (mesurée par un logiciel d’analyse d’images) qui représente la taille de l’individu.
Pour 95 % des carabes élevés au laboratoire, la taille diminue avec la température, plus chez les gros carabes que chez les espèces plus petites. La mesure des individus naturalisés montre que les grosses espèces ont rapetissé au fur et à mesure de l’évolution du climat local marquée par des automnes plus chauds mais des printemps plus froids. Les données de terrain correspondent relativement bien à celles obtenues au labo. Les organismes devraient diminuer de taille avec le réchauffement climatique. Une raison est que les animaux plus petits évacuent mieux la chaleur, leur surface étant relativement plus grande.
Article source (gratuit, en anglais) : DOI: 10.1111/1365-2656.12789

1148 Comment on engraisse les moustiques
Il faut s’y prendre à leur naissance et leur fournir une eau riche en algues et bactéries, leur provende, riche aussi en matières végétales, dont les microbes susdits se nourrissent. Ces dernières, feuilles et aiguilles, foin et herbes noyées, attire les femelles prêtes à pondre. Mais le plus efficace est de complémenter l’eau avec des engrais agricoles et horticoles. Ceux-ci, mélanges d’azote, de phosphore et de potassium (NPK), favorisent directement la prolifération des algues et bactéries en suspension.
Cela fonctionne de l’échelle du paysage (rizières, champs) à celle de l’assiette sous la plante en pot.
Au laboratoire, Frédéric Darriet (MIVEGEC, Montpellier) a procédé à l’élevage de deux espèces, Aedes aegypti et Anopheles gambiae (Dip. Culicidés) dans des bacs grands comme une feuille A4, remplis d’un litre d’eau, avec 3 doses de fertilisants et 2 de matière végétale (de l’herbe). Dans chaque bac, 100 larves de 1er stade de l’une ou de l’autre espèce, dont on suit le devenir. L’expérience cesse quand tous les moustiques se sont nymphosés, ont émergé ou sont morts.
Aucun traitement ne modifie le taux sexuel. Leur effet se manifeste très clairement sur la survie, multipliant son taux par un facteur entre 1,7 et 3, et sur la vitesse de développement qui est doublée jusqu’à quadruplée.
La stratégie de lutte contre ces moustiques vecteurs devrait inclure l’ajout de larvicides aux engrais : le spinosad (toxines de la bactérie Saccharopolyspora spinosa, autorisé en agriculture biologique), le pyriproxifen (fausse hormone juvénile) et le diflubenzuron (inhibiteur de la synthèse de la chitine).
Article source (gratuit, en anglais) : //doi.org/10.1093/jme/tjx231



1147 La monarchie à l’épreuve du Réchauffement
Le Monarque d’Amérique Danaus plexippus (Lép. Nymphalidé) est un papillon très connu pour les grandes migrations qu’il effectue, gagnant le Sud en automne et revenant au Nord au printemps. La chenille se nourrit uniquement d’asclépiades (Asclepias spp.), plantes riches en alcaloïdes et en cardénoïdes, qu’elle accumule pour se rendre toxique pour les prédateurs vertébrés – qu’elle avertit par sa livrée aposématique.
Bret Elderd, Matthew Faldyn et Mark Hunter, entomologistes états-uniens, on examiné le devenir possible du Monarque sous le climat plus chaud que le Réchauffement promet. Son avenir est sombre, à cause des jardiniers.
En effet, poussant sous de petits abris où la température est légèrement augmentée, la dose de cardénoïdes augmente dans les feuilles de l’aslépiade de Curaçao allochtone A. curassavica, au point que la plante-hôte devient toxique pour la chenille. Celle-ci prolonge sa vie larvaire et se métamorphose en papillons aux ailes avant raccourcies. Le phénomène ne se produit pas avec l’asclépiade rouge, autochtone, A. incarnata.
Or l’asclépiade introduite, qui plaît au Monarque, est désormais répandue partout. Car elle plaît aussi beaucoup aux jardiniers du Sud des États-Unis pour sa floraison tout au long de l’année, notamment.
Pour préserver le Monarque d’Amérique, déjà menacé par ailleurs, c’est l’asclépiade rouge qu’il faudra multiplier. Quant aux entomologistes, il leur faut recenser ce genre de piège écologique.
D’après « Global warming can turn Monarch Butterflies' favorite food into poison », le le 3 avril 2018 à //phys.org/news/
Photo : Monarque d’Amérique sur asclépiade de Curaçao. Cliché D. Walker

1146 Ce que sauterelle veut dire
Soit la sauterelle comme nom de tous les Orthoptères, Ensifères (porte-épée) et Célifères (porte-ciel ou porte-burin ?), avec les criquets et les grillons, qui mâchent leur nourriture et sautent de leur plus jeune âge à leur mort.
Rencontrer une sauterelle chez soi ou au boulot est très bon signe et annonce des accès de gaîté. On le lui fera aucun mal, faute de quoi il faut s’attendre à des calamités.
En revanche, en rêver signifie la perte ou la ruine, ou avertit qu’il faut prendre un maximum de précautions ou encore annonce que vos adversaires et ennemis vont se liguer contre vous. En Islam, c’est tout aussi funeste – et il est interdit de la tuer. Le psychanalyste interprétera un tel songe comme un désir de liberté, ou comme l’incapacité de s’établir.
La sauterelle porte de nombreux symboles ; elle est à la fois une peste et une bénédiction. La vue de ses cuisses vous rappelle qu’il faut bouger – et le dénouement sera heureux. Elles ne sautent jamais en arrière et vous signifient qu’il faut aller de l’avant pour s’en sortir. Leur instinct leur font choisir les meilleurs endroits ensoleillés : vous aussi suivez votre voix intérieure. Les longues antennes des Ensifères renforcent le symbole de l’intuitivité et font penser aussi à une connexion avec les anges et le divin.
Les sauterelles cessent de striduler lorsqu’un prédateur rôde, une bonne raison de porter une amulette la figurant, contre le mauvais œil et les mauvaises rencontres – la pratique date de l’Antiquité en Europe. En Afrique, cela attire la richesse.
Dans le dictionnaire des Gnostiques, elle représente l’état d’alerte.
Notre sauterelle, c’est la transformation finale de la déesse Aurore – alias Éos -, chargée d’ouvrir chaque matin les portes du jour, lassée de voir son amant Tithon, à qui Zeus avait accordé l’immortalité, vieillir éternellement.
D’après Internet, avril 2018.
Illustration : Grasshopper, par Joseph Kurhajec, 2014 – acrylique sur bois.
PS : « Ce que la chenille n’a pas mangé, les sauterelles le dévorent. » Ce proverbe n'est nullement entomologique ; il concerne les joueurs que les usuriers finissent par détruire.
   

Contre le paludisme, rendre le sang humain toxique pour les moustiques, par Florence Rosier. Le Monde. 22 avril 2017.
Dans la série Paludisme, la guerre d’usure (7/10).
Les scientifiques étudient la possibilité d’administrer à toute une population une molécule qui tue les anophèles.
[l’ivermectine est utilisée dans la lutte contre les myases des animaux de rente, avec des efffets secondaires : de nombreux articles dans Insectes.]
mars À cliquer
 
1145 À coups de pompes
Comment font-ils pour boire ? Peuvent-ils aspirer d’un coup ou petit à petit selon les circonstances ? En tous cas, ils boivent sans s’étrangler ; que ce soit du nectar (mâles) ou du sang de nos vaisseaux (femelles), les moustiques ingèrent activement et efficacement leur nourriture liquide. Ils disposent pour ce faire de 2 pompes, situées dans la tête le long de leur tube digestif au-delà du canal alimentaire : la pompe cibarienne, suivie du pharynx et de la pompe pharingienne (plus grosse), pompes actionnées par des muscles attachés à la capsule céphalique.
Affamés, collés sur une tête d’épingle, le rostre dans une goutte de liquide sucré et iodé, passés au synchrotron à rayons X, Aedes vexans et A. cinereus ont révélé le mode de fonctionnement de leur équipement à une équipe de chercheurs de L'Institut polytechnique et université d'État de Virginie (États-Unis), qui ont analysé les vidéos et exploité la tomographie. Ces résultats ont été complétés par la modélisation mathématique (dynamique des fluides).
L’aspiration par le moustique se fait selon deux modes : le mode continu, une suite de petites succions rythmées (= 4 Hz), déjà suspecté, et le mode « goulu », pour boire d’un coup une grande quantité de liquide. Dans ce cas, les pompes changent de puissance, la pompe pharyngienne traitant un volume presque 20 fois supérieur, et se dilatent presque en même temps (et non successivement). La dépense d’énergie est évaluée à plus de 1 000 fois plus élevée.
Le mode  goulu intervient pendant l’aspiration continue. À quoi sert-il ? Probablement à déboucher la tuyauterie, bloquée par une bulle ou un fragment de tissu ; et/ou à terminer le repas avant que l’hôte sente la piqûre de la femelle et réagisse (3 minutes chez Homo sapiens) ou qu’un prédateur arrive sur la fleur où se repaît le mâle. Le moustique dispose en tous cas d’un système souple et efficace dont on pourrait s’inspirer en instrumentation médicale.
article  source (gratuit, en anglais)
Photo : moustique préparé pour l’imagerie : collé à une tête d’épingle.

1144 Glu royale
Les larves des futures reines de l’Abeille domestique, alias mellifère, sont élevées à cette dignité et surtout à leur fonction de reproductrices par leurs nourrices qui les pourvoient, au-delà du 3e jour, en une alimentation spécialement riche, la gelée royale. Celle-ci est produite par deux organes pairs situés dans la tête des ouvrière, les glandes mandibulaires et les glandes hypopharyngiennes qui fournissent respectivement des acides gras (pH = 3,9) et des protéines principalement.
Ce qu’on a jusque-là beaucoup moins étudié, c’est la position particulière des futures reines. Les cellules royales, contrairement à celles du tout venant, sont grandes, verticales avec l’ouverture en bas. La larve puis la nymphe sont donc pendues au plafond. Elles sont pourtant dépourvues de tout système d’accrochage mais la gelée royale les retient.
Anja Buttstedt et ses collaborateurs de l’université de Dresde (Allemagne) ont vérifié que la gelée, dans la cellule, est très visqueuse et sert de colle pour retenir la larve. Pourtant, elle était liquide lors de leurs analyses (faites à pH 7). En conditions acides (pH = 4), celles de la nature, la protéine principale qui la compose (MRJP1) se polymérise avec l’apismine, autre protéine, en de longs filaments, qui donnent sa structure et sa fonction de glu à la gelée royale. Le mélange des sécrétions fluides des glandes et donc l’acidification se ferait à l’extérieur du corps de la nourrice, qui pourrait agir sur la qualité adhésive de la colle-aliment.
Article source (gratuit, en anglais)

Photo : une cellule royale.

1143 Choisir une antenne
Quel est le meilleur modèle ? Ce récepteur de phéromone de rapprochement des sexes, si important dans la sélection sexuelle, doit être aussi sensible que possible tout en restant léger et peu encombrant.
Deux types sont en service chez les papillons de nuit (Hétérocères) mâles : le type bipectiné (en double peigne) et le type filiforme.
Un flagelle d’antenne avec de nombreuses ramifications offre beaucoup de sites pour les sensilles olfactives : la place sur l’antenne monobrin est comptée. D’où, pour ce dernier type, la nécessité de dispositifs spéciaux pour augmenter la sensibilité ; c’est le rôle d’écailles, disposées de diverses façons.
Ce qui était pressenti depuis longtemps a été vérifié par une équipe australo-chinoise, qui a modélisé le revêtement écailleux à partir de vues au microscope électronique à balayage et a fait « tourner le modèle » avec des nanoparticules représentant la phéromone et la poussière.
Les écailles créent effectivement une zone de calme au-dessus des sensilles ; de plus, elles repoussent les particules plus grosses, les poussières. Ce qui compte pour les papillons,  qui n’arrivent pas à toiletter leurs antennes jusqu’au bout.
Le bénéfice des écailles, en terme de détection de l’odeur de la femelle, est supérieur chez les petits papillons.
La corrélation positive entre angle des écailles et effectif de sensilles est vérifiée chez les Héliozélidés.
Chez les grosses espèces, le supplément de poids et de traînée aérodynamique est bien supporté : ils peuvent avoir des antennes spectaculaires.
D’après « It's not only size, but scales that matter in some male moth antennae », lu le 13 mars 2018 à https://phys.org/news/
Photo : Antispila metallella, Lép. Héliozélidé. Cliché Mark Skevington  
  

1142 Moustique saboté, palu évité
Le forçage génétique d’organismes nuisibles a été proposé dès le début du siècle. Il consiste à incorporer dans une population un gène « forcé » défavorable qui pourtant se répand dans la descendance. Techniquement, on se sert de « ciseaux génétiques ». La méthode CRISPR/cas9, découverte en 2013, permet un ciblage fin et s’est révélée très efficace chez la Mouche du vinaigre et des moustiques.
Armés de cet outil, des chercheurs de l’école Bloomberg de l’université Johns-Hopkins  (Baltimore, États-Unis), du CNRS, de l’INSERM et de l’université de Strasbourg viennent de créer un moustique Anopheles gambiae (Dip. Culicidé) incapable de transmettre le paludisme (alias malaria). Cette maladie, causée par le protozoaire Plasmodium falciparum, est responsable chaque année de 400 000 morts surtout en Afrique subsaharienne.
Gorge Dimopoulos et ses collaborateurs sont parvenus à éteindre le gène FREP1 qui code pour une protéine de l’immunité et qui, selon un mécanisme que l’on ne comprend pas encore, permet la survie du parasite dans le tube digestif du moustique  (facteur d’hôte). Les individus potentiellement vecteurs ainsi « sabotés » ne montrent plus aucun sporozoïte dans leurs glandes salivaires et ne sont donc pas infectieux.
Le procédé pourrait être appliqué en lutte antivectorielle, en lâchant des moustiques sans FREP1 qui remplaceraient leurs congénères sauvages, de façon d’autant plus pérenne que le moustique ainsi saboté possède un potentiel reproductif (fitness) normal. Ou presque : il se développe plus lentement, pique un peu moins, est moins fertile.
Le forçage génétique est considéré par d’aucuns comme dangereux pour l’environnement.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo (juste pour faire joli) : larves de moustiques transgéniques fluo. Cliché Dong Y.  
NDLR : CRISPR se désigle en courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées...

1141 Les troisième-âge s’exposent

Ce sont eux qui affrontent l’ennemi, au risque d’y laisser leur cuticule. Les jeunes dans la force de l’âge restent au près du roi et de la reine, ce qui est noble aussi et moins risqué.
Ce polyéthisme (comportements différents) est prévisible : avec l’âge, le temps qu’il reste à vivre diminue et la société peut plus facilement supporter le sacrifice des individus en bout de parcours que celui de qui peut encore servir longtemps.
Une équipe japonaise vient d’établir la réalité de cette règle, moralement douteuse, chez le termite japonais Reticulitermes speratus (Blatt. Rhinotermitiné), en organisant notamment des combats dans des nids artificiels au labo : une petite troupe (2 soldats jeunes ou vieux ou soldates et 5 ouvriers ou ouvrières), installée dans une arène en carton dans une boîte de Petri, doit empêcher une fourmi Brachyponera chinensis (Hym. Ponériné) de passer l’entrée.
Chez les termites, la société se divise en ouvriers/ouvrières stériles et en soldats/soldates stériles (à tête renforcée, qui vivent jusqu’à 5 ans), en plus du couple reproducteur (dit royal).
Une société paritaire donc. Où, autre résultat de l’étude, ce sont le plus souvent les vieilles femelles qui servent de bouchon sacrificiel.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : soldat de Reticulotermes speratus
 
1140 L’ordre ancien est aboli
Il vacillait depuis 1934. Paul Eggleton et deux collaborateurs l’avaient même publié en 2007 sous le titre « Death of an order » - La mort d’un ordre.
Il est mort. C’est fait. C’est officiel. Le comité de nomenclature de l’Entomological Society of America vient de l’entériner. On ne parlera plus d’Isoptères pour désigner les termites. Ceux-ci sont une famille (extraordinaire) de l’ordre des Blattodea, autrement dit ils sont des cafards eusociaux. Il y en a 281 genres.
D’après « It’s official: Termites are just cockroaches with a fancy social life », lu le 1er mars 2018 à https://www.sciencenews.org/
Photo : Mastotermes darwiniensis, Blatt. Termitidé australien. Cliché CSIRO/Wikimedia Commons
NB : ceci ne devrait surprendre aucun lecteur d’Insectes, où l’on a adopté Blattodea Termitidés depuis au moins le n° 125 de 2002.

1139 MST : l’explosion
Les cigales périodiques nord-américaines sont victimes, pour 2 à 5 % d’entre elles, mâles comme femelles, d’une mycose à Massospora cicadina (Entomophthorale) qui se manifeste l’année sur 13 ou 17 où l’imago émerge, cymbalise, ponctionne, copule, pond… Non seulement, le champignon cale son cycle sur celui, très spécial, de son hôte mais encore manipule le comportement de celui-ci pour assurer sa perpétuation.
Deux stades sont distingués : celui de la production de conidiospores haploïdes (I) et celui de la formation de spores de résistance diploïdes (II). Le champignon se développe dans l’abdomen de son hôte, le remplissant d’un feutrage blanc.
Le mâle infecté par M. cicadina au stade I marche normalement ; il se met à agiter ses ailes exactement à la façon des femelles désirantes et acceptantes. Ses gesticulations explicites attirent les mâles désirants des alentours, tout à fait sains, qui essayent de s’accoupler avec lui. Ceux-ci attrapent des conidiospores et, toujours agitant les ailes, connaissent des femelles et les contaminent. Pourtant beaucoup de mâles porteurs ne sont pas en état de prétendre à une étreinte : leur abdomen a enflé et a explosé, les privant de leurs moyens, au sens physique.
Les partenaires des deux sexes de ces mâles impuissants se retrouvent infectés par le stade II du champignon, et l’extrémité de leur abdomen enfle jusqu’à éclater, pareil – ce qui ne les empêche pas de voler et de disséminer les propagules du pathogène. Les spores tombent au sol ; elles contamineront les cigales de la génération suivante qui émergeront 13 ou 17 ans plus tard.
La manipulation fait de la mycose une maladie sexuellement transmissible, au moins en partie. Ce cas, après d’autres, illustre la notion de phénotype étendu du parasite.
Travaux récents d’entomologistes de l’université du Connecticut (États-Unis), complétant des observations antérieures.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : un mâle sain (à gauche) avec les pièces génitales déchirées d’une femelle infectée (à droite). Cliché des auteurs de l’article.
À (re)lire : Le chlorion et autres manipulateurs, par Alain Fraval. Insectes n° 163 (2011-4).

1138 Pour démarrer en fongiculture

Les fourmis du genre Azteca (Hym. Dolichodérinés) établissent leur nid dans les tiges creuses des Cecropia (Urticacées, bois-canon en Guyane), des arbustes de lisière. Elles chassent des proies, notamment les fourmis-manioc défoliatrices et des cochenilles déprédatices, et se nourrissent des corps de Müller (à la base des feuilles), tout en cultivant des champignons ascomycètes.
Ceux-ci sont-ils prélevés dans la nature là où la reine établit une nouvelle colonie ou bien sont-il apportés par elle, depuis la colonie-mère ? La reine a-t-elle un régime fongivore ?
Au Costa Rica, Veronika Mayer, de l’université de Vienne (Autriche), et ses collaborateurs ont examiné de jeunes plants de Cecropia, pour y observer le tout début de l’installation des Azteca. Ils ont comparé l’ADN des espèces fongiques colonisant les petites meules de parenchyme dilacéré et amassé par la reine (parenchyme qui sert aussi à boucher le trou du creux où elle s’est installée) avec celui des champignons des nids environnants. Ils ont aussi disséqué les poches infrabuccales de reines fondatrices  et marqué les champignons à l’azote 15 .
Il en ressort que c’est la reine qui apporte les spores à l’origine de la culture, laquelle démarre avant qu’elle commence à pondre. Elle ne mange pas les champignons mais en nourrit les larves de ses futures ouvrières qui s’occuperont de leur culture.
La fongiculture semble bien la clé de la réussite de l’implantation de nouvelles domaties par ces fourmis polyphages.
Article source (gratuit, en anglais) 
Photo : (a) : parenchyme des parois de la domatie (creux de la tige), partiellement gratté par la reine (cercle rouge) ; (b) meule initiale de champignons (Chaetothyriales) amassée par la reine – Azteca xanthocroa – qui a pondu (cercle rouge) ; (c) et (d) : hyphes et conidiophores.


Vision des insectes. III : récepteurs physiologiques, couleurs et polarisation, par Benoît Gilles. Passion entomologie, 27 mars 2018.

Scène de crime : quand les insectes mènent l’enquête,
par Romain Garrouste et Salman Shayya . The Conversation, 21 mars 2018.

Le secret des écailles de papillons
, par Myriam Gauthier. Le Quotidien, 19 mars 2018.
[Tordeuse des bourgeons de l'épinette, Choristoneura fumiferana (Lép. Tortricidé)]

Les premières fourmis mutantes privées de leur odorat
Voir l'Épingle Une société de nez
Fourmis : comment elles protègent la colonie des infections
Voir l'Épingle Prophylaxie sociale ci-dessous
Les fourmis, redoutables stratèges militaires
Voir l'Épingle Sœurs infirmières ci-dessous.
Le Monde, 12 mars 2018 (abonnés)

Harmonia n° 19,
12 mars 2018
[Coccinellidés]

L’évolution remarquable des araignées Ariamnes d’Hawaï
, par Jacqueline Charpentier. Houssenia Writing,  9 mars 2018.

Le mustique-tigre éradiqué par accident
, par Pierre Barthélémy. Le Monde (abonnés), 6 mars 2018.
Aedes albopictus (Dip. Culicidé)
février À cliquer

1137 Comment faire un nez de sphinx
Comment faire qu’une intelligence artificielle apprenne vite ? En lui épargnant les longs processus d’apprentissage profond, faits essentiellement de rétroactions pour renforcer les connexions de ses « neurones ». En la dotant des mécanismes naturellement à l’œuvre dans l’« apprentissage léger » des papillons.
Ceux-ci sont en effet capables, avec leur minuscule cerveau, de reconnaître une odeur au bout de quelques contacts seulement, grâce à un système totalement différent de celui que les roboticiens-informaticiens utilisent.
Charles Delahunt et ses collègues de l’université de l’État de Washington à Seattle (États-Unis) viennent  de mettre au point un réseau neuronal artificiel qui mime celui du Sphinx du tabac Manduca sexta (Lép. Sphingidé).
Le fonctionnement du système nerveux du sphinx, bête de labo, est bien connu des entomoneurologues. Les signaux passent par 5 sous-systèmes. Au départ sont quelque 30 000 sensilles chemoréceptrices situées surtout sur les antennes, qui transmettent, via leurs axones, leur excitation – faite de signaux comportant beaucoup de bruit - aux lobes antennaires du protocérébron, sous une forme unidimensionnelle. Là, une soixantaine de glomérules spécialisés chacun dans une odeur, relayent le signal, rendu pluridimensionnel, vers les corps pédonculés où 4 000 cellules de Kenyon (petits neurones) gardent en mémoire l’information. En 5e rang, quelques dizaines de neurones des lobes protocérébraux latéraux traduisent celle-ci en action - envol, prise de nourriture…- via les motoneurones.
Une récompense est délivrée dans les lobes antennaires et les corps pédonculés en cas de succès - la détermination de l’odeur a déclenché une action bien définie. La récompense est l’octopamine, qui favorise les liaisons entre neurones, renforçant l’apprentissage (postulat de Hebb : « des neurones qui stimulent en même temps, sont des neurones qui se lient ensemble. »)
Le modèle informatique de Delahunt et coll., calibré sur des mesures faites sur des papillons vivants, mime les 5 étapes du système neurosensoriel du sphinx. Il montre l’importance du changement de dimensions opéré dans les corps pédonculés pour nettoyer le signal et de l’octopamine, sans laquelle l’apprentissage est si long qu’il devient inutile, et qui pourrait aussi ouvrir de nouvelles connexions.
D’après « Why even a moth’s brain is smarter than an AI », lu le 19 février 2018 à www.technologyreview.com/
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : tête du Sphinx du tabac. Cliché Joe Garris.

1136 Le bupreste méfiant
Merimna atrata (Col. Buprestidé australien) est un des rares insectes pyrophiles. Il pond dans le bois d’eucalyptus récemment brûlé ; ses larves xylophages s’y développeront. L’imago possède des capteurs de température, sur les côtés de l’abdomen (disposition unique). En première hypothèse, on lui a attribué la faculté de repérer ainsi les incendies, pourvoyeurs d’hôtes pour sa progéniture.
Comme ces organes sont peu sensibles, cette fonction est apparue douteuse à  Helmut Schmitz (université de Bonn, Allemagne). Avec ses collègues, il a mené l’expérience suivante : le bupreste est collé à une épingle par le dos et ainsi suspendu : il peut battre des ailes, virer, sans avancer. Recevant des rayons infrarouges d’un côté, il se tourne… du côté opposé à la source. Ses récepteurs thermiques occultés par un fragment de papier aluminium, il « vole » tout droit, retrouvant son comportement normal dès qu’on enlève ces écrans.
La meilleure hypothèse est que le bupreste perçoit la chaleur des branches encore brûlantes, de façon à éviter de s’y brûler les tarses.
Cette espèce ne semble pas repérer les foyers à la vue. En effet, l’insecte ne réagit pas devant un écran lui montrant une vidéo d'un incendie de forêt.
Le Bupreste pyrophile Melanophila acuminata, ainsi que M. picta (ravageur et protégé en France), possèdent des organes de détection de la chaleur très différents, 500 fois plus sensibles que ceux de M. atrata et qui lui servent effectivement à détecter de loin les incendies.
D’après « Australian fire beetle avoids the heat: Its infrared organs warn the insect of hot surfaces », lu le 15 février 2018 à www.sciencedaily.com/
Photo : les flèches rouges indiquent les récepteurs thermiques. Cliché université de Bonn.
À (re)lire : Pyrophiles, ces insectes qui aiment le feu, par Bruno Didier. Insectes n° 156 (2010-1).

1135 Sœurs infirmières
On sait depuis peu que la fourmi « Matabele », Megaponera analis (Hym Poneriné) rapatrie toute consœur blessée au nid – voir l’Épingle Sœurs, Ô Sœurs !. Les chercheurs de l’université de Würtzburg ont poursuivi leurs investigations, au nord de la Côte d’Ivoire, observant notamment le comportement des congénères vis-à-vis d’individus vivants ou congelés dont ils coupaient (ou écrasaient) 1 à 5 fémurs et qu’ils plaçaient sur le chemin de retour des expéditions à l’attaque de termites.
L’ouvrière qui se retrouve avec un ou plusieurs moignons se tient bien tranquille « en position de sécurité » ; elle est repérée par les autres fourmis de la colonne à cette posture et par l’émission d’une phéromone « 112 », ramenée par les secouristes à la fourmilière puis soignée par le léchage de ses blessures par les sœurs infirmières.
Le procédé est très efficace : en 10 minutes la plaie est fermée. Une fourmi hexapode ou tétrapode a fini sa rééducation en 24 heures et marche au même train que les autres. Ainsi la colonie n’enregistre que 10 % de pertes. Au laboratoire, les fourmis blessées privées de secours ont 9 chances sur 10 de mourir.
Et les cas vraiment graves ? La très estropiée, à qui il manque 5 pattes par exemple, refuse tout acharnement thérapeutique, en se débattant comme un beau diable. Les infirmières la laissent finalement mourir.
Les raids de ces fourmis sont assez accidentogènes : 3 à 5 blessées chaque fois, ce qui fait une vingtaine par jour, parmi quelques centaines d’ouvrières. Un effectif à comparer à celui des naissances journalières qui est de 10 à 14. Cela  vaut donc le coup d’investir à la fois dans un comportement individuel responsable face à la mort et dans des soins hospitaliers efficaces.
Le phénomène semble unique chez les animaux non humains.
Article source : DOI: 10.1098/rspb.2017.2457
Photo : cliché  Erik T. Frank.

1134 Un termite ne contient qu’un tiers de termite
Le reste, c’est le microbiote, une foule de plusieurs milliers d’espèces de bactéries, hébergées dans le tube digestif. La plupart ne se trouvent nulle part ailleurs en nature. Ces endosymbiontes, indispensables, digèrent la cellulose et d’autres matériaux indigestes (comme la terre) pour le compte de leur hôte. Ils sont la clé du succès écologique des termites, dans les zones subtropicales et tropicales.
Leur vie sociale est favorable à une transmission verticale (de la mère à sa progéniture) de ces symbiontes et l’ancienneté du groupe a laissé le temps au développement d’une coévolution qui explique la teneur de ce microbiote. Selon d’autres entomologistes, les rencontres et les conditions propres à chaque lieu ont joué le rôle principal (transmission horizontale).
Pour évaluer la part des deux phénomènes, une équipe internationale a analysé le contenu du tube digestif de 94 espèces, par la technique du métabarcoding moléculaire qui permet de caractériser les composants d’un peuplement (mélange d’espèces).
Elle a également établi la phylogénie de 211 lignées bactériennes, issues de ces termites comme d’espèces voisines, grâce à l’outil informatique BLAST de comparaison de séquences.
Le résultat montre que, à côté de la transmission verticale, la transmission horizontale joue un très grand rôle ; on retrouve en effet dans chaque termite des bactéries d’autres termites, parents très éloignés.
L’acquisition de bactéries étrangères doit se faire à l’occasion des batailles, quand le vainqueur mange le vaincu.
La façon dont toutes les composantes du microbiote s’accordent pour « travailler » ensemble à la nutrition de l’hôte reste un mystère.
D’après « Termites' unique gut 'factory' key to global domination », lu le 8 février 2018 à //phys.org/news/ et l’article source (gratuit)
Photo : ouvriers d’Orthognathotermes, avec un soldat au centre. Le tube digestif est visible au travers de leur tégument transparent. Cliché Jan Šobotník.

1133 Plus forts que les Doryphores ?
Il a gagné et conserve le premier prix des envahisseurs ravageurs. C’est le Doryphore, Leptinotarsa decemlineata (Col. Chrysomélidé). Natif des États-Unis, se repaissant de morelle, il rencontra dans la Grande Plaine la pomme de terre apportée par les colons, qu’il adora et ravagea. Depuis, il a été répandu dans tout l’Hémisphère nord, s’adaptant à des climats différents, à d’autres solanées cultivées et sauvages, et… aux traitements insecticides, montrant une capacité particulière à évoluer rapidement.
La 9701e publication scientifique consacrée à cette peste laisse entrevoir qu’on pourrait venir à bout des dommages qu’il cause par un nouveau moyen de lutte : les ARN double-brin.
L’article livre les résultats du séquençage du génome de l’insecte (une femelle de New York), mené à bien par Sean S. Schoville (université du Wisconsin-Madison, États-Unis) et ses collaborateurs, qui l’ont comparé avec celui d’autres Coléoptères.
Parmi les gènes (nombreux) du Doryphore, une proportion relativement élevée pour un Coléoptère (17%) est à évolution rapide. Les gènes d’enzymes digestifs sont bien présents, à côté de ceux qui gouvernent la sensibilité gustative à l’amer, caractéristique des solanées. Ceux qui confèrent la résistance aux insecticides n’ont, de façon surprenante, rien de particulier.
Enfin les duplications dans le circuit de transcription (ARN messagers) expliquent pourquoi le Doryphore est vulnérable à un traitement par ARN interférents. De quoi appuyer les efforts de recherche sur cette technique de lutte.
Article source (gratuit, en anglais) 
À (re)lire : Pour en finir avec la mouche et Le Doryphore […] par Alain Fraval, Insectes n° 120 (2001-1).

Les petites parcelles agricoles favorisent les pollinisateurs et le succès reproducteur des plantes en Europe de l’Ouest.
INRA, 14 février 2018.

Le Moustique tigre voyage en auto.
IRD, 14 février 2018.
[Aedes albopictus]

Les ruches en ville, une fausse bonne idée,
par Nathalie Jolien. Le Temps, 5 février 2018.

Identification des Carabidae grâce à un nouvel outil web : la clé de détermination
"CarabiSad". INRA, 2017.

janvier À cliquer

1132 Prendre ses ailes à son cou
C’était il y a 99 millions d’années, à  l’endroit de la Birmanie actuelle. Vivaient là des Aliénoptères – ordre disparu depuis, proche des mantes et des blattes. Vivait là Caputoraptor elegans, un demi-centimètre, antennes longues à multiples articles, pièces buccales broyeuses, ailes antérieures courtes et coriaces, ailes postérieures longues, consommateur (probable) de pucerons des arbres et arbustes.
La femelle portait de chaque côté de la tête, juste sous les yeux, des expansions latérales, comme de petites ailes, qui s’adaptent parfaitement, comme les lames d’une paire ce ciseaux, à des denticulations de l’avant du prothorax quand elle pliait le cou. Armes de chasse ? Tout à fait improbable. Mais pince pour coincer le mâle, sur lequel elle grimpait, lors de l’accouplement, en lui tenant l'aile antérieure le temps nécessaire.
On doit la découverte de cet outil de contention unique dans le monde des insectes à une équipe germano-chinoise et à un morceau d’ambre. Les spécimens examinés, au moyen d’un système d’imagerie non destructif performant, ne comptent malheureusement que des larves et des femelles, pas le moindre mâle.
Article source (gratuit, an anglais)  
Photo : Benjamin Wipfer, un des auteurs, devant une reconstitution de Caputoraptor elegans. Cliché Jan-Peter Kasper/FSU 

1131 Comment trépider efficacement
Trépider, autrement dit faire vibrer le rayon de miel, est indispensable à l’Abeille domestique (alias mellifère). Pour communiquer.
Notamment, la danse frétillante d’une exploratrice, qui indique où trouver nectar et pollen, se fait sur une « piste » de cellules vides. Les ébranlements imprimés à la cire y sont mieux transmis que par des cellules operculées (habitées) et les congénères prennent connaissance du message plus facilement. Mais ceci se passe au milieu d’une trémulation dantesque.
Or le signal passe – il est distingué du bruit de fond par les destinataires - et, de façon surprenante, cette agitation générale est moindre si les abeilles sont plus nombreuses.
Ceci vient d’être découvert par Michael Smith et Po-Cheng Chen, de l’université Cornell (États-Unis), en plaçant  un accéléromètre 3D sur le rayon dans 5 ruchettes d’observation et ajouté des abeilles (jusqu’à 1 millier). De la mesure de nombreux paramètres, il ont conclu que l’effectif n’a pas d’effet sur la répartition de fréquence des vibrations et que leurs puissance et amplitude diminuent avec le nombre d’individus.
Plus il y a d’ouvrières, mieux les trépidations sont amorties.
Serait-ce dû au poids des individus qui « étoufferait » les ébranlements ? L’ajout d’abeilles mortes ne change rien.
Les abeilles tempèrent donc activement les vibrations. Sans doute à la façon d’agrafes, en s’agrippant à plusieurs cellules adjacentes.
Article source : doi: 10.1007/s00265-017-2399-9


1130 Pour en finir avec la Mouche
Musca domestica (Dip. Muscidé) est la mouche par excellence. Si elle occupe les écoliers avec ses acrobaties aériennes, elle dégoûte les autres humains. En effet, elle se nourrit, régurgite et défèque sur leurs nourriture et excréments, sur ceux des poulets et des cochons à la campagne, transportant des germes à l’occasion. On l’appâte, la piège, la grille, la colle, la noie, la flitoxe, lui colle une mycose à Beauveria, la fait dévorer par des guêpes parasites, des histers ou des nématodes. D’aucuns les aplatissent une par une (*).
Las, rien ne fonctionne bien, sans danger et pour pas cher. La plupart des populations sont désormais résistantes aux insecticides.
D’où le recours espéré à la lutte par ARN interférents, de petits ARN double-brin qui une fois ingérés provoquent l’extinction de gènes indispensables à un développement correct. Cette méthode de lutte inventée il y a plus de 10 ans est à l’œuvre contre quelques ravageurs des cultures aux États-Unis, où l’on dispose de plusieurs « protéines insecticides transgéniques ».
On sait depuis quelques temps que ça fonctionne sur les asticots. Les mouches adultes restaient réfractaires, jusqu’au travail de Neil Sanscrainte et de ses collègues états-uniens. Ceux-ci sont en effet parvenus à réduire fortement la fécondité des femelles, mesurée par la production d’ovarioles, en visant l’actine 5C ou la protéine des ribosomes RPL26 et RPS6.
Des ARN double-brin de moustique sont inefficaces. La méthode est parfaitement spécifique.
Les chercheurs ont jusque-là injecté les mouches une par une, dans le thorax, sur le côté. Il reste à trouver un moyen pratique de délivrer ces trouble-gènes aux adultes volants et vrombissants, suçants, bavants et chiants. 
Article source (gratuit, en anglais) 
(*) La Mouche pour cible, par Alain Fraval. Insectes n° 151 (2008-4). 
Image. Marcello Pettineo del.

1129 Comment tué Homard ?
La Suisse vient d’interdire d’occire un homard Homarus sp. (Dec. Nephropidé) en le plongeant dans l’eau bouillante. Cet arthropode crustacé est certes aux marges de l’entomosphère mais la nouvelle mérite pourtant un bref commentaire.
L’argument principal des abolitionnistes suisses est la souffrance infligée à l’animal qui leur est manifeste quand il gigote pour sortir de la bassine. Quid des araignées de mer et des crevettes ?
Les carcinologues, à quelques exceptions près, sont d’avis que le homard ne souffre pas. Son cerveau n’est pas assez perfectionné pour ça, à l’instar de celui des insectes.
Les insectes se font (se faisaient) ébouillanter dans de multiples circonstances et sans soulever la moindre réprobation(*).
Furent arrosés d’eau bouillante les pyrales sur les ceps de vigne, les charançons du blé dans les recoins des greniers, les capnodes, les eumolpes (alias gribouris), les criocères et les hannetons collectés, les fourmis et les guêpes au nid.
Y sont plongés pour en extraire un matériau notamment les vers à soie emmaillotés dans leur cocon, les Herméties qui seront moulues en farine, les Cochenilles du Mexique productrices de carmin, les blattes source d’une poudre à sniffer ou des cosmétiques et, jadis, les hannetons matière première d’engrais.
Passent directement à la casserole les criquets dans les gargotes de Vientiane ou de Marrakech, les chenilles de Notodontidés aux environs de Lubumbashi, les libellules à Bali, les éphémères au Japon (zazamushi) et pas mal des insectes prisés des entomophages, tous des mets délicieux (paraît-il).
Pour les entomologistes, les insectes des denrées doivent être plongés dans l’eau « à 99°C » avant de les envoyer se faire déterminer – et pareil pour les chenilles à conserver avec leurs couleurs.
Les insectes ainsi traités – à la barbe des autorités suisses - souffrent-ils ? Sans doute pas du tout, leur cerveau est du même niveau que celui du homard. Ils ont au plus des réactions d’évitement (nociception), pas ou peu spécifiques selon les espèces et peu efficaces. Une chenille parasitée, bourrée de larves d’Hyménoptères parasitoïdes qui lui dévorent les organes, continue de vaquer (jusqu’à un certain point). Un puceron ne s’interrompt pas de ponctionner la sève alors qu’une coccinelle lui dévore l’abdomen.
Ce qui n’est absolument pas une raison pour s’amuser à martyriser les arthropodes.
Quant à notre homard, les défenseurs suisses des animaux préconisent de l’électrocuter ou de le poignarder. On peut aussi le couper en deux d’un coup de machette selon le plan sagittal et cuire les deux moitiés symétriques sur de la braise.
D’après, entre autres, « La Suisse interdit la plongée dans l’eau bouillante des homards vivants ». Le Monde, 11 janvier 2018.
Carte postale : échaudage de la vigne contre la pyrale.
(*) Selon l’islam, il est interdit de brûler tout être vivant, donc de verser de l’eau bouillante dans les coins des pièces pour exterminer insectes et araignées : Ibn Massoud a en effet rapporté que Mahomet, passant devant une fourmilière brûlée, a réprouvé le geste.

1128 Elle est l’hyperpollinisatrice
Présente quasi partout sur les 5 continents – dans 89 % des lieux étudiés -, c’est elle la butineuse la plus fréquente sur les plantes spontanées, sur la Terre entière. Dans 13 % des observations, en moyenne – avec des scores allant de 0 à 83 % - c’est elle qu’on voit à l’œuvre. 5 % des plantes ne sont fréquentées que par elle, mais elle évite pas mal d’espèces végétales, lesquelles sont pollinisées par les concurrentes autochtones. Elle est plus active sous les climats tièdes sans grandes variations et sur le continent que sur les îles voisines. Son efficacité égale la moyenne de celle des autres pollinisateurs·rices.
Elle se nomme Apis mellifera (Hym. Apidé), l’Abeille domestique européenne pour tout le monde.
Ces statistiques originales ressortent d’un travail mené à l’université de Californie à San Diego (États-Unis) consistant en une plongée dans la « littérature » : les chercheurs ont repéré, « épluché » et trié les données disponibles. Ils ont retenu comme base de leurs calculs 80 réseaux de pollinisation, excluant les milieux anthropisés.
Les auteurs pointent l’exemple des environs de San Diego : la mouche à miel, introduite, effectue les 3/4 des visites aux fleurs des plantes indigènes, alors même qu’il y a plus de 650 espèces d’abeilles autochtones, sans compter les autres pollinisateurs. Les conséquences de ce phénomène anthropique pour les plantes comme pour les pollinisateurs indigènes restent à étudier.
L’étude vérifie la règle connue selon laquelle un pollinisateur même très abondant n’assure pas la reproduction de la communauté végétale et qu’un peuplement en bonne santé de divers pollinisateurs est toujours nécessaire. Elle a évalué que même en abondance, l’avette ne visite jamais plus qu’un peu moins de la moitié des plantes zoogames du site.
Abondante pollinisatrice supergénéraliste, la fille de l’Hymète modifie le succès reproductif et le comportement de ses compétiteurs, ainsi que la reproduction des plantes ; elle dissémine aussi des indésirables comme ses parasites et pathogènes.
L’écologie de la fille d’Aristée, en tant que partie du cheptel d’un apiculteur, est soigneusement étudiée à cause de ses fonctions économiques : production de miel et pollinisation des plantes cultivées. Or les mêmes abeilles fréquentent, en compagnie de leurs sœurs marronnes, les milieux naturels, auxquels il reste à consacrer de grands efforts de recherche. 
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NDLR : Hymète : montagne de Grèce où les abeilles étaient extraordinairement douces, comme au mont Hybla en Sicile ; Aristée, fils d’Apollon et de Cyrène, maître ès apiculture et gros éleveur, fut puni pour harcèlement sexuel (sur Eurydice) par la mort de ses abeilles, qu’il récupérera en sacrifiant des bestiaux.
 

1127 Prophylaxie sociale
Quand il y a un malade incurable et contagieux dans une communauté, qu’il met en péril, il convient de l’euthanasier. Ainsi font les fourmis menacées d’une mycose à Metarhizium brunneum. Une fourmi infectée sera bientôt envahie par le mycélium et servira de point de départ pour une épizootie fatale à toutes.
La nymphe, avant le stade contagieux, modifie sa signature chimique – le mélange d’hydrocarbures à la surface de sa cuticule – pour avertir de son état et sceller son sort. En effet, une ouvrière surveillante du couvain la démaillotera de son cocon, la mordra et aspergera le trou pratiqué d’acide formique, un très bon antifongique (et antifourmi).
Cette action est analogue à celle des cellules de l’immunité des organismes, qui repèrent les cellules infectées et les détruisent.
L’ espèce est vraiment soucieuse de son hygiène. On connaissait ses pratiques « douces ». L’ouvrière inspecte la larve, collecte les spores trouvées sur sa cuticule, les accumule dans sa cavité buccale et va les recracher dehors. Elle peut aussi l’asperger d’acide formique et se rincer la bouche avec une goutte de cet anti-prédateur.
Travaux d’une équipe austro-germano-britannique sur la Fourmi envahissante des jardins Lasius neglectus (Hym. Formiciné).
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Photo  
À (re)lire : La Fourmi noire de la Mer noire, par Alain Fraval. Insectes n° 152(2009-1).

1226 Mauvaises fréquentations
Les Puces du chat et du chien, Ctenocephalides felis et C. canis (Aph. Pulicidés) étaient connues comme pas toujours fidèles à leurs hôtes respectifs. L’étude menée à l’université du Queensland (Australie) par Nicholas Clark et ses collaborateurs révèle que ces insectes se repaissent du sang d’un nombre insoupçonné de mammifères, sur les 5 continents. Ce qui pourrait favoriser grandement la dissémination de bactéries qu’ils transmettent, celles de la peste et du typhus.
La Puce du chat a été retrouvée sur 130 espèces, soit 20 % des animaux examinés ; elle est ainsi un des ectoparasites les plus généralistes. Celle du chien vit sur 31 mammifères canidés, félidés et muridés. Les animaux vivant dans des habitats aménagés et habités par l’homme sont les plus susceptibles d’attraper ces puces. Les deux puces infestent à la fois, outre nos compagnons chats et chiens qui servent de réservoir, les chats harets et les chiens marrons, ainsi que les animaux introduits invasifs comme le renard roux, le rat noir et le surmulot.
Il conviendrait donc, pour prévenir des épizooties et des épidémies, de limiter les contacts entre animaux domestiques et faune sauvage et pour ce faire, de surveiller sévèrement les fréquentations de Minou et de Médor.
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Photo : Puce du chat
À (re)lire : Les puces du chien et du chat, par Michel Franc. Insectes n° 173 (2006-4) 

1225 Un métier de chien
La culture sous serre de poivrons, tomates et concombres démarre au Canada. Les fruits sont endommagés, même en cas de traitements chimiques, par un envahisseur venu du Mexique, Anthonomus eugenii (Col. Curculionidé). Pour mieux le maîtriser et engager des moyens de lutte biologique, il faut détecter les charançons alors que leurs effectifs sont encore faibles. On emploie pour cela des pièges gluants jaunes mais il y a mieux.
NatureFresh Farms, le plus gros producteur nord-américain de poivrons sous serre, basé en Ontario, vient d’embaucher Chilli, sur la foi des bons résultats obtenus par ses collègues de la même gent dans la lutte contre la Punaise des lits et sur la promesse de Sid Murray, éducateur spécialisé, d’apprendre à un bon sujet à repérer le moindre Charançon du piment.
Chilli s’est entraîné durement, reniflant des piluliers à la capsule percée contenant quelques spécimens du ravageur et recevant en récompense de chaque signalement correct un jouet à mâcher, pour quelques minutes seulement. Une formation à 15 000 $.
Désormais Chilli travaille 3 heures par jour, accompagné de Tina Heide, employée de la firme. En premier lieu, il a inspecté les quais de chargement et les palettes. Il doit maintenant examiner au pif les 210 000 pieds de poivron de chaque serre, qui de 20 cm poussent jusqu’à 4 m de haut.
Un vrai métier de chien, et spécialement de berger belge.
D’après, notamment, « Sniffing out weevils: How Chili the dog is saving greenhouse peppers », par Ron Charles. Lu le 1er janvier 2018 à www.cbc.ca/news/
Photo : imago du Charançon du poivron.


1224 Envol furtif
Piqué par un moustique, vous sentez une démangeaison une demi-minute après. Le Diptère Culicidé femelle est déjà loin et vous voilà frustré de n’avoir pu l’aplatir. Son envol depuis la surface de votre peau est en effet parfaitement furtif, ce qui lui garantit la vie sauve et la capacité de transmettre la paludisme (par exemple) à quelqu’un d’autre. La nature est bien faite.
Le phénomène a été décrit et expliqué en détail par une équipe d’aéro-entomologistes à l’université de Wageningen (Pays-Bas), grâce à tout un appareillage de vidéo à haute fréquence et à une modélisation mathématique, sur Anopheles coluzzii (membre du complexe A. gambiae).
Le système d’enregistrement en 3D de l’envol du moustique, comportant 3 caméras filmant à 125 000 images par seconde, a été mis au point au bout de 600 tentatives (soit 600 moustiques d’essai). Finalement, 32 et 31 vidéos ont été retenues, de femelles pleines (de sang) et de femelles vides, respectivement.
Le moustique bat des ailes 30 millisecondes avant l’envol, à la fréquence de 600 Hz (200 chez les insectes comparables). Durant ces 30 ms, il étire ses longues pattes grêles dans un mouvement relativement lent – les autres insectes, qui possèdent une musculature différente, sautent brusquement pour décoller. La femelle réussit son envol furtif qu’elle soit à jeun ou nourrie. Dans ce dernier cas, elle pèse au moins 2 fois plus lourd ; pour enlever sa charge, elle bat des ailes avec une plus grande amplitude.
L’équipe va désormais se pencher sur l’atterrissage du moustique et sur l’aéronautique des autres insectes hématophages.
Article source (gratuit, en anglais) doi: 10.1242/jeb.163402


1223 Affaires sales
Les laisser traîner peut entraîner non seulement les récriminations des co-habitants mais aussi l’expansion mondiale et la perpétuation locale d’un fléau. En effet, c’est vers elles que vont les Punaises de lit en l’absence de dormeur oude dormeuse à ponctionner, attirées par leur odeur.
William Hentley et ses collaborateurs, à l’université de Sheffield (Royaume-Uni) ont fait porter par 2 volontaires propres des T-shirts et des chaussettes également propres pendant 6 heures. Ils les ont mis dans 2 sacs en coton, à côté de 2 sacs renfermant les mêmes vêtements propres. Puis ont lâché une bande de Cimex lectularius gavées dans une pièce sans issue, avec les 4 sacs. Au bout de 4 jours, toutes les punaises étaient sur les sacs de vêtements portés.
En diffusant du gaz carbonique, soupçonné d’attirer ces insectes, ils ont seulement augmenté leur activité de prospection.
En voyage, particulièrement, on veillera à ne pas remballer ses affaires sales sans avoir procédé à une prospection entomologique de ce vecteur dans tous les plis.
Article source (gratuit, en anglais)

1222 Douces tueuses
Échappées d’un élevage expérimental au Brésil en 1957, les abeilles métisses « africanisées », dites « abeilles tueuses » (Apis mellifera x A. m. ligustica x A. m. iberensis), se sont répandues jusqu’aux États-Unis, par leur propres moyens ou transportées involontairement par bateau. Elles sont le fruit du croisement d’abeilles européennes (douces mais fragiles) avec l’abeille sud-africaine. Cette dernière se défend vigoureusement contre ses prédateurs ancestraux (indicateur, ratel), va chercher plus activement sa provende et résiste au climat aride. Partout, elle supplante l’abeille européenne ; les reines préfèrent son sperme. Elle est un danger pour le public mais sa robustesse et sa production sont appréciées. Elle résiste notamment au Varroa, acarien parasite destructeur.
À Porto Rico (Grandes Antilles), où elle s’est installée il y a une trentaine d’années, elle est devenue très supportable, beaucoup moins agressive que ses congénères continentales.
Son génome, exploré par une équipe de l’université de l’Illinois (États-Unis) et de l’académie des Sciences chinoise, est quasi identique à celui des abeilles africanisées mexicaines. Il en diffère par un petit nombre de gènes « européens » qui lui confèrent sa douceur.
Ce caractère est promu par une sélection positive, à partir d’une diversité génétique supérieure à celle de l’abeille européenne. Les chercheurs avancent une hypothèse : sur une île petite, dont elles ne peuvent s’échapper, seules les abeilles aimables ont été conservées ; les habitants ont éliminé les « normales ».
Cette abeille portoricaine résistante et productive pourrait servir à renouveler les cheptels des apiculteurs américains, très diminués par le syndrome de l’effondrement des colonies.
D’après, entre autres, « Genomic study explores evolution of gentle 'killer bees' in Puerto Rico », lu le 16 novembre 2017 à //phys.org/news/

1221 Réparer les réseaux sociaux
C’est un problème fondamental en informatique : comment entretenir un réseau et trouver des chemins de secours en cas de rupture d’un trajet. Les fourmis tropicales du Nouveau Monde Cephalotes goniodontus (Hym. Myrmiciné) savent le faire. Elles viennent de livrer leur truc à trois chercheurs californiens de l’institut Salk et de l’université de Stanford.
Ces fourmis fourragent dans une canopée très fouillis, encombrée de lianes. Les intempéries et le passage d’animaux, notamment, abîment leur support. Leurs chemins, qui relient plusieurs nids, sont marqués par une phéromone de piste labile. Ils sont fréquemment interrompus.
Pourtant l’approvisionnement continue sans qu’aucune fourmi ne se perde.
Les trajets d’individus marqués (au vernis à ongles) ont été patiemment cartographiés. Contrairement à ce à quoi nos chercheurs s’attendaient, les fourmis ne cherchent pas le chemin le plus court (qui consomme le moins d’énergie) ; arrivées au bout d’une branchette cassée, elles font demi-tour jusqu’à l’embranchement le plus proche et explorent l’autre chemin.
Intuitivement, on leur conseillerait plutôt de reculer de plusieurs carrefours... Non, elles suivent un « algorithme glouton ». Le principe de celui-ci est de faire, étape par étape, un choix optimum local, ce qui permet, dans certains cas, d’arriver à un optimum global - mais en général, c’est une heuristique, une façon de chercher.
En tous cas, ça marche pour ces fourmis. Modélisée, leur façon de faire apparaît devoir être examinée et imitée par qui se préoccupe de la solidité et de la résilience des réseaux naturels et artificiels, qu’ils soient réels ou virtuels.
D’après "Stanford researchers found an algorithm that explains how ants create and repair trail networks", par Taylor Kubota. Lu le 2 octobre à //news.stanford.edu/
 

Tentez d’écraser un moustique et il évitera votre odeur, par Jacqueline Charpentier. Houssenia Writing,  26 janvier 2018.
[Aedes aegypti, Dip. Culicidé]
Source

Trop protéger les abeilles domestiques serait mauvais pour les autres pollinisateurs, par Jean-Paul Fritz. L'Obs, 25 janvier 2018.

Une abeille squatteuse s'installe en France, par Lisa Garnier. Vigienature, 12 janvier 2018.
[Megachile sculpturalis, Hym. Mégachilidé / SPIPOLL]

Pendant cinq siècles, la peste suivait l’homme, pas les rats, par Damien Mascret. Le Figaro, 15 janvier 2018.

Espèces en voie d’extinction : le compte n’y est pas, par Benoît Fontaine et al. The Conversation, 14 janvier 2018

Qui était là le premier, la fleur ou le papillon ? par Jean-Paul Fritz. L'Obs, 10 janvier 2018.
[article source]

Une nouvelle réglementation encadre les risques présentés par les élevages d'insectes, par Laurent Radisson. Actu Environnement, 4 janvier 2018.

Insectes et olfaction : codage olfactif au royaume de la turbulence. INRA, 5 janvier 2018.
[Noctuelle baignée, Agrotis ipsilon (Lép. Noctuidé)]



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