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Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2021
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2020 :  Ouvrières sous acide        Les Épingles d'avant

Avantages pour les ahérants, Ils méritent des fleurs, Un coup dans l'aile, Amours contrariées,
Nettoyeurs participatifs, "La ferme !",

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février
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1299 « La ferme ! »
L'injonction, certes un peu vulgaire - mais les chenilles sont ce qu'elles sont -, est adressée au plant de tomate qui vient d'être entamé. En tous cas, les feuilles obéissent et gardent leur usine à phéromone-kairomone à l'arrêt : les stomates ne s'ouvrent pas et les HIPV (herbivore induced plant volatiles) ne sont pas libérés. S'en suit que, d'une part, les plants voisins ne sont pas avertis de l'agression et, d'autre part, les guêpes parasitoïdes des chenilles, restent dans l'ignorance de la présence d'hôtes où déposer leurs œufs. La chenille peut déjeuner en paix.
C'est le résultat – exposé en termes plus académiques dans New Phytologist - du récent travail d'une forte équipe de l'université de Pennsylvanie (États-Unis), mobilisant des techniques pharmacologiques, chirurgicales, génétiques (ciseaux CRISPR-Cas9) et chimique.
La glucose oxydase de la salive de la larve du Ver de l'épi du maïs, Helicoverpa zea (Lép. Noctuidé), provoque la fermeture des stomates de la feuille de tomate en moins de 5 minutes, et ce pour une durée de 2 jours(également chez le soja). L'émission de plusieurs HIPV est inhibée, dont les sémiochimiques à rôle majeur (Z)‐3‐hexenol, (Z)‐jasmone et (Z)‐3‐hexenyl acetate. Par ailleurs, le métabolisme hydrique de la plante est perturbé.
Aucune application utile aux cultivateurs de cette découverte n'est pour l'heure en vue.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : chenille du Ver de l'épi de maïs sur chanvre. Cliché Pat Porter

1298 Nettoyeurs participatifs
Les bousiers tunneliers (Col. Coprini) seront-ils sacrifiés pour le recensement des vertébrés ? Si l'on suit le travail préliminaire de Rosie Drinkwater, en postdoc à l'université Queen Mary University (Londres, Royaume-Uni), certains Catharsius y laisseront leur tégument.
Catharsius les bien nommés : ils purifient le milieu en recyclant les excréments en pédoaliment, autrement dit en en nourrissant leurs larves.
R. Drinkwater propose de pister l'ADN des animaux d'une zone dans le tube digestif de ces scarabées tunneliers, qui se piègent facilement, à l'étron d'entomologiste, il n'y a pas plus attractif. Le métabarcodage date de quelques décennies mais a surtout servi en milieu aquatique. Des moustiques et des sangsues ont été testés comme récolteurs de données.
Dans la forêt de Bornéo, elle et ses collaborateurs ont pu ainsi attester de la présence du sanglier à moustaches, du sambar, du cerf muntjac, du chevrotain et du porc-épic. Et aussi sans doute de la civette palmiste à bandes. Mais les séquences d'ADN largement les plus fréquentes correspondent à des Homo sapiens différents des producteurs de l'appât.
Le transit intestinal chez les Catharsius ne dure pas plus de 24 heures. Ce qui permet d'attribuer les résultats à la faune présente durant les 2 derniers jours.
D'aucuns préféreraient pousser les recherches vers la lecture d'échantillons de sol ou de poussière, pour épargner ces auxiliaires, pourtant fort nombreux.
D'après « DNA found inside the guts of dung beetles, such as the giant flattened dung beetle, could one day be used to infer a region’s biodiversity », par Michael Price. Lu le 19 février 2021 à www.sciencemag.org/
Photo : Catharsius molossus. Cliché gbohne

1297 Amours contrariées
Le Grillon provençal Grillus bimaculatus (Orth. Gryllidé) se fait entendre de la fin de l'été au début de l'automne. En frottant ses ailes antérieures durcies l'une contre l'autre, il stridule. C'est son chant de cour, pour séduire une grillonne. Laquelle choisit le géniteur de ses grillonneaux à la qualité de son chant.
Qu'arrive-t-il si des sons ou des bruits couvrent en partie son chant ? Les grillons proches d'uen autoroute, par exemple, sont-ils perturbés et jusqu'où ?
En testant des grillonnes avec des stridulations artificielles de différentes qualités dans différentes conditions acoustiques, Adam Bent et ses collaborateurs (Anglia Ruskin University , Royaume-Uni)  ont d'abord vérifié que les sons de qualité supérieure sont préférés. Le taux d'accouplements est augmenté et la latence précoïtale diminuée. Mais le résultat s'inverse par rapport à ce qu'on observe dans les conditions sonores ambiantes si l'on diffuse le bruit du trafic routier ou un bruit blanc.
Près de notre autoroute, le grillon mâle devra s'efforcer de produire une meilleure stridulation, ce qui est coûteux et ne peut que réduire sa fitness (capacité reproductive). La grillonne quant à elle risque de s'arrêter sur un mauvais partenaire. La population peut en être gravement affectée.
Article source : doi.org/10.1093/beheco/araa124
Photo : accouplement du Grillon provençal. La femelle est sur le dos du mâle. Cliché Adam Bent.

1296 Un coup dans l'aile
Dans le monde des insectes, chez pas mal d'espèces, les messieurs se défient et se battent pour les faveurs d'une dame. Leurs armes sont des épines, des éperons, des cornes, des mandibules… instruments contondants capables de blesser l'adversaire. On admet que qui inflige le plus de contusions et de plaies à son concurrent est le plus à même de gagner.
Ce n'est qu'une hypothèse. John J. Wiens et Zachary Emberts l'ont testée expérimentalement, en recrutant 300 Punaises du mesquite Thasus neocalifornicus (Hém. Coreidés) mâles, armés d'épines sur les pattes postérieures, servant à trouer les ailes de l'adversaire. Ces punaises sont des recrues de choix, car les dommages infligés se mesurent facilement et ne s'effacent jamais.
Pour des confrontations un contre un, ils ont fixé un rectangle en sky, indéchirable, sur le dos de 50 d'entre eux. Ces protégés ont 1,6 fois plus de chances de gagner. Hypothèse vérifiée.
Différentes espèces du genre Thasus ont des armes différentes : une grande épine ou une rangée de plus petites. L'évolution s'est-elle faite selon la gravité des blessures provoquées ? Avec un collègue de l'université nationale de Singapour, Wei Song Hwang, nos deux chercheurs ont mesuré les épines des pattes postérieures de 17 Coréidés du monde entier, ainsi que le nombre et la taille des déchirures infligées aux ailes antérieures (combats intraspécifiques). Certaines armes sont effectivement plus vulnérantes, mais des dispositifs très différents le sont également, comme plusieurs épines sur le fémur vs une unique épine sur le tibia.
Il y a donc eu une évolution vers la diversité des armes, favorisée par l'égalité de leur efficacité.
Au programme : l'évaluation du coût physiologique des blessures reçues.
D'après « Battling bugs help solve mysteries of weapon evolution », par Daniel Stolte. Lu le 4 février 2021 à //phys.org/news/
Photo :  Thasus neocalifornicus, le concurrent de droite est protégé. Cliché Z. Emberts



D’anciennes traces d’adaptation détectées dans les génomes des papillons suggèrent un rôle prépondérant des plantes hôtes dans leur diversification. CNRS, 24 février 2021.

Le tube digestif des insectes - anatomie,
par Benoît Gilles. Passion entomologie, 24 février 20201.

Intelligence artificielle et nouvelles technologies : une opportunité pour le suivi des insectes ?

Noé, 12 février 2021.

La biologie de la conservation doit-elle prendre en compte les paysages odorants ?, par M. Renou et al..Science Eaux & Territoires, HS, 3 février 20201.

Un papillon exotique marque sa femelle d’une odeur repoussante pour chasser ses rivaux
, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 1er février 2021.

janvier
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1295 Ils méritent des fleurs
Ils, ce sont les prédateurs des ravageurs agricoles.
Des chercheurs de l'université de Copenhague (Danemark), autour de Lene Sigsgaard, ont compilé les articles scientifiques sur les besoins alimentaires des prédateurs des insectes phytophages. Soit des antagonistes des ravageurs potentiels, dont l'action peut autoriser à réduire les traitements chimiques.
Il en ressort que l'accès au nectar des fleurs leur est hautement bénéfique pour la plupart des prédateurs, la consommation des proies n'assurant qu'un succès reproductif limité. Celui-ci peut être multiplié par plus de 8 dans le meilleur des cas – celui des fleurs de sarrasin. La mauve, l’achillée mille feuilles, la marguerite commune sont également très favorables. En moyenne, les femelles alimentées de nectar survivent 2,2 fois plus longtemps et les mâles 1,7 fois, comparés aux insectes ne disposant que d'eau pure.
Si les perce-oreilles, la Coccinelle à 2 points et les punaises Orius (Anthocoridés) répondent bien en ce sens, de nombreuses autres espèces restent indifférentes.
Encore faut-il que cette ressource sucrée soit accessible, la plupart de ces auxiliaires n'étant pas équipés pour la puiser au fond de corolles profondes – comme celles du lotier et de la vipérine commune -  contrairement aux insectes pollinisateurs. Parmi les autres plantes favorables, la carotte sauvage, l'aneth et le pissenlit.
Les bandes fleuries déjà en usage pour favoriser les pollinisateurs (et faire la promotion d'une meilleure agriculture) devront être adaptées, en excluant les exotiques, en augmentant la proportion d'espèces à nectar accessible, en privilégiant les plantes pérennes, capables d'assurer l'hivernation des prédateurs.
Article source : doi:10.1016/j.biocontrol.2020.104476
Photo : champ de sarrasin en fleurs.

1294
Avantages pour les adhérants
De nombreuses plantes présentent des feuilles, des tiges, des semences collantes. Ce caractère, sélectionné par l'évolution, doit leur conférer un avantage. On en trouve beaucoup sur les dunes littorales où le vent véhicule du sable qui adhère au mucilage couvrant ces organes.
Il résulte de cette psammophorie une perte d'éclairement et donc de photosynthèse, mais aussi une moindre abrasion et un abaissement de la température. Le sable protège également contre les insectes phytophages.
Eric LoPresti (université de l'Oklahoma) et ses collègues ont étudié le phénomène sur Abronia latifolia (une verveine nord-américaine), le long de la côte en Californie (États-Unis).
Les feuilles et tiges nettoyées sont deux fois plus consommées par les escargots et les chenilles. Serait-ce un effet de camouflage ? Les feuilles recouvertes de sable coloré – différentes teintes, de la couleur de l'arrière-plan ou pas – sont également attaquées. Le sable agit donc directement sur la prise de nourriture.
Devant des feuilles sablées ou propres, les chenilles choisissent immanquablement les secondes. Alimentées uniquement de feuilles sablées, les chenilles grandissent moins vite – elles ingèrent beaucoup de sable parfaitement indigeste -  et leurs mandibules sont fortement usées.
Dans les dunes, on trouve beaucoup de graines qui retiennent le sable quand elles sont humides. Leur mucilage (hydrates de carbone simples) s'hydrate et se déshydrate facilement. L'équipe a observé celles de 53 espèces végétales : considérablement alourdies par les grains agglomérés, les graines sont beaucoup moins emportées par les fourmis.
Le caractère « collant » doit être compté parmi tous ceux que les plantes possèdent pour faire face à l'appétit des insectes phytophages.
D'après « Stickiness is a weapon some plants use to fend off hungry insects », par Eric LoPresti. Lu le 20 janvier 2021 à //theconversation.com/
Photo : mandibule d'une chenille nourrie de feuilles propres (à gauche) et d'une autre élevée sur feuille sablée.


PNA Papillons de jour
Webinaire du 21 janvier 2021.
Youtube

Débat scientifique sur le déclin des insectes : que reste-t-il à prouver ?
par Romain Garouste. The Conversation, 29 janvier 2021.

Le déclin des Insectes  : il est urgent d’agir,
par Hervé Jactel et al. . C. R. Acad  Sci, 25 janvier 2021.
[texte en français en 2nde partie]

Les grillons Eneopterinae : un groupe modèle pour étudier l’évolution et la communication
, par Tony Robillard. The Conversation. 18 janvier 2021.